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Sud-Caucase : la lutte contre la tuberculose dans les prisons est un enjeu pour le XXIe siècle

24-03-2000 Communiqué de presse 00/03

Genève (CICR) – Les prisonniers sont plus enclins à contracter des maladies transmissibles que l'ensemble de la population, essentiellement en raison de leurs mauvaises conditions de vie et à leur accès limité aux soins de santé. De nombreux gouvernements sont aujourd'hui confrontés à la tuberculose dans les prisons et un nombre croissant d'organisations humanitaires aident les autorités locales à faire face à ce problème majeur de santé publique. Les pays de la Communauté des États indépendants (CEI) en particulier estiment qu'il est difficile d'enrayer la tuberculose. Cela est particulièrement vrai dans les prisons, où cette maladie – dont les souches sont extrêmement résistante aux médicaments – a pris les dimensions d'une épidémie.

En Géorgie, le CICR apporte son soutien au programme national de lutte contre la tuberculose mené par le gouvernement, qui applique des mesures de grande ampleur dans les prisons. Celles-ci comprennent le «traitement de brève durée sous surveillance directe » ou DOTS ( Directly observed treatment, short course stategy ) recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) – selon lequel le personnel médical doit veiller à ce que chaque patient prenne quotidiennement ses médicaments pendant toute la durée du traitement –, des examens de dépistage au sein de la population carcérale pour repérer le plus rapidement possible les personnes atteintes de tuberculose, et une information en matière de santé à l'intention des prisonniers. En outre, des mesures visant à réduire la propagation de la tuberculose par l'amélioration des conditions de vie ont été prises.

Le programme mené en Géo rgie a permis de réaliser des progrès considérables au cours de la dernière année grâce à l'amélioration du traitement et du dépistage de la maladie parmi les prisonniers. Le dépistage systématique ajouté à la méthode DOTS a nettement permis de réduire le nombre de cas reconnus de tuberculose et d'enrayer la propagation de souches résistantes aux médicaments.

Au total, 800 patients ont été soignés depuis que le programme actuel a été lancé en 1998. Le taux de guérison est maintenant de près de 75 %. L'importance de la résistance aux médicaments a été la cause de résultats médiocres parmi les premiers groupes de patients, qui comprenaient de nombreux malades chroniques. Toutefois, la propagation de la maladie parmi les prisonniers devrait diminuer encore grâce à un dépistage méthodique et l'utilisation stricte de la médication prévue par le programme DOTS.

En Arménie, des négociations avec le gouvernement sont en cours pour lancer un programme similaire de lutte contre la tuberculose dans les prisons, en coopération avec le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Santé. Ce programme débutera probablement au cours du second semestre 2000.

En Azerbaïdjan, 1 800 prisonniers au total ont été soignés contre la tuberculose par le CICR. Toutefois, avec 55 % seulement de guérisons, les résultat laissent à désirer. En l'absence de dépistage systématique de la tuberculose parmi la population carcérale, les patients commencent souvent leur traitement lorsqu'ils sont déjà gravement malades. La situation est encore aggravée par le fait que des traitements appliqués de manière aléatoires et incomplète constituent un facteur essentiel de propagation de souches résistantes aux médicaments. La coordination insuffisante entre les ministères, d'une part, et la non-acceptation par le ministère de la Santé du traitement DOTS et d'autres recommandations internationales pour le diagnostic et le traitement de la tuberculose, d'autre part, ont contraint le CICR a interrompre provisoirement sa participation au projet. La reprise de cette participation, sur la base de critères internationaux pleinement reconnus, fait actuellement l'objet de discussions.

L'expérience du CICR prouve qu'il est possible d'enrayer la tuberculose par un diagnostic précoce et un traitement rapide, une information en matière de santé et de meilleures conditions de vie, et si les autorités se montrent fermement résolues à reconnaître que la tuberculose est un problème prioritaire de santé publique. En l'absence d'une coopération interministérielle, la lutte contre la tuberculose dans les prisons est condamnée à l'échec. Les lieux de détention ne sont jamais des communautés fermées, et les gouvernement devraient réaliser que l'impact de programmes efficaces de lutte contre la tuberculose menés pour la population carcérale se répercutera inévitablement bien au-delà des murs des prisons.