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Le CICR, 1914-18: l'action du CICR contre la guerre chimique

12-04-2000

Face à l’utilisation croissante, sur le champ de bataille, de gaz toxiques qui causaient de terribles blessures, le CICR a lancé un appel public demandant l’interdiction de l’emploi de ces gaz. Malgré la controverse entourant cette question, l’appel du CICR a contribué à la conclusion du Protocole de Genève de 1925, traité encore en vigueur aujourd’hui.

     

©Imperial War Museum London/Réf. HIST 3088/25 
   
Bataille d'Estaire : une file de soldats aveuglés par les gaz à un poste de premiers secours près de Béthune. 10 avril 1918. 
         

Dès 1915, les premières armes toxiques apparaissent dans les combats sur le front occidental de la guerre. Ces armes sont massivement utilisées par les adversaires au cours des deux années successives. En juillet 1917, près de la ville d'Ypres en Belgique, les Allemands utilisent pour la première fois le gaz moutarde, qui par la suite prendra le nom d'« ypérite » par analogie avec le nom de cette ville.

Au début 1918, le CICR craint un emploi généralisé de ces armes de destruction massive et aveugle. Pour s'opposer à cette escalade tragique des moyens de combat, il peut s'appuyer sur les Règlements annexés aux Conventions de La Haye de 1899 et de 1907 sur les lois et coutumes de guerre qui interdit l'emploi des armes toxiques, ainsi que sur une déclaration des États parties à la Convention de 1899 qui interdit l'usage de projectiles répandant des gaz asphyxiants.

Le 6 février 1918, il lance un appel contre l'emploi des gaz vénéneux pour convaincre les belligérants d'y renoncer par un accord conclu sous l'égide de la Croix-Rouge.
 
En décidant de s'opposer activement aux armes toxiques, le CICR s'engage dans une voie nouvelle qui dépasse l'assistance aux victimes pour s'intéresser aux méthodes et aux techniques de combat. Dans ce domaine, il traite d'un sujet très controversé, qui fait l'objet d'accusations réciproques de la part des États belligérants.

Mais, dans le but de protéger les victimes de la guerre, le CICR décide de poursuivre dans cette voie et de donner une grande publicité à son action dans ce domaine. Le 8 février 1918, il envoie le texte de son appel aux souverains et chefs d'État des pays belligérants ou neutres, ainsi qu'aux Sociétés nationales, à diverses personnalités religieuses, et à la presse.

  Soutien du Saint-Siège  

Des réponses encourageantes parviennent à Genève, notamment de la part des Croix-Rouges danoise, norvégienne et suédoise qui font part de leur approbation. Le Vatican, également, soutient l'initiative du CICR.

Fort de ce succès, le CICR tente de convaincre les grandes puissances encore réticentes. En mars 1918, Édo uard Naville, président du Comité par intérim, et le Dr Ferrière, son vice-président, se rendent à Paris. Le président de la République française, Raymond Poincaré, les informe que les Alliés sont prêts à faire une déclaration selon laquelle ils renonceraient à l'usage des gaz à condition que leurs adversaires, les Empires centraux, fassent de même.

En mai 1918, les gouvernements de l'Entente adressent au CICR une réponse officielle à l'appel du 6 février, dans laquelle ils déclarent s'associer à l'initiative du CICR et accepter même l'idée d'un accord interdisant l'emploi des gaz, mais ils rejettent sur leurs adversaires la responsabilité de la guerre chimique.

Le 12 septembre, la réponse du gouvernement allemand parvient au CICR. Après avoir rappelé sa position prise lors de la conférence de La Haye de 1899 en faveur de la suppression des armes empoisonnées, ainsi que ses protestations contre l'emploi des gaz sur le front européen, l'Allemagne accuse à son tour ses adversaires d'être responsables de l'invention et du développement de l'emploi des gaz dans le conflit.

En fait, les démarches du CICR sont un demi-succès, dont les effets positifs ne se produiront que par la suite. La nécessité d'une interdiction complète de ce type d’armes est cependant officiellement proclamée pendant la Première Guerre mondiale par le CICR, qui poursuit ses démarches en ce sens en y associant les milieux académiques ou militaires ainsi que les Sociétés nationales.

Ces travaux contribueront directement à l'adoption du     Protocole concernant la prohibition d'emploi à la guerre des gaz asphyxiants toxiques et similaires et de moyens bactériologiques , conclu à Genève le 17 juin 1925. Mais ce n'est qu'une première étape dans les études successives que le CICR entreprendra par la suite sur les armes qui frappent sans discrimination – telles que l'arme nucléaire, les armes biologiques et les mines - et qui sont aujourd'hui encore au centre des préoccupations du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.