Page archivée: peut contenir des informations obsolètes
  • Envoyer
  • Imprimer

50e session du Comité exécutif du Programme du Haut Commissaire

07-10-1999 Déclaration

Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge, Genève, 7 octobre 1999

Monsieur le Président,

Madame le Haut Commissaire,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Au nom du Comité international de la Croix Rouge, je vous remercie de me donner la parole à l'occasion de cette 50e session du Comité exécutif du HCR. Le thème retenu cette année me paraît fort approprié au regard des événements récents, et je suis heureux de partager avec vous quelques réflexions sur les sujets essentiels de la protection et du partenariat.

Permettez-moi de commencer par une remarque d'ordre général sur l'environnement actuel dans lequel sont déployées nos activités. Disons-le d'emblée, cet environnement est catastrophique. Depuis quelques années, l'attention se porte prioritairement sur certains conflits à fort intérêt politique ou médiatique. Parallèlement, se perpétuent des situations conflictuelles tout aussi dramatiques, mais oubliées ou ignorées par l'opinion publique. Le CICR n'a jamais été autant sollicité qu'aujourd'hui, avec plus de 60 opérations, dont une vingtaine dans des contextes de guerre ouverte. Si bon nombre de conflits armés se déroulent encore selon des modes traditionnels, d'autres s'en distinguent nettement par leur caractère dit « identitaire » et « dérégularisé ». Les populations civiles sont devenues les cibles principales des combattants, au mépris des règles élémentaires de protection. Ailleurs, les groupes minoritaires ou immigrés sont l'objet de pressions humiliantes qui ne pourront aboutir qu'au refus, à la violence, à la révolte. Cette évolution préoccupante et complexe pose de nombreux prob lèmes, tant sur le plan normatif qu'opérationnel. Il est de notre responsabilité commune à l'égard des victimes d'analyser ces nouvelles tendances et de trouver des modes de réponse appropriés. Et de notre capacité de dialogue dépendra notre capacité de réponse.

À cet égard, la Conférence du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge qui se tiendra à Genève durant la première semaine de novembre, offrira, aux représentants des 176 Sociétés nationales et des 188 États signataires des Conventions de Genève, une plateforme unique pour examiner les nouveaux défis auxquels est confrontée l'action humanitaire.

En ce qui concerne le droit international, les règles du droit des réfugiés, celles du droit humanitaire et celles des droits de l'homme témoignent de l'engagement pris par la communauté internationale, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de respecter des valeurs humaines universellement reconnues. Ces instruments constituent, aujourd'hui encore, d'irremplaçables outils pour qui veut prévenir et atténuer la violence. Il convient aussi de relever la complémentarité qui existe entre ces trois branches du droit international. C'est ainsi que dans le cadre de la réflexion poursuivie entre le CICR et les ONG actives dans le domaine humanitaire et dans celui des droits de l'homme, il a été souligné que – je cite – « le concept de protection englobe toutes les activités ayant pour objectif le plein respect des droits de l'individu en accord avec la lettre et l'esprit des régimes de droit pertinents, c'est-à-dire les droits de l'homme, le droit humanitaire et le droit des réfugiés ».

Il y a lieu de souligner ici que les exactions massives qui sont constatées témoignent non de l'absence de pertinence des règles adoptées, mais bien de la nécessité de mobiliser tous les acteurs concernés par leur application. J'aimerais relever à ce propos l'intérêt de la consultation, « Les voix de la guerre », menée par le CICR à l'échelle mondiale auprès de dizaines de milliers de personnes, victimes de conflits . L'objectif de ce projet était, rappelons-le, de donner la parole à ces victimes sans voix, afin qu’elles puissent témoigner de leur expérience de la guerre et des règles qui devraient la gouverner. Cette étude, qui sera rendue publique très prochainement, constitue un instrument extrêmement précieux de compréhension et de réflexion sur la validité des principes qui régissent les conflits actuels . Sans préjuger de ses conclusions, je ne m'avance pas beaucoup en disant que la mise en oeuvre des règles pertinentes pose des problèmes considérables.

Monsieur le Président,

Dans un contexte marqué par la complexité opérationnelle et la multiplication des intervenants, le partenariat, dans le sens de la complémentarité entre tous les acteurs, est indispensable si nous voulons optimiser l'impact de nos efforts, prévenir la dégradation de certaines situations et orchestrer, dans la durée, la conduite des diverses activités humanitaires. À cet égard, des conceptions opérationnelles communes et une approche concertée revêtent donc une importance vitale, et pour la protection des groupes de populations à risque et pour la sécurité du personnel humanitaire.

À mon sens, une complémentarité efficace repose avant tout sur la connaissance et le respect des mandats, de la culture et des modes d'action des autres acteurs. Au-delà d'un simple mécanisme technique de coordination, le partenariat implique l'écoute et le dialogue avec toutes les parties concernées. Il présuppose également la volonté partagée de dépasser, en assumant ses responsabilités, l'esprit de compétition et le souci de visibilité qui caractérisent encore beaucoup trop l'action humanitaire. Ceci me paraît d'autant plus important que la confusion croissante entr e l'action militaire ou politique et l'action humanitaire met en péril le principe même de l'indépendance de cette action humanitaire.

La recherche de la complémentarité, comme le souci de faire partager ses préoccupations et son expérience spécifique, ont incité le CICR à participer, sur le plan multilatéral, aux différents mécanismes de coordination mis en place. Le CICR poursuit également un dialogue bilatéral avec plusieurs institutions et agences des Nations Unies, et il se félicite des relations privilégiées qu'il entretient avec le Haut Commissariat pour les réfugiés. Des années de contacts opérationnels quotidiens ont permis, tout naturellement, à nos deux institutions de mieux comprendre leurs tâches respectives et, partant, de faciliter la réalisation d'objectifs communs. En outre, un dialogue structuré, organisé sur une base annuelle, offre aux cadres supérieurs du CICR et du HCR l'opportunité de partager leurs préoccupations et d'élargir le champ de la réflexion sur les nouveaux enjeux liés à la protection.

Je tiens également à relever ici le rôle important que jouent les organisations régionales en matière de protection de personnes déplacées, et je mentionnerai particulièrement l'Organisation de l'unité africaine. Nous fêtons cette année le 30e anniversaire de la Convention de l'OUA sur les réfugiés, texte qui a étendu de manière considérable, les catégories de personnes protégées. En outre, comme en témoignent des résolutions récentes, l'organisation reste aujourd'hui activement impliquée dans la recherche de solutions aux différents problèmes des personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays. Je me félicite donc des bonnes relations que nous avons pu développer avec l'OUA, ainsi qu'avec d'autres organisations régionales. Et j'exprime les remerciements du CICR pour le soutien qui lui est accordé.

Au sein du Mouvement international de l a Croix-Rouge et du Croissant Rouge, l'Accord de Séville a permis de préciser les rôles respectifs de ses différentes composantes. Pour sa part, le CICR réaffirme sa volonté de mener une action humanitaire indépendante, neutre et impartiale, afin de prêter protection et assistance à toutes les victimes des conflits armés.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

Réf. LG 1999-216-FRE