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Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe fournis par l'Organisation des Nations Unies, y compris l'assistance économique spéciale

21-11-1996 Déclaration

Assemblée générale des Nations Unies, 51e Session, Plénière, Points 21 de l'ordre du jour, intervention du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), New York, 21 novembre 1996

Monsieur le Président,

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) suit avec attention le débat sur le Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire d'urgence fournie par l'Organisation des Nations Unies et vous sait gré de pouvoir présenter à nouveau quelques réflexions sur ce sujet.

Nous estimons qu'en matière de coordination humanitaire deux objectifs principaux sont en jeu : il s'agit, d'une part, de servir les intérêts des victimes de manière cohérente et efficace et, d'autre part, d'utiliser au mieux les fonds mis à disposition par les donateurs. Dans cette optique, le CICR a donc une approche pratique de la coordination humanitaire, essentiellement guidée par l'aide aux victimes et la transparence vis-à-vis des donateurs.

Au cours des dernières années, nous avons observé que la véritable coordination humanitaire existait principalement au niveau du terrain et que l'impulsion était généralement donnée par l'organisation humanitaire qui avait été le premier ou le principal acteur opérationnel dans une situation d'urgence. Cette année, le CICR a joué ce rôle en Tchétchénie, en Afghanistan, au Sri Lanka ainsi que dans certaines régions de la Somalie, du Soudan et de la Sierra Leone.

Il a continué par ailleurs à jouer un rôle de premier plan en matière de recherches de personnes disparues et de rétablissement des liens familiaux. Les importantes opérations qu'il mène dans ce domaine - dans la région des Grands Lacs en Afrique et en ex-Yougoslavie, notamment - sont coordonnées avec celles des autres organisations qui sont également co ncernées, à un titre ou un autre, par ces questions.

Le CICR estime que la coordination sur le terrain fonctionne de manière optimale lorsque les organisations concernées acceptent d'agir en suivant des principes éthiques et opérationnels communs - tels que ceux qui sont énoncés dans le Code de conduite pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et pour les Organisations non gouvernementales (ONG) - et quand elles s'efforcent de parvenir à une réelle complémentarité, en respectant le mandat et le rôle de chacune d'entre elles. L'Angola offre l'exemple d'une bonne coordination sur le terrain : dans ce pays, les organismes humanitaires ont mis en place de solides mécanismes de coordination et leurs activités se complètent. De tels efforts - axés sur une coopération pragmatique sur le terrain et fondés sur une conception commune de l'action humanitaire - méritent d'être poursuivis et intensifiés dans toutes les situations d'urgence ou d'après-conflit où une multitude d'organisations humanitaires s'efforcent de répondre aux besoins des victimes.

Parallèlement à la coordination opérationnelle sur le terrain, le CICR attache une attention croissante à la coordination et à la concertation à l'échelon du siège des organisations. C'est ainsi que, cette année, le CICR a organisé plusieurs réunions très fructueuses avec les instances dirigeantes de quelques-uns de ses principaux partenaires humanitaires. Outre la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, de telles réunions se sont tenues avec notamment l'UNICEF, le HCR, le PAM et le Haut Commissaire aux droits de l'homme, ainsi qu'avec certaines grandes ONG internationales.

Début septembre, un échange de lettres a été effectué entre le Président Sommaruga et Mme Bertini, afin de préciser les modalités de coo pération entre le CICR et le PAM et de définir les principes à respecter dans le cadre des actions d'assistance menées lors de situations d'urgence dues à un conflit. Quelques mois plus tôt, au Rwanda, la délégation du CICR avait signé avec le bureau local du Haut Commissaire aux droits de l'homme un accord définissant, à l'échelon du terrain, les responsabilités respectives des deux institutions dans ce pays en matière de protection et de visites aux personnes détenues.

Ces démarches de caractère bilatéral ont permis non seulement de renforcer la compréhension mutuelle, mais aussi d'ouvrir la voie à des relations institutionnelles plus étroites et à un renforcement de la coordination et de la coopération sectorielles. De telles démarches, qui constituent un volet important de ses efforts de coordination, seront poursuivies par le CICR auprès de ses partenaires opérationnels.

Sur un plan plus multilatéral, la première priorité du CICR consiste à assumer son rôle et ses responsabilités au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et à rester étroitement en contact avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et leur Fédération.

Parallèlement, le CICR participe activement aux mécanismes de coordination des Nations Unies pour contribuer à promouvoir la synergie et la cohérence au sein de l'ensemble de la communauté humanitaire.

Nous souhaiterions maintenant évoquer brièvement le rôle important qui a été assigné au Département des affaires humanitaires, auquel il incombe, au sein des Nations Unies, à la fois de défendre la cause humanitaire et de faciliter la coordination opérationnelle. Les efforts qu'il déploie pour soulever, dans le système des Nations Unies, des questions comme celles de l'impact humanitaire des sanctions économiques ou du respect des mandats humanitaires, de même que ses activités dans des do maines tels que le déminage ou la collecte et la diffusion d'informations sur les opérations et les questions humanitaires, sont des exemples du rôle du Département des affaires humanitaires qui méritent une mention particulière.

Nous souhaitons également citer la question des mines terrestres antipersonnel qui a donné lieu à une coopération interorganisations exemplaire. Il est en effet très encourageant, pour le CICR, de voir que sa campagne mondiale en faveur de l'interdiction de ces armes exécrables a contribué à renforcer et à harmoniser l'engagement et la mobilisation humanitaires d'un grand nombre d'organisations face à ce problème.

Monsieur le Président,

Certaines situations d'urgence survenues récemment - au Libéria, au Burundi et, actuellement, dans l'est du Zaïre - ont montré combien il était important que les organisations humanitaires et les organes politiques, régionaux ou internationaux, restent en contact et que des tâches clairement définies leur soient allouées. Dans ces contextes, il semble parfois que la communauté internationale, se trouvant incapable d'agir, s'efforce alors de pousser les organismes humanitaires au premier plan, plutôt que de rechercher des solutions politiques.

Le CICR estime qu'il est urgent, aujourd'hui, d'aller au-delà de la coordination entre les organisations humanitaires lors de situations d'urgence et qu'il faut, notamment, renforcer la concertation avec les organes politiques appropriés ainsi qu'avec d'autres acteurs intervenant dans les situations qui précèdent ou qui suivent les conflits.

Le CICR maintient dans cette optique des contacts bilatéraux réguliers avec le Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi qu'avec les organisations régionales les plus importantes qui agissent sur le plan politique ou dans le domaine de la sécurité, telles que l'Organisation de l'unité africaine (OUA), l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l'Organisation des États américains (OEA) et l'Organisation de la Conférence islamique (OCI).

Les récentes situations d'urgence que nous venons de mentionner ont, une fois encore, clairement démontré que dans bien des cas il importe de mieux définir les rôles des organisations humanitaires, d'une part, et les responsabilités des organes politiques, d'autre part, et de mieux assurer aux activités des uns et des autres un nécessaire soutien politique et financier.

Nous souhaitons réaffirmer ici que les opérations humanitaires ne peuvent se substituer à l'action politique. Les organisations humanitaires ne peuvent ni tenter de remédier aux causes profondes des conflits, ni en permettre le règlement pacifique ; elles ne peuvent ni faire régner l'ordre public, ni garantir les conditions de sécurité essentielles au bon déroulement des activités humanitaires, excluant tous risques inacceptables pour les bénéficiaires de l'assistance et le personnel des organisations. Dans de telles situations, l'action humanitaire dépend donc largement des mesures qui doivent être prises, avec détermination et fermeté, sur le front politique.

Monsieur le Président, je vous remercie.

[Réf.UN(1996)37,b ]