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Mines antipersonnel : quel avenir pour l'Afrique australe

23-04-1997 Déclaration

Séminaire régional pour les États membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe, Harare, 21-23 avril 1997. Déclaration finale des participants.

  Séminaire organisé sous les auspices du Comité international de la Croix-Rouge avec la coopération de l'Organisation de l'unité africaine et de la République du Zimbabwe, représentant l'Afrique du Sud, l'Angola, le Botswana, le Lesotho, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie, le Zimbabwe.

Les représentants officiels des ministères de la Défense et des Affaires étrangères des 12 États membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe (Southern Africa Development Community, SADC) se sont réunis à Harare pour évaluer le coût – sur les plans humain, social et économique – des mines antipersonnel en Afrique australe et dans le monde. Les participants au séminaire ont examiné l'efficacité de ces armes du point de vue militaire, ainsi que les difficultés pratiques de leur emploi effectif et les questions relatives au déminage. Le séminaire avait pour but de formuler des recommandations afin de répondre d'une même voix à la crise humanitaire engendrée par les mines terrestres en Afrique australe. Les participants ont adopté la déclaration suivante.
 

  D'un commun accord, les participants au séminaire "Les mines antipersonnel : quel avenir pour l'Afrique australe ?" déclarent ce qui suit :  

1. Le fléau mondial que constituent les mines terrestres, qui tuent ou blessent quelque 2 000 personnes chaque mois, pour la plupart des civils, est inacceptable et doit cesser. Non seulement les mines tuent ou mutilent sans discrimination des civils et des combattants, mais elles continu ent à le faire longtemps après la fin des conflits, ce qui est une source de préoccupation majeure ;

2. Étant donné qu'il faudra 1 100 ans, au rythme actuel, pour débarrasser le monde des mines qui sont enfouies à ce jour dans le sol, les parties à un conflit ne devraient pas alourdir ce fardeau par de nouveaux déploiements de mines antipersonnel ;

3. Il incombe à ceux qui ont utilisé et à ceux qui ont fourni des mines antipersonnel d'enlever ces engins et d'assurer les soins adéquats à leurs victimes ;

4. Les mines antipersonnel ont une utilité limitée sur le plan militaire ; les conséquences humanitaires effroyables de leur emploi dans les conflits sont cependant de loin supérieures ;

5. La résolution par laquelle l'Assemblée générale des Nations Unies demande un nouveau traité mondial interdisant les mines antipersonnel (A/51/45S) et celle où l'Organisation de l'unité africaine (OUA) réclame l'interdiction totale de ces engins (CM/res. 1593, LXII) devraient être mises en œuvre de toute urgence sur l'ensemble du continent ;

6. La présence d'environ 20 millions de mines en Afrique australe, c'est-à-dire un cinquième de leur nombre total dans le monde, représente une menace directe pour la santé, le bien-être et la survie de millions de personnes dans la région ; et

7. Les mines antipersonnel constituent un obstacle majeur à la reconstruction et au développement, consécutifs à un conflit, des pays d'Afrique australe.

  Les participants demandent aux États membres de la Communauté de développement de l'Afrique australe de prendre les mesures suivantes — sur les plans national, régional et mondial — pour mettre fin au fléau des mines antipersonnel :

1. Lancer une init iative, dans le cadre de la Communauté de développement de l'Afrique australe, visant à créer une zone exempte de mines antipersonnel ;

2. Dans ce contexte, mettre en place au sein de l'Organ on Politics, Defence and Security (organe de la politique, de la défense et de la sécurité) de la SADC un sous-comité responsable des questions relatives aux mines terrestres, appuyé par un groupe de travail composé d'experts, afin de promouvoir et de coordonner en urgence les activités suivantes :

a. planification du déminage humanitaire ;

b. formation conjointe du personnel chargé du déminage ;

c. coopération en matière de technologie pour que les opérations de déminage dans la région soient plus rapides et rentables ;

d. adoption d'un code d'éthique de la SADC et de critères pour le déminage humanitaire (assurance de qualité) ;

e. programmes de campagne de prévention contre les dangers des mines ;

f. soutien à des programmes nationaux pour l'assistance aux victimes ;

g. création d'une banque de données SADC sur les mines terrestres ; et

h. financement des activités de déminage humanitaire, d'assistance aux victimes et de prévention contre les dangers des mines, ainsi que des programmes de réadaptation ;

3. Mettre fin immédiatement à tout nouveau déploiement de mines antipersonnel et interdire ces armes sur le plan national, comme les mesures qui ont déjà été adoptées dans la région et qui ont trait à leur production, leur stockage, leur transfert et leur emploi  ;

4. Pour les États qui ne sont pas encore parties à la Convention des Nations Unies de 1980 sur certaines armes classiques, ainsi qu'à son Protocole II relatif aux mines terrestres (tel qu'il a été modifié le 3 mai 1996), y adhérer ; pour les États qui sont parties à ladite Convention, adhérer dès que possible au Protocole II modifié pour faire en sorte qu'il entre rapidement en vigueur ;

5. Participer activement à la Conférence de l'Organisation de l'unité africaine intitulée " Pour une Afrique exempte de mines terrestres : l'OUA et l'héritage des mines antipersonnel " , qui se tiendra du 19 au 21 mai 1997 à Johannesburg, et, à cette occasion, prendre en compte les résultats du séminaire ;

6. Promouvoir la résolution la plus ferme possible sur les mines terrestres antipersonnel lors du Sommet de l'OUA, qui aura lieu du 2 au 4 juin 1997 à Harare ; et

7. Déclarer, dans les plus brefs délais, leur participation active à la Conférence de Bruxelles (24-26 juin 1997) du Groupe d'Ottawa représentant les États en faveur d'une interdiction totale, et approuver officiellement la conclusion d'un nouveau traité interdisant globalement la production, le stockage, le transfert et l'emploi des mines antipersonnel, traité qui doit être signé avant la fin de 1997.

  Les participants en appellent à la communauté internationale (notamment les gouvernements, les organismes internationaux et les organisations non   gouvernementales) pour qu'elle aide l'Afrique australe à devenir une région libre à jamais du fléau des mines antipersonnel, en particulier en fournissant une assistance — technique, financière et autre — pour le déminage et la destruction des mines, l'aide aux victimes et la prévention contre les dangers des mines.

  Les participants remercient le Comité international de la Croix-Rouge d'avoir organisé ce séminaire et des efforts qu'il ne cesse de déployer en faveur des victimes de conflits dans de nombreux pays de la région, ainsi que l'Organisation de l'unité africaine pour son action en faveur d'une solution au problème des mines en Afrique, et la République du Zimbabwe , pour sa généreuse hospitalité.

Harare, 23 avril 1997

Réf. LG 1997-115-FRE