Page archivée: peut contenir des informations obsolètes
  • Envoyer
  • Imprimer

Les mines terrestres au Cambodge

01-09-1995

État non partie à la Convention des Nations Unies de 1980 sur les armes classiques

Le 11 mars 1994, Norodom Ranariddh, l'un des deux premiers ministres, a annoncé que le Cambodge interdisait l'importation et la pose de mines terrestres.

 
   
    Galerie de photos - Cambodge : mines, janvier 1996  

  Situation générale  

Au cours des 25 dernières années, de huit à dix millions de mines ont été mises en place sur tout le territoire du Cambodge, dans toutes sortes de terrain [1 ] . Routes, rizières, puits, habitations et voies navigables sont aujourd'hui infestés de mines. Les régions les plus gravement touchées sont celles de Kampong Thom, Siem Reap, Kampong Chang, Kampong Speu, Koh Kong, Banteay Meanchey, Battambang et Pursat [2 ] . Le problème est particulièrement grave au Cambodge, les mines étant devenues les armes les plus utilisées dans un conflit où les affrontements à proprement parler entre les forces en présence sont rares [3 ] .

  Action du CICR en faveur des victimes  

Le Cambodge compte environ 20 000 amputés, soit un sur 240 habitants (un sur 470 en Angola et un sur 650 en Somalie). De 100 à 150 nouvelles amputati ons sont pratiquées chaque mois (contre 200 à 250 en 1992-1993). Il est difficile de déterminer le nombre de décès dus aux mines, mais on estime généralement que la proportion est de un mort pour un blessé.

Le CICR a lancé en 1991 des programmes d'appareillage orthopédique à Phnom Penh et Battambang. Un nouvel atelier de fabrication de membres artificiels a été ouvert à Phnom Penh en juin 1994. Toutes les organisations non gouvernementales travaillant au Cambodge utilisent maintenant la technologie du CICR.

De janvier à juillet 1995, 260 nouveaux patients ont été accueillis à l'atelier d'appareillage orthopédique du CICR à Battambang, pour y être équipés de prothèses. Pendant la même période, 627 prothèses ont été fabriquées. La plupart des patients viennent des provinces de Banteay Meanchey, Battambang et Siem Reap.

Entre septembre 1990 et mars 1995, dans la région de Mongkol Borei, 10% des patients ayant nécessité une intervention chirurgicale avaient été blessés par une mine (soit un peu moins de la moitié des blessés de guerre) : 150 AMPUTATIONS ONT été PRATIQUéES EN 1992, 148 EN 1993 ET 275 EN 1994. Quatre-vingt-dix pour cent des victimes étaient des hommes et 80% d'entre eux avaient entre 18 et 40 ans. La moitié environ de ces blessés étaient des civils et 78% savaient qu'ils se trouvaient dans une zone minée. Parmi les patients hospitalisés après avoir été blessés par une mine, le taux de décès a été d'environ 3%.

  Conséquences économiques, sociales et écologiques  

Comme d'autres pays dont le sol est infesté de mines, le Cambodge connaît de graves difficultés économiques, en particulier dans l'agriculture. Les paysans ne peuvent pas cultiver leurs terres et les routes sont impraticables. La présence des mines entrave le développement du pays car, même des régions où la paix règne restent trop dangereuses pour être exploitées.

  Tragédies personnelles  

Chhea Veou avait 19 ans lorsqu'elle a eu la jambe droite arrachée par une mine. Elle n'a pas beaucoup d'espoir en l'avenir : " Je ne peux pas gagner ma vie " , explique-t-elle. " Qui va me donner du travail, maintenant qu'il me manque une jambe ? On m'a dit qu'il n'y avait plus de mines dans ma région, mais j'ai peur de rentrer chez moi. "  

Chhea Veou n'est pas mariée. Recueillie par sa soeur aînée, la seule personne de sa famille encore en vie, elle est aujourd'hui loin de chez elle. " Je voulais me marier " , dit-elle, " je voulais avoir des enfants. Mais aucun homme ne voudra de moi, maintenant " . Chhea Veou a été équipée d'une prothèse au centre d'appareillage orthopédique du CICR à Battambang. Comme elle ne peut trouver de travail pour aider sa soeur à subvenir à leurs besoins, elle doit continuer à emprunter les chemins boueux qui mènent aux rizières et participer aux récoltes. " Dans la région où j'habite à présent, ont dit que les chemins sont sûrs, mais on disait la même chose là où je vivais avant. "

Sien Vanny est un paysan de 23 ans qui, lui aussi, a perdu la jambe droite. Il était en train de récolter du riz, sans savoir qu'il y avait des mines dans la rizière. " Est-ce que je pourrai à nouveau travailler la terre ? Je n'en ai aucune idée. Mais je ne veux pas perdre espoir. Je ne sais pas faire grand-chose d'autre. Avant, je trouvais assez facilement du travail pendant la saison sèche. Maintenant, je ne sais pas comme cela va se passer. "

Sien Vanny se fait du souci pour sa jeune femme et leur petite fille, qui n'a que huit mois. Il faudra que sa femme continue à travailler, pour un salaire b ien maigre, au lieu de s'occuper du bébé. C'est elle qui fera vivre la famille. " Je n'arrête pas de me faire du souci pour l'avenir de ma fille " , explique-t-il.

Il essaie de rester optimiste, mais il fait souvent des cauchemars au sujet de la mine sur laquelle il a marché. " Je n'oublierai jamais cette douleur, et cette image de ma femme, sous le choc en me voyant perdre mon sang. Personne ne devrait voir des choses pareilles! "

     

  Notes  

1. Département des affaires humanitaires de l'ONU, base de données sur les mines terrestres, 11 juillet 1995.

2. Idem  

3. Idem  

  (Mines/EA/sept. 95)