Zimbabwe: énormes besoins même en l’absence de conflit armé
21-12-2007 Interview
Le Zimbabwe, bien qu'en situation de paix, doit affronter de nombreuses difficultés. Zoran Jovanovic, chef de délégation à Harare, décrit les défis à relever et ce que le CICR met en oeuvre pour y faire face.
Quelle est la situation humanitaire actuelle au Zimbabwe?
C'est une situation assez compliquée qui peut s'expliquer par plusieurs facteurs. Le premier, c'est que le Zimbabwe a été pendant de très longues années le grenier à grain de l'Afrique australe, et que l'une des conséquences de la réforme agraire menée depuis 2000 est une forte chute de la productivité. Parmi les autres causes de cette situation humanitaire compliquée, il faut relever notamment l'impact que le sida et les maladies opportunistes qui lui sont liées ont sur la population, principalement la population rurale. Il faut comprendre qu'une personne séropositive, qui ne suit pas de traitement, peut avoir beaucoup de mal à continuer à faire un travail très physique et très éprouvant dans les champs.
Il y a aussi le départ de nombreuses personnes qui, pour des raisons principalement économiques, fuient en Afrique du Sud, en Angleterre, en Zambie, au Botswana ou encore en Namibie. On estime aujourd'hui que 3,5 à 4 millions de Zimbabwéens ont quitté le pays, sur une population de 12 à 13 millions. Il faut encore mentionner les conséquences de l'opération Murambatsvina qui, en 2005, a vu le gouvernement intervenir très énergiquement contre tout ce qu'il estimait être des constructions illégales. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont été déplacées, sans possibilité de se reloger.
Une autre composante de la problématique est l'isolement dont le Zimbabwe fait actuellement l’objet. Cet isolement a des conséquences, notamment un manque d’argent pour le développement. Il y a de l'argent, qui est consacré à des programmes humanitaires, mais s'il est vrai que le Zimbabwe a besoin d'une assistance humanitaire, il a également besoin d'une aide au développement. Cette aide, aujourd'hui, ne vient plus.
Rappelons que les secteurs de la santé et de l’éducation étaient des modèles pour l'Afrique. Ce n'est plus le cas auj ourd'hui, malgré le travail admirable que le personnel continue d’accomplir dans des conditions très difficiles. On assiste à une évolution qu'un diplomate zimbabwéen a qualifiée de'meltdown'. C'est une désintégration progressive, avec un État qui reste fort, des structures qui existent toujours, et des infrastructures encore remarquables si on les compare aux autres pays de la sous-région, mais c'est un pays qui connaît énormément de problèmes.
En quoi l'activité du CICR est-elle différente de celle des autres acteurs humanitaires?
Nous souhaitons qu'elle soit différente. Tout d'abord, il faut tenir compte du fait que le Zimbabwe n'est pas un contexte traditionnel pour le CICR. Ce pays n’est pas en proie à un conflit armé. Il vit en paix, mais avec des problèmes que l'on retrouve parfois dans des pays en guerre. Le déplacement de populations, par exemple. Nous avons des programmes qui restent modestes, mais qui ont un impact réel sur la population que nous cherchons à aider.
Nous avons lancé le seul programme de soins de santé primaires jamais réalisé au Zimbabwe. Nous avons sélectionné 16 centres médicaux, situées dans trois districts de trois provinces différentes. Le CICR y mène une politique d'assistance médicale qui est couplée à une aide en matière d’approvisionnement en eau et d’assainissement, afin d’assurer à ces centres un accès à l'eau potable. En même temps, le CICR fournit gratuitement des pièces détachées aux communautés qui vivent autour de ces centres de santé afin de pouvoir remettre en état les pompes à eau manuelles installées dans les villages. C'est le premier volet de nos activités.
Nous somm es actuellement en train d'étendre ces activités dans la ville de Harare, principalement dans le domaine de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, dans le but d’aider les services de l’eau ( Zimbabwe National Water Authority - ZINWA) à distribuer une eau de qualité en quantité suffisante. La ZINWA dispose encore de professionnels de très bon niveau, mais elle manque de moyens dans un contexte où l'inflation se chiffre en milliers de pour cent.
Nous verrons l'année prochaine si nous voulons continuer dans cette voie, et essayer éventuellement de faire quelque chose pour d'autres villes, par ex. Bulawayo, la deuxième ville du pays qui connaît également de très gros problèmes en matière d'approvisionnement en eau et de qualité de l'eau.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les activités du CICR dans le domaine de la santé et sur la coopération avec le ministère de la Santé?
Ce sont des activités qui visent à soutenir les structures existantes. Le CICR n'est pas en train de lancer un programme médical alors qu'il n'y a pas de structures médicales, au contraire, il s’appuie sur des structures existantes et du personnel qualifié. Je me permets de dire que ce personnel qui travaille sur le terrain mérite un plus grand respect que celui qui lui est témoigné. Il faut tenir compte des conditions dans lesquelles ces gens travaillent et des salaires effectifs qu'ils reçoivent pour mesurer l'engagement dont ils font preuve. Nous essayons d’apporter un soutien au ministère de la Santé, qui est responsable de la gestion du système de sant é au Zimbabwe.
Il est évident que le CICR aimerait faire un peu plus. Mais nous devons aussi être réalistes et tenir compte du fait que le Zimbabwe se trouve à la veille d’élections très importantes et que c'est un pays où il est très difficile d'entreprendre quoi que soit avant une telle échéance.
Quel est le but de la promotion active du DIH auprès des militaires zimbabwéens et plus particulièrement dans les camps de jeunesse?
Il est important de rappeler que les forces armées du Zimbabwe figurent, en Afrique australe, parmi les forces armées les plus avancées dans l'étude et l'intégration du DIH, que ce soit au niveau des officiers supérieurs ou des jeunes officiers, du grade de capitaine à celui de major. Il y a une volonté politique et institutionnelle de la part des forces armées zimbabwéennes (ZDF) d'avoir du personnel qui connaît le droit international, et qui sait quand et comment l'appliquer. Le CICR est régulièrement invité à participer à des cours de formation, des séminaires et des ateliers organisés en faveur des forces armées. Pour nous, le but est principalement de soutenir ces efforts d'intégration du DIH déployés par les forces armées du Zimbabwe. Et dans un deuxième temps, c'est aussi l'occasion de rencontrer ces militaires qui occupent une place très importante dans un pays où l'indépendance a été proclamée il y a 27 ans seulement.
Par rapport aux'Youth camps', comme on les appelle, il faut essayer de dédramatiser. Le CICR se rend dans ces camps pour y contacter des jeunes qui occuperont certainement, dans quelques années, une pla ce importante dans la société zimbabwéenne. Pour nous, c'est un excellent moyen de leur apprendre qui nous sommes, ce qu'est le Mouvement, ce qu'est le CICR et quelles sont les normes minimales qui doivent être appliquées en situation de crise.
Même si le Zimbabwe, nous ne le rappellerons jamais assez, n’est pas en situation de conflit armé, il est néanmoins très important de s'adresser à des jeunes qui, selon les circonstances, peuvent être appelés par les autorités à agir dans certains contextes, par exemple, lors des élections. Nous voulons dépasser la polémique qui entoure ces camps et établir un dialogue qui se poursuive à long terme. Il faut souligner que le CICR est la seule organisation qui a accès à ces camps de jeunesse.
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