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Promotion de la femme : suite donnée à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes

23-10-1997 Déclaration

Assemblée générale des Nations Unies, 52e session. Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), New York, 23 octobre 1997

Monsieur le Président,

Les femmes sont-elles plus vulnérables que les hommes ? Nous pourrions répondre à la fois oui et non. En principe, elles ne devraient pas l'être, raison pour laquelle certains pensent qu'elles ne devraient pas constituer une catégorie à part. Il faut bien le reconnaître, les femmes sont particulièrement exposées à la marginalisation, à la pauvreté et aux souffrances engendrées par la guerre. Déjà souvent victimes de discrimination en temps de paix, elles sont plus démunies pour affronter les effets de la violence. C'est notamment le cas des femmes réfugiées ou déplacées, qui doivent assumer des responsabilités qu'elles n'ont jamais eues et pour lesquelles elles ne sont pas préparées. Il leur faut en outre supporter la désapprobation de ceux qui n'acceptent pas

qu'elles se départissent de leur rôle traditionnel.

Dans les conflits d'aujourd'hui, les principales victimes sont de plus en plus les populations civiles — à commencer par les femmes et les enfants — qui deviennent à la fois l'enjeu et la cible des combats. Loin d'être épargnées, les femmes sont les principales victimes des affrontements. Tuées, blessées, torturées, détenues, séparées de leurs enfants, victimes de viols, de mines antipersonnel, contraintes à des déplacements forcés ou à l'exil, les femmes font l'objet d'actes de violence innombrables, parfois répétés, parfois systématiques.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) n'a jamais manqué de dénoncer cette sombre réalité. Il a aussi, et avant t out, tenté de prévenir de telles violations en multipliant ses démarches auprès des parties aux conflits, pour que les règles du droit international humanitaire soient respectées et que les victimes soient épargnées et protégées.

La situation particulière des femmes victimes des conflits armés doit donc être prise en considération. Tout développement de programmes en leur faveur doit être salué et encouragé pour qu'elles reçoivent une assistance médicale, psychologique et sociale adaptée à leurs besoins et dispensée par un personnel qualifié.

Monsieur le Président,

Dès son origine, le droit humanitaire a accordé à la femme une protection générale égale à celle de l'homme. Il consacre en effet le principe fondamental de l'égalité de l'homme et de la femme. Ce principe est assorti d'une clause de non-discrimination.

Comme la Conférence de Beijing l'a réaffirmé, le droit humanitaire reconnaît cependant la nécessité d'une protection particulière en établissant une protection spéciale pour la femme, adaptée à ses besoins, qui s'ajoute à celle dont bénéficie toute personne ne participant pas ou plus aux hostilités.

Certaines dispositions du droit humanitaire ont ainsi pour objectif de protéger spécialement l'intégrité et la dignité des femmes (interdiction du viol et des atteintes à l'honneur), tandis que d'autres ont trait à la sauvegarde de la maternité (protection des femmes enceintes, en couches ou mères d'enfant en bas âge).

Il est tout à fait évident que les violences exercées à l'encontre des femmes telles que le viol, la contrainte à la prostitution et toute autre forme d'attentat à la pudeur sont inacceptables. Le viol constitue un crime de guerre ; il figure de surcroît au nombre des crimes contre l'humanité dans les statuts des tribunaux pénaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda. Relevons enfin que la XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Genève, 1995) a condamné énergiquement les violences sexuelles et le viol.

Monsieur le Président,

Prévenir et alléger sans discrimination les souffrances des victimes de conflits est la raison d'être du CICR. Cet objectif répond au principe d'impartialité, l'un des sept Principes fondamentaux qui guident le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ce principe se traduit par la volonté de remédier en priorité aux détresses les plus urgentes. Il interdit toute distinction basée sur la nationalité, la race, l'appartenance ethnique ou politique, la religion, la condition sociale et le sexe.

Le principe de non-discrimination consacré par le droit humanitaire n'exclut cependant pas une distinction fondée sur le sexe, celle-ci n'étant prohibée que lorsqu'elle est défavorable à la femme : le CICR agit dans ce sens dans le cadre des visites de prisons, de camps d'internement ou de déplacés. Il intervient, par exemple, pour permettre aux femmes détenues de bénéficier de conditions de détention appropriées à leur situation. Il peut également entreprendre des démarches spécifiques pour qu'elles aient des logements séparés de ceux des hommes et organiser des visites médicales particulières.

Le CICR veille aussi au respect du principe de non-discrimination s'il s'avère que, dans certaines situations, un traitement différencié est défavorable à la femme. La réalité du terrain démontre parfois que la manière de percevoir la condition de la femme peut varier considérablement d'un contexte à l'autre, d'une culture à l'autre, voire au sein d'une même culture. La réponse humanitaire sert avant tout l'intérêt des victimes et c'est cet intérêt qui déterminera l'approc he qu'il conviendra d'adopter.

Qui pense à la femme pense aussi naturellement à la famille. La préservation de l'unité familiale est essentielle en période de conflit, face à l'angoisse, à la désintégration du tissu social et aux souffrances morales engendrées par l'incertitude quant au sort d'un être cher. Dans son action au quotidien sur le terrain et dans le cadre de son mandat de protection, le CICR intervient pour maintenir ou rétablir le contact entre membres de familles dispersées. Cette action peut revêtir diverses formes telles que l'échange de messages Croix-Rouge, l'organisation de visites dans les lieux de détention et à travers les lignes de front, ou encore — et c'est fréquent — l'organisation de transferts en vue d'un regroupement familial hors des zones de conflit.

Outre ses activités conventionnelles de protection et d'assistance, le CICR s'est engagé dans des programmes spécifiquement destinés aux femmes. Ces programmes contribuent notamment à la réinsertion sociale et économique de femmes victimes de conflits particulièrement violents et meurtriers pour qu'elles puissent, grâce à une formation professionnelle, reprendre leur rôle de soutien de famille. Ils visent par ailleurs à développer des réseaux d'organismes chargés de fournir une assistance psychosociale à des familles de disparus. Entreprendre des démarches afin que des veuves ou des femmes sans nouvelles quant au sort de leur mari bénéficient d'un soutien financier est également une forme d'assistance, immédiate et concrète. De plus, surtout lorsque la majorité des hommes sont absents et que la survie de la communauté repose sur les femmes, celles-ci deviennent partenaires ou animatrices de ces programmes. Ainsi, dans certains contextes, des cuisines populaires sont créées en coopération avec les femmes directement concernées ou avec des femmes membres de Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Ce son t ces mêmes femmes qui en assurent la gestion.

La femme en tant que facteur de paix ? Dans les situations de conflit armé, les femmes jouent le plus souvent un rôle prépondérant au sein des communautés : elles sont le noyau de la cellule familiale et le garant de son unité. Leur perception, leur sensibilité, l'attention qu'elles portent aux problèmes sociaux s'en trouvent accrues. Elles tendent de plus en plus à jouer un rôle dans la consolidation de la paix et la gestion des séquelles de conflits, car elles sont proches des réalités du terrain. En tant que mères et épouses, les femmes peuvent également conseiller et devenir un élément modérateur dans leur environnement quotidien.

Dans les délégations du CICR, il convient de signaler que les femmes sont de plus en plus nombreuses à exercer des responsabilités où elles peuvent faire valoir leur sensibilité. Dans des contextes difficiles et souvent dangereux, elles paient de leur personne — et parfois même de leur vie — leur engagement au service des victimes.

Pour conclure, le CICR ne saurait trop souligner le fait que des normes juridiques existent pour renforcer la protection dont les femmes doivent bénéficier et il n'insistera jamais assez pour qu'elles soient appliquées. À cet effet, de réelles mesures de mise en œuvre de ces normes doivent être adoptées, afin de garantir aux femmes le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

Merci, Monsieur le Président.

Réf. LG 1997-108-FRE