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Santé en prison : subvenir aux besoins des femmes dans un monde d’hommes

02-03-2009 Éclairage

Le milieu carcéral est un monde essentiellement masculin et le système médical dans les lieux de détention est conçu principalement à l’intention des hommes. Le CICR porte une attention toute particulière aux femmes incarcérées. Il s’agit en effet d’une population vulnérable dont les besoins de santé spécifiques sont souvent négligés.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, il y aurait actuellement dans le monde un demi million de femmes emprisonnées, soit environ 4 à 5 % de la population carcérale. Ce pourcentage est encore plus bas dans les contextes de conflit armé. En 2008, le CICR a visité individuellement près de 37 000 détenu s dans 77 pays, dont seulement 960 femmes.

Les femmes incarcérées se retrouvent dans un système administré essentiellement par et pour les hommes. Leurs besoins spécifiques en matière de soins de santé et d'hygiène – tout comme ceux des enfants – ne sont souvent pas pris en compte.

Les femmes plus vulnérables que les hommes  

Tous les détenus, hommes ou femmes, ont droit à un accès aux soins médicaux selon leurs besoins.   

Les femmes ont des besoins spécifiques, principalement en matière de santé génésique (ou reproductive). Ceux-ci varient selon l'âge, la condition et le statut des femmes. Les besoins d’une jeune fille, d’une femme enceinte ou relevant de couches, d’une mère accompagnée de jeunes enfants ou d’une femme âgée diffèrent.

Selon le dernier rapport publié par l’Organisation mondiale de la santé à ce sujet (en anglais), la prise de drogue et les infections par le virus HIV dans les prisons touchent davantage les femmes que les hommes.

Celles-ci sont également plus vulnérables à la violence sexuelle. Les cas de viols ou de relations sexuelles « transactionnelles » comme moyen de survie, outre les traumatismes psychologiques qu’ils provoquent, multiplient les risques de grossesses précoces et d’infection par le VIH ou par d’autres maladies sexuellement transmissibles.

Les détenues sont plus affectées psychologiquement que les hommes, mais aussi plus fréquemment rejetées par leur famille et la société. En plus de l’isolement que cela entraîne, la détenue coupée de sa famille ne reçoit par exemple ni nourriture ni articles d’hygiène de l’extérieur.   

Quelle que soit sa situation, une femme détenue est potentiellement vulnérable. Par conséquent, une attention particulière doit être portée à la prévention, au suivi, et au traitement, tant au niveau physique que psychologique, de ses problèmes de santé spécifiques.  
   

L'action du CICR  

Les délégués du CICR visitent les personnes détenues dans les contextes de conflit armé ou lors de situations de violence interne. Parmi eux, une quarantaine de médecins et infirmiers actuellement, dont une moitié de femmes, évaluent le système de santé des prisons. Ils examinent notamment la qualité de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, les conditions d’hygiène, la qualité de l’alimentation, la présence de personnel médical et le stock de médicaments disponibles. Ensuite ils s’attachent à résoudre les problèmes de santé les plus graves. Selon les régions l es besoins divergent, entraînant des réponses différentes.

L’approche du CICR est globale – elle n’est pas conçue en fonction des catégories de prisonniers. Toutefois le CICR porte une attention toute particulière aux plus vulnérables d’entres eux, dont les femmes et les enfants. Lorsque le système pénitentiaire ne répond pas à leurs besoins de santé, les délégués du CICR proposent la solution la plus adaptée. Dans certains cas, des distributions de matériel médical, de médicaments ou de lait pour les petits enfants suppléent aux insuffisances du système de santé de la prison. Dans d’autres cas, il est plus efficace de s’assurer que les femmes et les enfants aient accès à des structures médicales à l’extérieur de la prison.

Le CICR cherche également à protéger les femmes en demandant qu’elles ne soient pas logées dans les mêmes lieux que les hommes, qu’elles aient accès à des installations sanitaires séparées et qu’elle ne soient gardées que par des femmes.

(En savoir sur ce que fait le CICR pour lutter contre le VIH/SIDA dans les prisons )

Du Rwanda à la Géorgie  

Le docteur Raed Aburabi, médecin et coordonnateur du CICR pour les questions de santé en milieu carcéral, a visité de nombreuses prisons dans le monde. Il évoque deux contextes, le Rwanda et la Géorgie, où les équipes médicales du CICR sont intervenues pour que les besoins spécifiques des femmes détenues soient satisfaits.

Au Rwanda, après le génocide de 1994, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, dont environ un millier de femmes. Les prisonniers manquaient de tout et le CICR a fourni des aliments, de l’ea u et des médicaments essentiels dans les prisons. Les femmes avaient d’autres besoins qu’elles ont hésité à partager avec le médecin du CICR jusqu’à ce qu’une infirmière l’accompagne : elles manquaient de tissu pour en faire des serviettes hygiéniques. Plutôt que de leur fournir des articles importés non conforme à leurs coutumes, le CICR leur a distribué des couvertures supplémentaires et s’est assuré que celles-ci soient coupées de manière hygiénique.

Par la suite, se rappelle Raed Aburabi, de nombreuses femmes détenues ont accouché. « Les mères n’étant pas suffisamment alimentées pour allaiter leurs enfants, ceux-ci dépérissaient. Nous avons alors fourni du lait pour les bébés, qui se sont rapidement rétablis. Puis nous nous sommes également assurés que les bébés soient vaccinés. »

En 1998, Raed Aburabi s’est rendu en Géorgie, à l’époque où le CICR s’engageait dans un programme de lutte contre la tuberculose dans les prisons.

Tout le système de santé carcéral était conçu en fonction des hommes. A Tbilissi, les femmes (environ 250) étaient incarcérées dans un lieu séparé. Pour recevoir des soins médicaux, elles devaient se rendre dans les hôpitaux des prisons pour hommes.

Le CICR s’est en priorité assuré que les femmes reçoivent leur traitement contre la tuberculose et que celles qui avaient développé des résistances au traitement soient suivies de près.

Ensuite, le CICR est intervenu auprès des ministères concernés pour réclamer une meilleure considération des besoins des femmes détenues. Il s’agissait de trouver une alternative au transfert de ces femmes vers les hôpitaux des lieux de détention masculins. « Nous avons proposé que soit créé dans le centre pour femmes une unité de santé indépendante. Nous avons suivi de très près ce projet, qui est aussi devenu l’une des priorités des autorités détentrices. Lorsque je suis revenu en Géorgie en 2008, les femmes détenues avaient accès à une clinique dans leur lieu de détention, avec du personnel féminin formé, dont une femme médecin, et les équipements adéquats pour les examens gynécologiques. »


 

 


Photos

 

Lima, Chorillos. Centre de détention de haute sécurité pour femmes
© ICRC / B. Heger / pe-e-00305

 

Arménie, Abovian. Colonie pénitentiaire pour femmes et mineurs
© ICRC / am-e-00188b