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Regard sur la Croix-Rouge du Viet Nam

30-06-1996 Article, Revue internationale de la Croix-Rouge, 819, de Nguyen Van Noi

  Un lecteur vietnamien vient de soumettre à la Revue un texte intitulé «Regard sur la Croix-Rouge du Viet Nam». Il nous parle des défis auxquels le Viet Nam se voit aujourd'hui confronté, notamment après son ouverture vers les autres pays du Sud-Est asiatique. Nous reproduisons des extraits qui se réfèrent directement à l'action de la Croix-Rouge du Viet Nam, tout en gardant le style très personnel de l'auteur.  

Je voudrais parler de cette efficacité qui consolide, fortifie et embellit l'action de la Croix-Rouge du Viet Nam dans les moments les plus difficiles, comme à l'heure actuelle. Qu'il s'agisse de protéger la vie humaine et d'alléger la souffrance, de lutter contre la faim et la maladie, de promouvoir l'indulgence et la solidarité, on trouve toujours cette attitude, fondée non seulement sur la justification morale et l'urgence d'une action humanitaire, mais également sur son opportunité et sa nécessité, ce qui est dans l'intérêt de tous.

Tout le monde sait que, chaque année, le Viet Nam subit des dévastations funestes d'une dizaine de typhons provenant de l'océan Pacifique et ravageant presque toutes les provinces littorales du nord jusqu'au sud. De plus, le delta du Mékong, qui constitue le grenier du pays, est sans cesse soumis à des inondations désastreuses, causant des dégâts très importants pour la population. Les pertes évaluées à des dizaines de millions de dollars pour ces calamités se répètent tous les ans et restent difficiles à compenser. Cependant, on ne se laisse pas abattre. Au lendemain de ces catastrophes, les paysans retournent à leur te rre et recommencent de zéro. Certes, au début, cela paraît insurmontable; on manque de tout: vivres, habitations, vêtements, outils aratoires. Tant pis, on subsiste avec ce qu'on trouve sur-le-champ, on pêche, on cueille des plantes comestibles, on attrape tout ce qui se mange pour survivre. Avec l'aide apportée par des compatriotes des zones en sécurité, on se procure le peu de ce qu'on a perdu et, à force de travailler, de peiner, on aura transformé cette terre ingrate en un trésor immense. À côté des plaines ondoyantes de riz doré s'étalant à perte de vue s'élèvent des plantations, des vergers de toutes sortes, faisant la richesse de la nation. Tel est le panorama. Mais au fond, qu'est-ce qui se passe sous cette apparence qui suggère la confiance, la conscience et l'optimisme? À vrai dire, le mobile de tout ce ressort est l'efficacité de l'entraide. Les habitants se sont unis, ont partagé la douleur comme la joie et ont affronté miraculeusement le danger, le péril qui les menaçaient. Le résultat est que, malgré leur dénuement total, ces gens vivent quand même, et durant des mois on ne compte aucun cas de famine. On s'entraide, on se ravitaille avec ce qu'on a sous la main et ce qu'il y a de positif dans ces efforts est que, à côté d'un courage sans précédent, ce peuple s'est toujours conduit de la façon la plus logique, la plus indulgente vis-à-vis de lui-même, vis-à-vis de la communauté mondiale.

L'année 1995 a été marquée par une forte crue du fleuve Mékong et par un typhon très violent dont les conséquences fâcheuses ne peuvent être réparées qu'après des années de reconstruction consécutives. Les groupements comme la Croix-Rouge n'ont pas lancé d'appels au secours au monde entier car ils croient qu'il est plus décent et raisonnable de subvenir d'abord eux-mêmes aux besoins, quelles que soient les circonstance. Toutefois, l'assistance bénévole provenant du dehors est toujours appréciée, et l'on n'est pas étonné de constater que plusieurs nations amies ont apporté leur aide qui constitue en quelque sorte un ciment tendant à consolider les précieuses pierres de la maison d'humanité. Certes, des secours de toutes sortes vont affluer sur le terrain. Néanmoins, on est loin de croire que les mauvais effets d'une assistance en cas de catastrophe naturelle vont se produire à cette occasion: on ne voit aucun signe de dépendance à long terme, aucun trouble causé à l'économie régionale par l'arrivée en masse de vivres et de médicaments; aucun dérèglement social n'est inventé par un quelconque intrus indésirable. Les pauvres victimes ne font rien qui puisse attirer des ennuis à la société, leur attitude est pour le moins digne de louanges.

Donc, qu'est-ce qui a fait cet heureux effet à la place des perturbations redoutées? C'est, à vrai dire, un esprit de discipline, de solidarité, qui a pris racine au fond de l'histoire de ce peuple, dont les épisodes glorieux couverts de lauriers ont été toujours dessinés avec du sang et de la sueur. C'est également l'esprit de la Croix-Rouge. Où la vie demande participation, là se trouve la Croix-Rouge. Elle est dans l'école, dans les usines, dans les champs, dans les gares, dans les villages, bref, dans la société même. Dans ce pays, les préceptes de la Croix-Rouge se confondent avec l'esprit de solidarité et de clémence qui resplendit comme une pierre de jade, un leitmotiv d'ailleurs, sur le frontal de l'autel des traditions vietnamiennes. Tout d'abord, la Croix-Rouge est très active dans l'éducation. C'est par cette action qu'on arrive à former les qualités morales: l'humanitarisme, l'esprit de responsabilité, le sens positif de l'action sociale, la capacité d'organisation et d'acquittement du devoir. Insérer les actions de la Croix-Rouge dans l'enseignement, c'est créer un milieu propice pour que l'école organise plus facilement ses a ctivités éducatives et, par là, espérer récolter de bons résultats dans la formation des jeunes.

  Après une description des différents besoins dans le domaine de la santé, l'auteur conclut:  

     

Évidemment, le manque de moyens et de fonds nécessaires [... ] a beaucoup limité l'action sociale que la Croix-Rouge du Viet Nam a déployée en faveur de la société souffrante. Cependant, on peut être certain que la présence de cette institution humanitaire se fait de plus en plus voyante à côté des organisations gouvernementales et non gouvernementales dans les milieux les plus défavorisés du pays.

Parallèlement à la propagande, à la divulgation des connaissances relatives à la santé, l'école doit mettre en valeur les bienfaits de la gymnastique et des sports dans l'éducation physique. Les sports sont des moyens d'élever le niveau de la santé, permettant à l'homme de vivre dans le bien-être, d'augmenter son efficacité au travail. Ils transforment l'homme, lui donnent de l'endurance, de la force, de la vivacité et du courage. Chaque école, chaque collectivité d'élèves vivant dans une région doit créer pour elle-même une ambiance d'embonpoint et de gaieté dans la vie. Chaque matin, au lever du soleil, les jeunes comme les plus âgés doivent se rassembler pour faire de la gymnastique ou pratiquer des sports divers comme le badminton ou des disciplines olympiques. Et toutes ces activités forment une ambiance de culture typique tendant à enseigner aux jeunes la manière de vivre correctement, et permettre de promouvoir dans la population le désir de mettre en oeuvre une vie culturelle nouvelle.

Donc, la promotion et la divulgation des connaissances de protection de la santé et de culture physique sont des sujets d'action d'im portance capitale de la Croix-Rouge dans l'enseignement. Chaque école peut enseigner ces préceptes pendant les heures de classe et mettre en pratique ces recommandations après les cours. C'est un travail positif, humanitaire, inculquant directement la moralité aux élèves.

Actuellement, les élèves et étudiants mènent une activité assez intense dans le domaine de la Croix-Rouge: ils participent aux soins de santé donnés à la fin de chaque semaine et pendant les vacances aux pauvres des quartiers populeux et des villages lointains. Et il va sans dire qu'ils sont devenus, sans y être invités, les «jeunes de choc» de la Croix-Rouge les plus fervents, les plus actifs. Leur participation dans d'autres campagnes et mouvements à objectifs déterminés porte une signification de haute valeur dans la vie générale de la population.

Et c'est ce point, crucial, qui a fait de la Croix-Rouge du Viet Nam non plus un simple mouvement mais une organisation qui s'insère naturellement dans une action traditionnelle à cultiver.

  Dr. Nguyen Van Noi  

  Membre de la Croix-Rouge  

  du Viet Nam, Ho-Chi-Minh Ville  




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