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Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe

24-09-1997 Déclaration

  Déclaration de M. Cornelio Sommaruga, Président du Comité international de la Croix-Rouge  

     

  Strasbourg, 24 septembre 1997  

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Permettez-moi tout d'abord de vous remercier de votre invitation à prendre la parole une fois encore devant cette prestigieuse assemblée à l'occasion de la discussion du rapport sur " les mines et leurs conséquences humanitaires " qui vient d'être présenté par Mme Lisbeth Fehr et M. Georges Clerfayt, rapporteurs de la Commission des migrations, des réfugiés et de la démographie.

Je suis heureux de constater que l'excellente coopération qui s'est instaurée entre nos deux organisations va en s'intensifiant. J'avais déjà eu l'honneur d'être votre invité en avril 1996. J'intervenais alors dans le cadre de la présentation d'un rapport sur les activités du CICR de 1992 à 1995. Je suis prêt à répéter l'exercice l'année prochaine si vous le souhaitez.

Cette coopération traduit, j'en suis persuadé, un engagement commun pour un meilleur respect de la dignité de la personne humaine. Les actions de nos deux organisations se renforcent ainsi mutuellement dans de nombreux domaines de convergence. Celui des mines en est un bon exemple.

Avant d'aller pl us loin, je voudrais exprimer ma gratitude à la Commission des migrations, des réfugiés et de la démographie, en particulier à sa Présidente, Mme Manuela Aguiar, et aux rapporteurs, pour avoir pris l'initiative de préparer cet excellent rapport.

Le séminaire qui s'est tenu à Budapest en mars de cette année sous les auspices de la Commission, et auquel le CICR a prêté son concours, est également une contribution importante qui mérite d'être soulignée.

Enfin, j'aimerais saisir cette occasion pour remercier le Secrétaire général et le Greffe de l'Assemblée parlementaire pour leur soutien constant.

* * * * *

Madame la Présidente,

Chaque jour, dans des dizaines de pays à travers le monde, les mines terrestres antipersonnel font 70 nouvelles victimes. La plupart d'entre elles sont des civils innocents — hommes femmes et enfants — qui s'efforcent d'assurer leur maigre subsistance dans une communauté frappée par la guerre. Parfois ils marchent sur une mine à effet de souffle. S'ils ne sont pas tués, ils perdent une jambe, ou les deux. De la terre, des débris de l'enveloppe extérieure de la mine, voire des fragments de leurs propres pieds sont projetés dans leur corps par la force de l'explosion. Dans d'autre cas, après avoir par inadvertance rompu un fil-piège tendu, ils sont criblés d'éclats métalliques d'une mine placée près d'un arbre ou d'un point d'eau. Les survivant doivent subir d'innombrables opérations chirurgicales délicates puis suivre le long et douloureux parcours de la rééducation physique. Ils doivent ensuite avoir la possibilité d'apprendre un nouveau métier et ont besoin de conseils pour faire face à leur handicap. Ils risquent de se trouver confrontés à d'au tres problèmes graves : victimes de discrimination en matière d'emploi, abandonnés par leur épouse ou époux ou, dans le cas des enfants, exclus de la scolarité. Seules quelques rares victimes de mines bénéficieront des soins et de l'assistance à vie dont elles ont besoin.

C'est l'expérience de nos chirurgiens et de nos techniciens orthopédistes sur le terrain qui est à l'origine de la lutte que mène le CICR contre les mines terrestres. Profondément marqués par le cortège apparemment interminable des victimes de ces engins, ils ont recherché un moyen efficace de stopper le massacre d'innocents. C'est pourquoi, en février 1994, j'ai demandé à la communauté internationale de mettre un terme au fléau des mines en interdisant la production, le transfert, le stockage et l'emploi de ces armes pernicieuses. Plus tard, en novembre 1995, le CICR a lancé une campagne publicitaire visant, d'une part, à attirer l'attention de l'opinion publique sur l'urgence humanitaire causée par les mines terrestres et, d'autre part, à stigmatiser leur emploi afin que celui-ci finisse par être inconcevable.

Il semble que la lutte contre les mines antipersonnel soit maintenant parvenue à un point critique. Le 18 septembre, quelque 90 États ont adopté, à Oslo, le texte d'une Convention sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction. Ils ont ainsi affirmé clairement leur volonté de mettre rapidement un terme à ce fléau. Le processus d'Ottawa, qui a été lancé en octobre 1996 avec seulement 50 États en faveur d'une interdiction, a recueilli un tel soutien et gagné tant de terrain que plus de la moitié des gouvernements du monde devraient signer le traité dans la capitale canadienne, le 3 décembre prochain. Soyons bien conscients de la signification de cet événement historique. Jamais auparavant une i nterdiction globale n'a été adoptée en vertu du droit international humanitaire contre une arme si largement employée depuis des décennies. Et jamais auparavant, le monde n'a été témoin d'une telle alliance planétaire réunissant les gouvernements, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les Nations Unies et une coalition internationale d'organisations régionales et non gouvernementales qui, ensemble, s'efforcent d'atteindre un même objectif humanitaire : l'interdiction totale des mines antipersonnel.

L'Europe, malheureusement, n'a pas été épargnée par la tragédie des mines terrestres. Ces armes meurtrières ont été largement utilisées dans les conflits qui ont fait rage depuis le démembrement de l'ex-Union soviétique et celui de l'ex-Yougoslavie. La Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Géorgie, le Haut-Karabakh, le Tadjikistan et la Tchétchénie, pour ne citer que quelques lieux, ont tous connu la tragédie que l'épidémie des mines entraîne sur le plan humain, social et économique. Pour éviter davantage encore d'horreur et de souffrances dans cette partie du monde et ailleurs, je réitère mon appel pour l'éradication des mines antipersonnel. Il semble que de nombreux pays, notamment en Europe centrale et occidentale, aient encore des doutes quant à la nécessité d'interdire une arme qui a fait régulièrement partie de l'arsenal de la plupart des forces armées du monde. Je leur demande instamment de reconsidérer l'utilité militaire limitée des mines antipersonnel à la lumière des conséquences effroyables qu'elles entraînent. Cent vingt pays déjà sont parvenus à la conclusion que le coût de ces mines sur le plan humanitaire dépassait de loin les avantages qu'elles apportent sur le plan militaire. De plus, 30 pays ont renoncé unilatéralement à l'emploi des mines terrestres et 17 d'entre eux détruisent leurs stocks en partie ou en totalité. Tout pays qui décide de reno ncer aux mines antipersonnel sauve potentiellement d'innombrables vies civiles.

Pour sa part, le CICR fera tout son possible pour promouvoir l'adhésion rapide au traité qui doit être signé à Ottawa. Nous nous efforcerons de garantir que l'interdiction des mines antipersonnel devienne une norme humanitaire universelle acceptée et respectée par tous les États, et non uniquement par ceux qui ont pris une part active au processus d'Ottawa. Nous sommes convaincus que dans très peu de temps les mines terrestres seront au nombre des armes – comme les balles " dum-dum " explosives ou expansibles et les gaz toxiques – dont l'emploi ne peut être admis, en quelque circonstance que ce soit.

Je tiens à rendre spécialement hommage ici à l'action de la Princesse de Galles, Diana, que sa profonde humanité et sa compassion sans limites ont amenée à soutenir la lutte contre les mines terrestres. En se rendant en Angola cette année, sous les auspices de la Croix-Rouge, elle a contribué à placer les victimes au cœur du problème des mines terrestres au lieu de les laisser à la périphérie des discussions relatives à l'utilité militaire de ces engins. Elle était profondément engagée dans la campagne pour l'interdiction des mines terrestres, car elle était horrifiée par les conséquences humaines et sociales des maux causés par cette arme inhumaine qui frappe aveuglément les innocents. En poursuivant notre action en faveur des victimes de mines, nous garantirons que les efforts de la Princesse Diana n'auront pas été vains.

Certes, il reste encore beaucoup à faire. Les mines continuent à menacer des communautés entières, à empêcher le retour des personnes déplacées et à entraver la reconstruction et le développement économique dans des pays ravagés par la guerre. L'interdiction internationale des mines constitue une première et importante étape. Il s'agit toutefois d'intensifier encore nos efforts pour diminuer les dangers auxquels sont confrontés ceux qui vivent dans des régions truffées de mines et d'alléger le sort des victimes. C'est pourquoi le CICR poursuivra son action visant à sensibiliser au problème des mines les populations affectées et à fournir une assistance aux victimes de ces engins. Parallèlement, je demande instamment à la communauté internationale de consacrer davantage d'attention et de ressources au problème crucial du déminage.

En conclusion, je réitère l'engagement du CICR de continuer à œuvrer comme il l'a fait par le passé, en vue de l'éradication mondiale des mines antipersonnel et de l'horreur qu'elles entraînent. J'exprime l'espoir que les gouvernements, ainsi que les milieux privés et le monde des affaires, maintiendront leur soutien au CICR pour l'aider à couvrir les gigantesques dépenses auxquelles il doit faire face dans ce domaine.

Je vous remercie.

[Réf.: EXSO 97.09.24-FRE ]