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Questions et Défis - A. Causes et conséquences des catastrophes

15-09-1995 Rapport

Extrait de « Principes et intervention en matière d'assistance et de protection dans le cadre de l'action humanitaire internationale; XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge »

L'histoire et la structure du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que les mandats de ses différentes composantes lui confèrent une position privilégiée pour réagir aux rapides changements qui ont affecté les actions humanitaires au cours de la décennie écoulée. Cette position lui permet de s'attacher à quelques-uns des dilemmes essentiels que rencontre l'intervention humanitaire et d'analyser leur impact sur oeuvre présente et future du Mouvement.

La vulnérabilité aux catastrophes augmente, non pas parce que les inondations ou les séismes sont plus fréquents qu'il y a dix ans, mais parce que ces phénomènes naturels touchent des gens plus nombreux et parce qu'une proportion croissante des catastrophes ont des origines humaines: guerre, effondrement économique, violations des droits de l'homme, recours massif à la technologie. En outre, une proportion plus forte que jamais des victimes se trouve dans l'incapacité de se relever pas ses propres moyens des conséquences des catastrophes. Même sans y inclure les victimes de la guerre, on estime entre 250 et 300 millions par an[1 ] leur nombre total, chiffre qui augmente d'environ 10 millions par an. En outre, la plupart des déplacés de l'intérieur, dont le nombre est estimé à 26 millions, fuient la guerre.[2 ]

Les causes et conséquences des catastrophes deviennent plus complexes. Presque toutes les famines qui ont ravagé l'Afrique durant la décennie écoulée sont le fait autant de la guerre civile que de la sécheresse. Dans le Caucase et dans les Balkans, l'effondrement économique, la guerre et la dureté du climat causent des souffrances massives aux centaines de milliers de réfugiés et personnes déplacées.

Du banditisme à la guerre déclarée, la violence augmente. La puissance de feu d'un banal fusil automatique est l'un des principaux facteurs dont dépendent aujourd'hui de nombreuses vies. Parallèlement, la fréquence des conflits armés, surtout internes, se multiplie. L'Afghanistan, le Rwanda et le Liberia au Sud, l'ex-Yougoslavie et certaines parties de l'ex-Union soviétique au Nord, en ont fait ou continuent d'en faire la cruelle expérience. Aujourd'hui on en dénombre plus de 31 à travers le monde.[3 ] En 1993, dernière année pour laquelle on dispose de chiffres sûrs, les conflits armés ont fait un quart de million de morts, dont 95 pour 100 de civils.

Les victimes de la guerre et les réfugiés qui la fuient sont maintenant les principaux bénéficiaires de l'assistance humanitaire. On compte aujourd'hui 23 millions de réfugiés,[4 ] 26 millions de déplacés de l'intérieur et 100 millions d'émigrants économiques. En 1990, les programmes d'assistance à ces réfugiés et personnes déplacées représentaient 23 pour 100 du travail de la Fédération. L'an dernier, cette proportion a atteint 67 pour 100. Le budget du CICR, surtout consacré aux victimes de conflits armés et de violences internes, n'a cessé de croître ces dernières années. Et il n'y a guère d'apparence que la tendance s'inverse. Les atteintes au milieu naturel, avec ou sans réchauffement mondial, l'insécurité alimentaire, le redoublement de la violence et l'affaiblissement du r ôle de l'Etat se combinent pour faire des migrations massives une caractéristique constante de l'économie et de la politique mondiales dans un avenir prévisible.

Les besoins des victimes augmentent et deviennent de plus en plus difficiles à satisfaire, en ces temps de bouleversement politique et social et de mutation profonde des mécanismes étatiques et interétatiques traditionnels.

  Action humanitaire  

Les fonds affectés à l'action humanitaire internationale sont plus élevés que jamais, mais cette croissance a son prix. En 1994, les pays donateurs ont consacré plus de 3.400 millions de dollars aux secours lors de catastrophes, aide alimentaire exclue, soit un montant plus de dix fois supérieur à celui de la décennie précédente. Dans le même temps, toutefois, l'aide publique au développement (APD) n'a pas augmenté (55,9 millions de dollars en 1993) et elle risque même de baisser. La part de cette assistance affectée aux programmes d'urgence atteint déjà 7 pour 100, et elle est en rapide augmentation.[5 ]

Cette croissance spectaculaire des crédits consacrés à l'aide humanitaire s'est accompagnée d'une augmentation non moins rapide du nombre d'organismes d'assistance. Aujourd'hui, l'aide humanitaire internationale constitue l'un des marchés les moins réglementés du monde. C'est pourtant un marché dont dépendent la vie et la mort de millions d'individus. Compte tenu de l'ampleur des besoins actuels et du nombre croissant des acteurs de la communauté humanitaire, la coordination de l'assistance dans ce domaine est plus vitale que jamais.

Heureusement, les situations d'urgence provoquent souvent des réflexes de bon sens qui peuvent se traduire, en particulier sur le terrain, par des efforts c oncrets pour éviter de gaspiller les énergies. Néanmoins, la concurrence entre les diverses institutions et l'incompétence de certaines nouvelles organisations non gouvernementales, dont la bonne volonté n'est pas mise en question, constituent autant d'obstacles à une coordination effective.

La pratique actuelle de l'intervention lors de catastrophes pâtit en outre de deux faiblesses essentielles, à savoir, d'une part, la concentration des institutions humanitaires sur quelques théâtres d'opérations au détriment d'autres urgences et, d'autre part, leur retrait simultané sans qu'aucune disposition ait été prise pour assurer la transition vers le relèvement et le développement.

En travaillant à préciser les rôles et à améliorer la compréhension mutuelle par des consultations systématiques, il devrait être possible de rendre l'action humanitaire plus efficace en termes tant qualitatifs que quantitatifs. C'est là une nécessité non seulement pour éviter des doubles efforts, mais aussi pour permettre à chaque institution d'utiliser ses compétences propres. Les dispositifs actuels de consultation, utiles à cet égard, pourraient être encore développés.

La Fédération internationale et le CICR entendent poursuivre leur coopération avec le Comité permanent interinstitutions à l'ONU, tout en préservant l'identité propre des composantes du Mouvement, dans un esprit de complémentarité constructive.

Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR, la Fédération internationale et tout le réseau des Sociétés nationales, en tant qu'organisation humanitaire indépendante et impartiale, sont prêts à assumer un rôle essentiel dans la réponse aux besoins croissants des victimes de catastrophes. De même, le Mouvement se doit de jouer un rôle de premier plan dans la promotion et l'établissement de normes professionnelles d'assistance, qu'il considère comme une garantie de neutralité et d'impartialité -- deux éléments vitaux pour la crédibilité de l'action humanitaire.

  Notes  

1. Source: Centre de recherche sur l'épidémiologie des catastrophes (CRED), Bruxelles, 1994.

2. US Committee for Refugees , Washington DC, E.-U., 1994.

3. Source: Annuaire SIPRI, 1994, Stockholm.

4. Source: " At a glance " , note d'information du HCR, Genève, 1995.

5. Source: CAD, OCDE, Paris, 1994.