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Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe fournis par l'Organisation des Nations Unies, y compris l'assistance économique spéciale

22-11-1999 Déclaration

Assemblée générale des Nations Unies, 54e Session, Plénière, point 20 de l'ordre du jour - Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), New York, 22 novembre 1999

Monsieur le Président,

Dans de nombreux conflits les civils ne sont plus considérés comme étrangers à la guerre ; ils ne sont même plus utilisés comme « base » logistique ou soutien politique. Ils sont devenus l'enjeu même des conflits, voire leur raison d'être. Compte tenu de leurs attaches religieuses, culturelles ou ethniques, ils sont souvent devenus outils de la guerre, la cible des hostilités.

Cette tendance n'est pas nouvelle. Toutefois, elle s'est accentuée dans les conflits contemporains, en particulier ceux où se posent des problèmes d'identité. De ce fait, les risques liés à la sécurité du personnel humanitaire ont augmenté de manière exponentielle. En effet, ce personnel – parce qu'il est présent sur le terrain, au cœur même des conflits – est perçu comme témoin dangereux des méthodes brutales d'exclusion ou d'élimination utilisées par les protagonistes. Les douzaines de victimes dont les organisations humanitaire ont déploré la perte au cours des dernières années le démontrent. C'est une ironie tragique que la communauté internationale en soit arrivée à accepter plus facilement qu'il y ait des pertes dans les rangs du personnel humanitaire que parmi les membres des forces armées.

Un autre obstacle à une action humanitaire efficace est le manque évident de cohérence dans la manière dont la communauté internationale gère les crises. En effet, des urgences humanitaires d'une extrême gravité n'ont pas été considérées de la même manière. Par exemple, dès lors que les événements au Kosovo et à Timor-Est ont eu un retentissement mondial, les organisations humanitaires ont dû faire face seules à des conflits prolongés dans des régions telles que l'Afrique centrale, le Soudan, l'Angola ou l'Afghanistan.

Le CICR, nous aimerions le rappeler, n'a cessé de répéter que les problèmes politiques demandent des solutions politiques ; ils ne peuvent pas être remplacés par l'action humanitaire. Elle peut, au mieux, servir de palliatif pour tenter de contenir des situations politiquement instables. Malgré le fait que l'action humanitaire se déploie dans des contextes où des facteurs politiques, économiques, sociaux et militaires sont inextricablement mêlés, il est vital que les organisations humanitaires préservent le caractère strictement apolitique et impartial de leur mission. L'assistance humanitaire ne doit en rien être liée aux progrès enregistrés dans les négociations politiques ni à d'autres objectifs de même nature. En effet, cela conduirait en fin de compte à faire la distinction – inacceptable – entre de prétendues « bonnes » et de « mauvaises victimes ». L'aide humanitaire et l'action politique doivent non seulement être dissociées, elles doivent être perçues comme telles.

Monsieur le Président,

Ce constat général, plutôt pessimiste, ne doit pas nous pousser au découragement. Au contraire, il nous rappelle qu'en dépit de difficultés considérables, les organisations humanitaires sont capables d'offrir protection et assistance à des millions de personnes chaque jour. Il devrait aussi nous faire réfléchir à ce qui peut, et doit être fait, si l'on veut améliorer le sort des civils pris dans les conflits armés. Aux yeux du CICR, il ne fait aucun doute que l'être humain et le respect de la dignité humaine doivent à nouveau être au cœur de la réflexion et de la prise de décision politiques.

Cette préoccupation a été au centre des débats de la XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui s'est tenue à Genève au début de ce mois. Elle a réuni des représentants des composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et des États parties aux Conventions de Genève. Tous y ont échangé leurs vues et œuvré pour coordonner leurs efforts. La Conférence a insisté sur « le pouvoir de l'humanité » nécessaire pour s'opposer aux inégalités, se préparer aux situations d'urgence et intervenir efficacement lorsqu'elles surviennent, et rechercher des solutions communes aux conséquences humanitaires des conflits et des catastrophes. Un Plan d'action détaillé pour les quatre prochaines années a été adopté. Il présente les principaux objectifs et les mesures proposées pour les atteindre. Le renforcement de l'action humanitaire a été identifié comme une priorité à remplir en poursuivant les objectifs suivants :

  • l'amélioration des mesures nationales et internationales de préparation ;

  • le renforcement des mécanismes de coopération et de coordination entre les États, le Mouvement et les autres acteurs humanitaires ;

  • l'amélioration des choix des priorités en matière de droits et besoins des personnes les plus vulnérables ;

  • une meilleure compréhension des rôles respectifs des acteurs politiques, militaires et humanitaires, et la protection du personnel humanitaire.

À cet égard, le CICR tient à souligner son engagement permanent en faveur d'une coordination accrue entre les organisations humanitaires. Il a conscience de la nécessité de renforcer sa coopération avec des organes tels que le Comité permanent interorganisations (IASC). Cette politique est dictée par deux considérations importantes.

La premi ère est son désir de parvenir à la plus grande complémentarité possible entre les activités du Mouvement, des Nations Unies, et d'autres organisations humanitaires. La seconde est liée à sa ferme intention de remplir son rôle particulier en tant qu'intermédiaire indépendant et neutre dans les situations de conflit armé, rôle consacré par les Conventions de Genève.

Outre cette coopération grandissante avec les mécanismes de coordination des Nations Unies, le CICR a également poursuivi un dialogue bilatéral avec des institutions spécialisées et des organismes des Nations Unies, dont le HCR, le PAM, l'UNICEF, l'OMS, la FAO et le Haut Commissariat aux droits de l'homme, ainsi qu'avec quelques grandes organisations non-gouvernementales impliquées dans les situations d'urgence et la défense de la cause humanitaire.

Cette approche en deux volets a pour but d'accroître la compréhension mutuelle et de renforcer la coordination et la coopération entre les divers secteurs concernés.

Monsieur le Président,

Une intervention humanitaire efficace en cas de crise dépend aussi du développement d'un dialogue ouvert entre les principaux protagonistes lors d'une urgence humanitaire, et ce, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la communauté humanitaire. Cela est indispensable si l'on veut que l'action humanitaire soit pertinente, surtout dans des environnements souvent instables et en rapide mutation. En conséquence, le CICR s'efforce d'étendre ses contacts avec les instances politiques et militaires, ainsi qu'avec les institutions financières telles que la Banque mondiale.

Le CICR est persuadé que maintenant, plus que jamais, les organisations humanitaires et les dirigeants politiques devraient engager un dialogue régulier de portée générale. Il reconnaît la nécessité de prendre les devants quand il s'agit d e questions relevant de la diplomatie humanitaire et porte par conséquent une attention croissante à son interaction avec les gouvernements et les organismes politiques régionaux et mondiaux.

Dans le cadre des efforts qu'il déploie en vue d'instaurer un tel dialogue, le CICR a organisé en mai, pour la troisième année consécutive, le Forum humanitaire de Wolfsberg. Cette réunion est une occasion unique pour les responsables humanitaires et les hauts fonctionnaires chargés des questions humanitaires d'examiner des problèmes humanitaires et d'en débattre dans un cadre informel. Les discussions du dernier Forum ont mis l'accent sur la nécessité d'adopter une approche globale de la gestion des crises qui tienne compte des mandats et des rôles respectifs des divers acteurs (politiques, militaires et humanitaires).

Monsieur le Président,

Les enjeux de demain résident dans la capacité et la volonté de la communauté internationale de trouver des solutions globales aux problèmes humanitaires. Pour que ces solutions aient un effet durable, il faut qu'elles reposent sur des mesures politiques, économiques et sociales qui traitent les causes profondes des conflits. Le CICR ne ménage aucun effort pour que l'action humanitaire soit efficace et qu'un cadre clairement défini permette l'interaction entre l'humanitaire et le politique, tout en préservant l'essence même de l'action humanitaire.

Monsieur le Président, je vous remercie.

Réf. LG 1999-189-FRE