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« Les voix de la guerre », le projet phare du 50e anniversaire des Conventions de Genève

11-08-1999 Communiqué de presse 99/33

Il y a bien des mois, lorsque le 12 août 1999 n'était encore qu'une date lointaine sur le calendrier, le CICR a réfléchi sur la manière la plus adéquate de marquer cet événement. Il était clair que les 50 ans des Conventions de Genève ne pouvaient être célébrées dans la joie – trop de malheurs se trouvent inscrits dans leur sillage –, mais ce n'était pas non plus une date anodine. L'idée fut alors lancée d'effectuer un vaste sondage d'opinion auprès des victimes de la guerre et des porteurs d'armes. Il s'agissait de demander à des gens « ordinaires », directement touchés par la guerre, ce qui, sur la base de leurs expériences, correspondait à la notion exprimée par le slogan «même la guerre a des limites!».  

Pour ce projet, intitulé « Les voix de la guerre », on a ainsi recueilli les opinions de milliers de personnes dans onze pays touchés, ou ayant été touchés, par la guerre : Afghanistan, Afrique du Sud, Bosnie-Herzégovine, Colombie, El Salvador, Géorgie/Abkhazie, Israël/TO/TA, Liban, Nigéria, Philippines et Somalie. La récolte des informations a été réalisée sur la base de questionnaires individuels, d'interviews et de groupes de discussion. Parallèlement, un sondage « miroir », moins détaillé, a été effectué auprès de populations vivant dans des situations de paix aux États-Unis, en Fédération de Russie, en France, au Royaume-Uni et en Suisse. Une société américaine experte dans les sondages d'opinions, Greenberg Research Inc., a été chargée de définir la méthodologie la plus apte à ce projet unique en son genre, et de procéder à l'analyse des résultats.

Chaque pays consulté fera l'objet d'un rapport spécifique, alors qu'une étude consolidée et comparative sera publiée à une date ultérieure. Ce sera, en quelque sorte, la première «radioscopie » globale de l'état du droit international humanitaire, dont les Conventions de Genève constituent la clef de voûte.

Pour le CICR, – et pour tous ceux qui sont concernés, de près ou de loin, par le développement de l'action humanitaire et qui veulent résoudre les problèmes brûlants qui nuisent à son efficacité –, le projet « Les voix de la guerre » devrait, dans les mois à venir, apporter un certain nombre d'éléments utiles. En lançant un débat international sur la validité des principes du droit international humanitaire, en donnant aux cercles intéressés la première étude comparative sur l'état des connaissances de ce droit, en engageant un dialogue renouvelé avec des acteurs de conflits, et d'autres interlocuteurs, le projet « Les voix de la guerre » se propose d'être un atout important dans l'élaboration de l'ordre du jour humanitaire du XXIe siècle.

D'ores et déjà, le projet a touché un nombre considérable de personnes – bien plus que les milliers de participants consultés dans les divers contextes, puisque l'énorme logistique nécessaire à sa réalisation a exigé une implication personnelle, intellectuelle et physique de centaines de volontaires de différentes sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge, ainsi qu'un nombre considérable d'interlocuteurs et de partenaires locaux.

Le fait qu'une consultation d'une telle ampleur ait pu être effectuée en dépit des énormes difficultés organisationnelles et logistiques est, selon le CICR, une réussite en soi, même si le travail d'analyse et de rédaction des rapports s'est révélé plus long que prévu. Des informations complémentaires, un questionnaire-type et, sous peu, les premiers résultats peuvent être trouvés sur le site web dédié au projet, www.onwar.org

     

À la veille de ce 50e anniversaire qui a inspiré le projet « Les voix de la guerre », le CICR ressent la satisfaction d'avoir su renouveler le dialogue avec des gens qu'il estime très importants : les gens de la base, les gens qui subissent ou qui font la guerre. À terme, le CICR a l'espoir de sensibiliser l'opinion publique du monde entier. Il déclare, à travers le projet «Les voix de la guerre », que la guerre n'est pas une fatalité et qu'elle est déterminée, en outre, par la conscience des individus.
 
  CITATIONS  
 

« Si vous vous trouvez pris dans un conflit, n'oubliez pas que vous êtes un être humain. Ne perdez pas vos qualités humaines. Cela vous aidera à ne pas faire d'erreurs et à ne pas gâcher des vies. Et c'est ce que vous pouvez espérer de mieux dans un conflit : de garder vos qualités humaines. »

  Un ancien guérillero de El Salvador  

« Ça fait du mal de tuer. Nous sommes des tueurs — nous avons tué. Nos mains sont rouges de sang. Nous pensions protéger la communauté. Mais maintenant on nous considère comme des tueurs. »

  Un ancien combattant dans un township d'Afrique du Sud  

« Je voudrais dire combien il est important que les gens connaissent le droit pour qu'il soit appliqué. Malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas ces règles, ces lois. Ils deviennent eux-mêmes des victimes ... quand on leur fait du mal. Ils croient que c'est normal. Ils croient que c'est comme ça que les choses doivent se passer, que c'est la vie, parce qu'ils sont ignorants. »

  Une femme au Liban, dont le mari est porté disparu  

« Ma sœur avait 57 ans et elle vivait seule à Sarajevo. Elle a été tuée là-bas. Si j'avais trouvé celui qui a tué ma sœur, je lui aurais tranché la gorge immédiatement. Et ne croyez pas que je ne l'aurais pas fait. Je vois les choses différemment maintenant que les passions sont moins fortes. Mais sur le coup, je ne sais pas ce que je lui aurais fait...de rage. »

  Un civil en Bosnie-Herzégovine  

« Si on tue les prisonniers, ça ne fera pas revenir un parent mort, et ça ne résoudra pas la guerre. Au lieu de cela, c'est dégradant et c'est contre l'Islam. Ils devraient les remettre aux organisations humanitaires. »

  Une femme déplacée en Somalie  

« Si un pays est attaqué, les habitants deviennent plus unis. Dans une guerre civile, la nature bestiale des gens ressort. Ils deviennent même capables de tuer des enfants. »

  Une femme âgée en Géorgie  

« Une guerre sans règles, ce serait une guerre barbare, où rien ne compterait à part le fait de gagner. Et gagner, ce n'est pas tout.»

  Un guérillero en Colombie  

Pour en savoir plus sur le droit international humanitaire