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Rapport sur les ateliers

06-11-1999

XXVIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Genève, 31 octobre au 6 novembre 1999

Rapporteur : Mme Zoy Katevas de Sclabos, présidente de la Croix-Rouge chilienne, vice-présidente de la Conférence

C'est la première fois que des ateliers ont lieu dans le cadre de la Conférence internationale et c'est avec intérêt que beaucoup d'entre nous ont suivi cette nouvelle initiative. Si l'organisation de la Conférence a mis à disposition ces espaces de discussion, le choix des thèmes et la conduite de ces 14 ateliers ont été entièrement assumés par des Sociétés nationales, par des gouvernements, par la Fédération internationale ou par le CICR. Nous tenons à les remercier chaleureusement pour le travail qu'ils ont fourni pour leur préparation. 

Rappelons que le but des ateliers était de compléter les travaux officiels de la Conférence en donnant aux participants la possibilité d'explorer et de discuter de manière plus approfondie de sujets liés aux thèmes de la Conférence. Les ateliers avaient pour objectif d'offrir, dans un cadre informel, la possibilité de partager des expériences, de confronter des idées et de trouver des stratégies nouvelles pour faire progresser le débat. Ils n'avaient pas pour but de trouver un consensus ou d'aboutir à une résolution sur les sujets débattus. C'est donc pour information seulement que je vais vous faire part de leur résultat.

La moitié des ateliers traitaient de sujets liés aux conflits armés et à la mise en oeuvre du DIH. L'autre moitié des ateliers abordait des sujets internes au Mouvement, comme le volontariat, des sujets liés à la santé ou traitant de la réponse à apporter aux catastrop hes naturelles, sans oublier des sujets plus généraux comme les rapports avec l'économie privée.

Le premier d'entre eux présentait les résultats de la consultation mondiale " Les voix de la guerre " . Les participants ont accueilli favorablement cette consultation tout en s'interrogeant sur la question de savoir si une nouvelle consultation -spécifiquement auprès de porteurs d'armes- n'apporterait pas d'autres éléments cruciaux pour le débat.

L'atelier portant sur le thème des veuves dans le conflits armés a décrit les difficultés qu'elles rencontrent sur les cinq continents pendant et après les conflits armés ainsi que les stratégies qui devraient être adoptées pour les soutenir, notamment en matière d'assistance légale, de formation, d'éclaircissement du sort de personnes disparues et d'accès à l'autonomie.

L'atelier sur la prolifération des armes légères a rappelé que la disponibilité incontrôlée des armes légères met en péril l'application du DIH et a souligné la réussite du Moratoire ouest-africain sur la production, l'importation et l'exportation des armes portatives; certains des participants ont souhaité voir des initiatives comme le moratoire se développer dans d'autres régions du monde.

L'atelier suivant a examiné les mécanismes de mise en oeuvre du DIH, estimant notamment qu'il serait utile d'explorer la possibilité d'un plus large recours à la Commission d'établissement des faits. L'institution des puissances protectrices a également été débattue et il a été proposé de la ré-explorer pour l'adapter aux conflits internes qui sont les plus répandus de nos jours. La mise sur pied d'un mécanisme d'échange d'informations sur la mise en oeuvre nationale des normes de droit humanitaire a également été discutée et certains participants ont souhaité qu'un groupe d'Eta ts se proposent pour tester le concept.

Dans l'atelier sur le projet SIrUS, les organisateurs ont soumis une série de propositions basées sur ce projet qui pourraient être utilisées pour l'examen de la légalité des armes nouvelles, propositions que par ailleurs l'armée australienne entend mettre en oeuvre dans un futur proche. Un certain nombre de participants ont exprimé leur accord quant à la nécessité d'avoir de meilleurs mécanismes d'examen de la légalité des armes qui pourraient s'inspirer du projet SIrUS . Il a également été proposé de créer une institution permanente qui examinerait la légalité des armes ainsi qu'un organe central d'information qui serait axé sur les aspects techniques.

L'atelier traitant des stratégies d'assistance aux enfants affectés par les conflits armés a abordé de nombreux aspects relatifs aux enfants affectés par la guerre. La plupart des participants ont estimé qu'il fallait en priorité s'attaquer aux causes profondes de la problématique des enfants soldats, notamment la pauvreté et le manque d'accès en matière d'éducation. Ils ont également estimé que le Mouvement avait un rôle à jouer pour proposer aux jeunes des alternatives à la violence.

Dans le dernier atelier qui traitait de DIH, les organisateurs ont évoqué les récents développements aux niveaux national et international de la mise en oeuvre du statut de la Cour pénale internationale, ainsi que les difficultés pratiques rencontrées; les participants de l'atelier ont souligné l'importance de mobiliser le Mouvement pour la mise en oeuvre du Statut et ont proposé des mesures concrètes pour le faire mieux connaître au sein des Sociétés nationales et du public.

     

L'atelier sur le volontariat a examiné les conclusions de l'étude sur le secteur non lucrati f en Europe et a analysé les problèmes liés à la diminution du volontariat en Europe et en Afrique. Les participants ont également souligné la nécessité de profiter de la richesse et de la diversité des différents approches du volontariat sur les cinq continents et ont proposé des mesures spécifiques pour renforcer la société civile.

L'atelier sur le partenariat entre les gouvernements et les diverses composantes du Mouvement visait à examiner des partenariats stratégiques qui permettraient d'améliorer le dialogue avec les donateurs et de disposer des ressources nécessaires pour financer des programmes de longue durée. Même si la formule du partenariat requiert encore des ajustements, les participants l'ont jugée intéressante et apte à à mieux venir en aide aux populations vulnérables.

Les participants de l'atelier consacré à la lutte contre le SIDA dans les pays en développement ont examiné les initiatives dans ce domaine - principalement en Afrique. Ayant souligné la complémentarité entre les programmes de prévention ciblés et la prise en charge médicale des personnes infectées, ils ont discuté des efforts entrepris par les Sociétés nationales en matière de prévention et dans la prise en charge des malades et ont souhaité voir le Mouvement intensifier son action.

Dans l'atelier sur l'action humanitaire et le secteur privé on a pu constater qu'à une époque d'intensification des conflits internes et de globalisation de l'économie, le secteur privé et les organisations humanitaires se retrouvent souvent côte à côte dans les régions en crise. Outre la question du financement de l'action humanitaire par les grandes entreprises, l'atelier a traité de la responsabilité morale de toutes les entités présentes dans les régions en crise, y compris celle des acteurs économiques.

L'atelier " formation en santé et en premiers sec ours " a mis en lumière la crise globale que le monde traverse en matière de santé, et cela malgré les progrès dans le domaine des soins curatifs. Les disparités de l'état de santé entre divers communautés restent inquiétantes. Des actions dans le domaine de l'environnent et du style de vie, qui à eux seul influencent à plus de 60% la réduction du taux de mortalité, présentent des créneaux idéaux pour le Mouvement dans le domaine du développement des communautés vulnérables.

L'atelier sur l'utilisation et développement des normes du projet " Sphère " a permis aux participants de partager leurs expériences quant à l'utilisation de ces standards dans le domaine de l'aide humanitaire. Ils ont souligné que même si les normes de " Sphère " ne prétendent pas apporter la solution globale à tous les problèmes sur le terrain, ils donnent des lignes directrices et des indicateurs pour mieux planifier et coordonner les opérations de secours et augmenter la qualité de l'aide humanitaire, en particulier dans les programmes de développement.

L'atelier sur les effets des changements climatiques a mis en lumière le fait que les variations climatiques de ces dernières décennies ont été beaucoup plus importantes et plus rapides qu'au cours des cinq siècles passés entraînant plus de catastrophes naturelles. Il a été proposé d'agir à l'échelon local, d'utiliser plus systématiquement les systèmes de prévision météorologique, et de collaborer plus étroitement avec les gouvernements pour réagir et financer l'intervention en cas de catastrophe.

J'aimerais maintenant pour conclure commenter brièvement la façon dont il nous semble que les ateliers ont été reçus. Les thèmes présentés ont suscité un vif intérêt puisque les ateliers ont attiré un public nombreux qui oscillait entre 250 et 350 participants par jour, et cela souvent à l'issue d'une journée de conférence déjà chargée. Beaucoup d'entre vous ont salué cette initiative trouvant qu'il s'agissait d'une possibilité d'approfondir les sujets et d'entrer en contact avec des spécialistes du thème abordé.

Les thèmes des ateliers étant très variés, les organisateurs des ateliers ont naturellement choisi des façons différentes d'aborder ces sujets. Certains se sont concentrés sur l'aspect informatif, en présentant en détail les différents aspects des problèmes traités, tandis que d'autres ont décidé de laisser plus d'espace au débat entre les intervenants et l'audience. Il y a eu des débats entre experts - parfois très " techniques " - mais aussi des discussions beaucoup plus générales et accessibles à tous. Les uns ont utilisé des moyens multimédia très sophistiqués, les autres ont choisi des transparents faits à la main. Il me semble que d'une certaine façon, la diversité même des méthodes choisies par les organisateurs reflète la diversité de notre Mouvement en général, chacun usant de moyens différents pour accomplir notre mission commune.

Il est certain que la plupart des sujets nécessitaient beaucoup plus de temps que les deux heures prévues pour approfondir la discussion. Des participants nous ont confié qu'ils auraient parfois voulu avoir des présentations moins détaillées et avoir plus de temps pour débattre ou encore que des mesures concrètes pour résoudre les problèmes évoqués soient proposées. 

Mais même nos frustrations à l'égard de ces détails montrent clairement que l'idée des ateliers ne nous a pas laissés indifférents. Si l'on souhaite organiser des ateliers lors de la prochaine Conférence, il faudra probablement changer certaines choses: on peut imaginer d'être plus interactif et plus provoquant dans les ateliers, ou d'organiser à côté des ateliers des présentations ou de brefs colloques. On pourrait aussi mettre sur pied des débats entre experts ouverts au public ou d'autre formes d'événements informels qui refléteraient mieux la nature de certains des débats auxquels nous avons assisté. Il serait également nécessaire de trouver les moyens d'assurer l'interprétation des ateliers dans les langues de travail de la Conférence.

Quant au souhait de voir des ateliers organisés en parallèle aux séances plénières, l'idée est séduisante, mais cela désavantagerait les délégations qui sont les moins nombreuses.

En tout état de cause et quel que soit le concept que l'on choisira, il faudra absolument préserver cet esprit de libre échange d'idées entre toutes les composantes du Mouvement et les représentants des gouvernements que l'on a vus à l'oeuvre pendant les ateliers. Ces échanges nous semblent indispensables pour aller plus loin et trouver de nouvelles stratégies au service des victimes et des plus vulnérables.