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Aspects de la politique du Mouvement - C. L'emploi d'escortes armées

15-09-1995 Rapport

Extrait de « Principes et intervention en matière d'assistance et de protection dans le cadre de l'action humanitaire internationale, XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge »

  Risques accrus pour les survivants et le personnel qui les assiste  

  Recrudescence de la violence  

La rapide augmentation d'autres formes de violence n'est pas moins préoccupante. Les vols à main armée et autres actes criminels, combinés avec un mépris croissant et généralisé des valeurs humaines et traditionnelles, interdisent de plus en plus souvent l'utilisation de tout bien ou équipement présentant une valeur commerciale, même à des fins strictement humanitaires. Beaucoup de ces actes de violence sont impromptus et circonstanciels, signe de la facilité à se procurer des armes de petit calibre en maintes parties du monde et de la montée de l'agitation sociale et de la misère en maints pays. Il s'y ajoute un accroissement préoccupant de la fréquence des violences organisées, des extorsions et autres activités illicites en tout genre.

Dans l'accomplissement de leur devoir d'assistance et de protection des plus vulnérables, que ce soit en temps de conflit, lors d'une catastrophe naturelle ou pour répondre à des besoins chroniques, les différentes composantes du Mouvement se trouvent de plus en plus visées par des actes de violence et se heurtent à des d ifficultés croissantes pour obtenir le respect de l'emblème.    

  La question des Principes  

Le Mouvement a appris par expérience que la meilleure assurance contre la violence réside essentiellement dans une attitude qui reflète fidèlement et constamment les Principes fondamentaux, ainsi que dans le crédit et la réputation dont jouissent le Mouvement et ses composantes.

En d'autres termes, la sécurité, qui permet d'apporter une assistance et d'exercer des activités humanitaires dans des situations où règne la violence, dépend bien davantage de normes et de comportements éthiques et professionnels que de mesures matérielles et n'est donc pas seulement une affaire d'escortes armées ou de gilets pare-balles. Le principe de neutralité est au coeur du problème. La compréhension de ce principe et son application dans le cadre des opérations constituent la meilleure garantie de sécurité. L'expérience du CICR et de la Fédération internationale enseigne que celui qui agit de façon neutre et apparaît comme tel à ceux qui se livrent à la violence et à ceux qui combattent a de bien meilleures chances de s'acquitter de sa mission humanitaire.

Etroitement lié au principe de la neutralité est celui de l'indépendance. Aujourd'hui, les acteurs prolifèrent sur la scène humanitaire, qu'il s'agisse d'ONG, d'organisations intergouvernementales ou d'organes gouvernementaux. Les mandats des institutions humanitaires traditionnelles sont mis en question. La tendance est à l'intégration des aspects politiques, militaires et humanitaires, dans le cadre de stratégies nouvelles et de mandats élargis. Les institutions humanitaires sont poussées à se faire les simples exécutants des politiques des donateurs et à se c onsacrer en priorité à des actions susceptibles de mobiliser l'attention des médias. Si le Mouvement manquait à maintenir son indépendance, il risquerait d'être rendu responsable des actes d'autrui et des résultats de leurs politiques et stratégies.

  La question du comportement  

La sécurité du personnel humanitaire dépend étroitement, outre du respect des Principes fondamentaux, de son propre comportement individuel. A cet égard, il doit impérativement observer un certain nombre de règles essentielles.

Premièrement, il doit maintenir un dialogue ouvert et permanent avec tous les intéressés, y compris les bénéficiaires de l'aide et la population locale. Quand le personnel humanitaire consacre le temps nécessaire à expliquer minutieusement son mandat, ce qu'il fait, comment il se comporte et ce que recevront de lui les intéressés et les bénéficiaires, les dissensions et les malentendus s'atténuent.

Deuxièmement, il doit faire preuve de compréhension et de respect vis-à-vis de la culture, des traditions et des usages des différents peuples et communautés. Une façon d'y parvenir est de faire participer chaque fois que c'est possible les communautés et organisations locales aux opérations.

Troisièmement, il doit appliquer des normes professionnelles élevées. L'action humanitaire doit être conduite en fonction des seuls besoins reconnus. Elle ne doit pas être influencée par des considérations financières ou autres qui ne soient directement liées aux besoins ou à l'évolution des conditions de sécurité.

  La question de l'emblème  

Un autre élément important de la sécurité est la fonction protectrice de l'emblème . Cette protection dépend des efforts déployés par les Etats pour promouvoir le respect de l'emblème, de l'adhésion aux Principes fondamentaux et de l'attitude des composantes du Mouvement et de leur personnel. L'emblème symbolise traditionnellement une action humanitaire neutre, impartiale et indépendante. Les Etats l'ont exclusivement réservé, à travers les Conventions de Genève, à l'identification des services médicaux en temps de conflit armé et des secours humanitaires impartiaux apportés par le Mouvement.

La protection procurée par l'emblème provient du respect dont il jouit grâce aux actions des composantes du Mouvement et aux vastes campagnes d'information et de diffusion menées par les Etats et par le Mouvement lui-même. La présence d'armes, même aux seules fins de légitime défense, minerait la confiance dans les valeurs que représente l'emblème et pourrait même donner à penser que le Mouvement nourrit des projets hostiles et perfides.

Dans des cas extrêmes, où le personnel du Mouvement se trouve en danger et n'est plus protégé par l'emblème, la question de la protection armée peut se poser. Les risques et les possibles effets secondaires négatifs d'une telle protection obligent toutefois à fixer des règles précises à cet égard, et à les diffuser largement au sein du Mouvement.

C'est pourquoi le Mouvement a entrepris de formuler des directives sur l'emploi d'une protection armée. Le Conseil des Délégués les examinera à sa session de décembre 1995 pour communication ultérieure aux Etats intéressés.