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Rapport sur l'état des activités du CICR en faveur des prisonniers au Maroc/Sahara occidental

25-05-2000 Rapport

Près de dix ans après le cessez-le-feu qui a mis fin au conflit du Sahara occidental, 1685 prisonniers marocains sont toujours en captivité. Bien que de fréquents retards aient été constatés dans la mise en œuvre du plan de règlement des Nations Unies, le CICR ne ménage aucun effort pour assurer leur libération et leur rapatriement. Dans l'intervalle, il s'emploie à alléger leur sort en visitant les camps régulièrement. Lors de sa dernière visite, il a pu constater que les hommes étaient dans une grande détresse psychologique et épuisés physiquement.

Pour ce qui est de l'année 2000, le CICR a rapatrié en février 186 prisonniers qui avaient un besoin urgent de soins médicaux. En avril, il a effectué la première de ses deux visites annuelles aux prisonniers; lors de cette visite, une équipe médicale a examiné 600 prisonniers et leur a fourni une assistance médicale.

Par ailleurs, le CICR a intensifié ses efforts en faveur des personnes portées disparues.

  I. Une équipe médicale du CICR visite des prisonniers marocains détenus par le Front Polisario  

     

Le retard pris par le plan de règlement de l'ONU et les incertitudes qui planent autour de sa mise en œuvre ont bloqué le rapatriement des prisonniers. Aussi le CICR cherche-t-il des solu tions pour permettre à ces hommes, dont la grande majorité sont détenus depuis près de 20ans, de recevoir sur place des soins plus élaborés.

Entre le 19 et le 30 avril, une équipe médicale du CICR composée d'un médecin, également spécialiste en neurologie, un chirurgien ophtalmologiste, un technicien en dentisterie et un délégué du CICR, a visité 600 prisonniers marocains détenus par le Front Polisario dans la région de Tindouf (sud-ouest de l'Algérie). Les 600 prisonniers ont été vus individuellement par le neurologue et le délégué.

Le chirurgien ophtalmologiste a opéré 25 prisonniers et un réfugié sahraoui qui risquaient de perdre la vue très prochainement. En outre, il a examiné 171 patients oculaires et prescrit 80paires de lunettes. Le technicien en dentisterie a équipé 13 prisonniers de prothèses dentaires – produites sur place grâce à un minilaboratoire fourni par le CICR – et a enseigné à deux prisonniers (un infirmier et un dentiste) à fabriquer de telles prothèses.

Le CICR est extrêmement préoccupé par la situation de ces hommes, dont la plupart ont été capturés entre 1978 et 1982. La période moyenne de détention à ce jour est de 18 ans. Parmi les prisonniers, 744 sont en captivité depuis 20 ans, ou plus longtemps encore.

« Je ne pouvais même pas choisir quel prisonnier je voulais examiner, a déclaré le médecin du CICR, car tous étaient impatients que je les ausculte. Tous sont malades – physiquement ou psychologiquement. Le vieillissement prématuré et la dépression, voire la psychose, sont courants. Au cours des deux dernières années, leur état de santé s'est nettement détérioré. Malgré l'assistance fournie, les possibilités d'un traitement médical dans les camps restent limitées, et les conditions de vie dans le désert sont très dures, surtout pendant les mois d'été. Mais le pire, c'est que le référendum, dans lequel les prisonniers avaient placé t ous leurs espoirs d'un rapatriement vers le Maroc, soit continuellement retardé. Cela conduit à des tensions dans le camp qui sont liées à la perte tragique de tout espoir et à un sentiment croissant d'impuissance. »

Fourniture d'une assistance médicale pendant les visites

Pendant les visites dans les camps, en plus de l'examen des prisonniers, le CICR fournit régulièrement du matériel pour la chirurgie oculaire et les soins dentaires, et il les approvisionne en insuline et en médicaments de base destinés aux prisonniers marocains.

En attendant qu'ils soient rapatriés, le CICR continuera de visiter les prisonniers et de leur apporter une assistance médicale régulière. Il suivra de près ceux dont l'état de santé est très préoccupant et qui doivent être transférés dans un établissement médical spécialisé. D'un point de vue pragmatique, il poursuivra ses efforts afin d'obtenir que les personnes les plus vulnérables soient rapidement rapatriées.

Message Croix-Rouge et autres contacts familiaux

Le CICR permet en outre aux prisonniers marocains et à leurs familles de rester en contact en échangeant des messages Croix-Rouge, et il envoie des colis familiaux à ces prisonniers par l'intermédiaire du Croissant-Rouge algérien. Il suit également les conditions de détention et de traitement des prisonniers. Ainsi, en 1999, le CICR a assuré l'échange de 33 679 messages Croix-Rouge et envoyé 507 colis familiaux.

  II. Rapatriement des prisonniers marocains  

Le 26 février 2000, le CICR a rapatrié 186 prisonniers marocains libérés par le Front Polisario pour raisons humanitaires. Accompagnés d'une équipe du CICR, ils ont quitté Tindouf à bord d'un avion affrété par l'institution et ont été remis aux a utorités marocaines en arrivant à l'aéroport militaire d'Inezgane, près d'Agadir. Le CICR, qui avait offert ses services en tant qu'intermédiaire neutre, est intervenu avec l'accord de toutes les parties concernées.

Avant cette opération, les délégués du CICR s'étaient entretenus avec chacun des prisonniers pour s'assurer qu'ils étaient rapatriés de leur plein gré. Tous ont pu emporter avec eux leurs effets personnels.

Auparavant, trois groupes de prisonniers marocains avaient été rapatriés sous les auspices du CICR: 10 en 1984, 185 en 1995 et 5 en novembre 1999.

L'institution a intensifié ses démarches auprès des parties concernées en vue d'une solution humanitaire rapide et elle reste à leur disposition pour superviser le rapatriement de tous les prisonniers marocains encore détenus dans le cadre du conflit du Sahara occidental.

  III. Les personnes portées disparues  

Pendant des années, les parties concernées ont transmis au CICR diverses listes comprenant les noms de personnes portées disparues dans le cadre du conflit (900 originaires du Maroc et 230 appartenant au Front Polisario). Dans certains cas, le CICR a pu donner des informations aux parties qui en demandaient.

Le CICR poursuivra ses démarches auprès des différentes parties dans le but de faire la lumière sur ces cas pénibles, ainsi que ses activités de recherche de personnes qui y sont liées.

  IV. Rappel historique de la question des prisonniers  

En avril 1991, le Conseil de sécurité des Nations Unies, dans sa résolution 690, a adopté le plan de règlement élaboré par le secrétaire général des Nations Unies. Entre autres choses, le plan prévoit un échange de prisonniers de guerre qui se fera sous les auspices du CICR.

Le plan de règlement stipule également que le rapatriement des prisonniers sera effectué une fois le processus d'identification des électeurs pour le référendum terminé. Cette condition a incité le président du CICR à écrire en 1992 au roi du Maroc, au secrétaire général du Front Polisario et au secrétaire général des Nations Unies. Dans sa lettre, il a demandé aux parties concernées de faire preuve d'une plus grande compréhension et les a engagées à ne pas lier les aspects politiques d'un règlement du conflit au problème humanitaire des prisonniers, qui devaient être libérés immédiatement après la cessation des hostilités, conformément aux Conventions de Genève.

Suite aux démarches entreprises par son président auprès des parties, le CICR a renforcé sa coopération avec celles-ci et a finalement obtenu un accès régulier aux prisonniers. Cela lui a permis d'apporter une protection plus efficace aux prisonniers et de jouer son rôle traditionnel dans leur rapatriement progressif. Comme nous l'avons mentionné plus haut, le dernier rapatriement de prisonniers marocains a eu lieu le 26 février 2000.

En octobre 1996, le Maroc a libéré 66 prisonniers sahraouis détenus en relation avec le conflit. Ces prisonniers ont été conduits par avion dans la région de Tindouf, sous les auspices du CICR.

Le référendum a été repoussé à plusieurs reprises et à l'heure actuelle, aucune date définitive n'a été fixée. Selon le secrétaire général des Nations Unies, il y a de fortes probabilités que le référendum n'ait pas lieu avant 2002, ou même après.