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Les voix de la guerre : lettre d'Israël et des territoires occupés

23-07-1999

Imprégnées du passé, étayées par des certitudes inflexibles, intransigeantes et catégoriques ... les opinions qui ont été recueillies dans le cadre de la consultation «Les voix de la guerre» en Israël et dans les territoires occupés étaient plus arrêtées et plus spontanément exprimées que nulle part ailleurs. Au cours des discussions de groupe, les deux côtés – Palestiniens et Israéliens – ont manifesté la même amertume et la même détermination. Nulle part ailleurs, l'opposition entre «nous» et «eux», et entre le «droit historique» et l'«injustice historique», n'a paru aussi forte. Le fait que la discussion sur des thèmes relatifs au droit international humanitaire ait été aussi polarisée n'était pas surprenant en soi ; ce qui était plus frappant, c'était l'apparente incapacité de bon nombre des personnes interrogées à penser que «les autres» étaient aussi des êtres humains.

Il y a eu, toutefois, de notables exceptions. Par exemple, ce jeune appelé israélien qui, s'exprimant à voix haute au milieu d'un groupe de camarades de l'armée, a déclaré : « Pour nous, les Arabes étaient mauvais et je suis certain que, pour eux, les Juifs étaient des êtres froids et cruels. C'est ce que nous avons toujours entendu dire.» La réponse de son ex-adversaire de Gaza, un peu plus jeune, qui aurait bien pu faire partie de ceux qui lui lançaient des pierres, était le résultat de nombreuses années d'amertume et d'un sentiment d'injustice qui couvait depuis longtemps. «Dans la guerre, j'ai appris qu'il n'y a pas de sentiment, pas d'émotions. Les émotions sont gelées... Tout devrait être permis. Il faut tout faire pour affaiblir l'ennemi.»

Le projet « Les v oix de la guerre», qui est allé de Ramallah en Cisjordanie, jusqu'à Gaza et dans la région particulièrement vulnérable de Kyriat Shmonah, où des missiles Katiouchka non guidés survolent la crête rocheuse qui sépare la ville du Sud-Liban, a soulevé bien des souffrances et beaucoup d'angoisse. Une Palestinienne de 34 ans, dont le mari est en prison depuis neuf ans sans espoir de libération anticipée, soupire. «Je veux avoir des enfants.» Ironie du sort, le groupe était réuni dans la salle de classe d'une école maternelle très moderne, avec des dessins d'enfants sur tous les murs. «Quand mon mari sortira de prison, lui aussi voudra avoir des enfants, mais je ne pourrai pas rajeunir ! Ma jeunesse sera passée et il prendra une autre femme.»

Et pourtant ces femmes – réunies dans un groupe de discussion composé d'épouses de Palestiniens détenus dans des prisons israéliennes – savent que leurs souffrances sont le prix qu'elles ont à payer pour quelque chose d'exceptionnel. «Le conflit nous a permis, en tant que femmes, d'acquérir des personnalités fortes et nous a donné la possibilité de défier des traditions et des habitudes séculaires», dit l'une d'elles.

Devant des maisons détruites, un appelé de l'IDF ( Israel Defense Forces / Forces armées israéliennes) affirme : «C'est exactement ce que je ferais (détruire des maisons), et dans certains cas ce sont des peines collectives». «La guerre n'est pas une partie de plaisir» , a déclaré pour sa part un général de l'IDF à la retraite au cours d'une discussion consacrée aux limites à la guerre et à une Intifada soutenue par l'opinion publique. Avec le déracinement d'oliviers séculaires dans les plantations palestiniennes (une question particulièrement sensible dans un pays biblique où ces arbres fournissent un apport financier et servent à mesurer le temps), avec la menace des voitures piégées et les attaqu es terroristes que personne ne renie – «Nous devons tuer des civils parce que nous ne pouvons atteindre les militaires. C'est donc le seul moyen de toucher les militaires» (femme d'un détenu de Cisjordanie.) –, la consultation «Les voix de la guerre» a permis de récolter une foule d'informations.

Le but de cette consultation, ici comme ailleurs, est de mesurer la connaissance du droit international humanitaire et ce que l'on attend de lui, d'essayer de déterminer la limite exacte au delà de laquelle le comportement des combattants pourrait glisser vers des zones juridiquement inacceptables, notamment en ce qui concerne la distinction entre combattants et civils. En Israël, dans les territoires occupés et dans les territoires autonomes, on a l'impression que la question se pose à peine. À première vue, il semble que deux mondes distincts sont en guerre. «Dans la société israélienne il n'y a que des soldats et des colons, il n'y a pas de civils» (une femme palestinienne). «C'est une guerre moderne dans laquelle tout le monde est impliqué, même les femmes et les enfants...» ( ancien général de l'IDF).

Toutefois, les positions dures se sont adoucies une fois que les nécessités politiques d'une discussion menée devant des étrangers ont été dépassées par la magie de l'atmosphère de «confessionnal» d'un groupe de discussion. «Si l'autre partie fait du mal à des civils, il devient facile pour nos soldats de faire la même chose.» (un ancien général israélien). «La meilleure chose à faire pour sortir de cette situation serait d'organiser des programmes d'échange entre de jeunes israéliens et de jeunes palestiniens» (un jeune palestinien à Gaza).

  Comité international de la Croix-Rouge (CICR)  

  Unité campagne  

  Juillet 1999  

Réf. LG-1999-120-FRE