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3ème Forum humanitaire de Wolfsberg: Protection des victimes de conflits armés

11-06-1999 Rapport

Cette année, le thème central a été la protection des victimes de conflits armés avec pour toile de fond le 50e anniversaire des Conventions de Genève. Dans son allocution d'ouverture, le président du CICR, M. Cornelio Sommaruga, a souligné qu'à une époque où tout est «humanitaire », il est impératif de redéfinir les tâches spécifiques des divers acteurs dans un contexte mondial.

  Forum humanitaire de Wolfsberg (25 - 27 mai 1999)  

     

Le troisième forum humanitaire annuel organisé par le CICR s'est tenu du 25 au 27 mai à Wolfsberg, près de Zurich, en Suisse orientale. Il a été ouvert par M. Joseph Deiss, le nouveau ministre suisse des Affaires étrangères, qui a souhaité la bienvenue aux participants. Cette année, le thème central a été la protection des victimes de conflits armés avec pour toile de fond le 50e anniversaire des Conventions de Genève. Dans son allocution d'ouverture, le président du CICR, M. Cornelio Sommaruga, a souligné qu'à une époque où tout est «humanitaire », il est impératif de redéfinir les tâches spécifiques des divers acteurs (politiques, militaires et humanitaires) dans un contexte mondial. Le discours liminaire de M. Salim Ahmad Salim, secrétaire général de l'OUA, a d'emblée contribué à situer les discussions à un niveau plus général que la seule question des Balkans. Les débats ont alors été organisés autour de trois thèmes : la protection vue par les victimes, par les organisations humanitaires et par les gouvernements.

  La protection vue par les victimes  

Le premier groupe a assisté à une présentation du projet « Les voix de la guerre», une consultation que le CICR conduit à l'échelon mondial dans le cadre de la campagne pour le 50e anniversaire des Conventions de Genève. Des civils et des combattants sont invités à dire comment ils perçoivent leurs expériences de la guerre, quelles règles fondamentales ils souhaitent voir appliquer en temps de guerre, pourquoi ces règles se désagrègent parfois et quelles sont leurs espérances pour l'avenir. Le personnel du CICR et les volontaires de la Croix-Rouge, guidés par des spécialistes des sondages d'opinion, mènent la consultation dans une douzaine de pays touchés par un conflit et dans cinq pays où règne la paix (pour de plus amples informations, voir le site Web www.onwar.org). Les données qui ont été recueillies jusqu'à présent montrent clairement que les principes du droit international humanitaire sont généralement connus et reconnus, mais qu'ils sont souvent violés pour des raisons que l'on peut déjà partiellement déterminer. Ainsi, la première réaction de presque toutes les personnes interrogées est qu'il faut faire une distinction entre les combattants et les civils, et épargner à ces derniers les effets des combats. Dans de nombreuses situations concrètes, toutefois, cette distinction devient très floue. C'est le cas, par exemple, lorsque des civils constituent – de gré ou de force – le soutien logistique des combattants ennemis, ou lorsque le chef de la partie adverse, généralement considérée comme l'agresseur responsable du conflit, jouit d'un large soutien auprès de la population civile. Les règles visant à protéger les civils sont donc considérées comme beaucoup moins utiles et il est alors fréquent qu'une distinction soit faite entre civils innocents et civils coupables.

  La protection vue par les organisations humanitaires et les gouvernements  

M. Michael Aaronson du Comité directeur pour l'intervention humanitaire (Steering Committee for Humanitarian Response) et Mme Hilde Frafjord-Johnson, ministre norvégien du Développement et des droits de l'homme, ont présenté les points de vue respectifs des institutions humanitaires et des gouvernements. Le débat qui a suivi a révélé de façon manifeste que les responsables des affaires humanitaires au sein de leurs gouvernements respectifs et les représentants des organisations humanitaires ont souvent la même vision des choses. Les débats ont porté sur la confusion entre les actions humanitaire, militaire et politique quand toutes trois sont qualifiées d'« humanitaires »; l'attachement à certains principes; « la protection des protecteurs » et la nécessité, à partir d'un certain seuil d'insécurité, de retirer les expatriés du terrain tout en essayant de poursuivre certaines activités par le biais des organisations locales. L'une des questions fondamentales qui ont été soulevées était : dans quelles circonstances est-il légitime de recourir à la violence afin d'y mettre un terme ? La difficulté qu'il y a, dans certains contextes, à faire clairement la distinction entre civils et combattants, a été longuement traitée, mais aucune solution nouvelle n'a été trouvée. Des participants ont attiré l'attention sur le fait qu'aujourd'hui, dans les Balkans, les militaires sont beaucoup mieux protégés que la population civile.

  Justice et violations du droit humanitaire  

Le vaste problème de la justice et de ses relations avec les mesures de réconciliation nationale à l'issue d'un conflit a suscité un long débat, la conclusion générale étant qu'il n'y a pas nécessairement opposition. Quoi qu'il en soit, il n'appartient en aucun cas aux organisations humanitaires de plaider pour l'impunité. Une autre question intéressante a été examinée, celle de savoir s'il n'y aurait pas lieu de recourir à d'autres mécanismes pour révéler au grand jour les violations du droit humanitaire, et si certaines ONG ne devraient pas mieux connaître le droit humanitaire afin de compléter les activités du CICR en organisant des campagnes de sensibilisation du pu blic comme c'est déjà le cas pour les droits de l'homme.

La formule du Forum humanitaire de Wolfsberg a désormais fait ses preuves : il a réuni une soixantaine de participants, dont des représentants des principales organisations humanitaires – tant des institutions des Nations Unies (HCR, UNICEF, PAM, Département des opérations de maintien de la paix) et les ONG (Conseil international des agences bénévoles, INTERACTION, Comité directeur pour l'intervention humanitaire) – et des responsables de haut niveau, chargés des affaires humanitaires au sein des principaux gouvernements donateurs. Il a accueilli également les représentants de diverses organisations régionales (OTAN, Conseil de l'Europe, Commission européenne), ainsi que des personnes choisies en raison de leurs compétences spécifiques, ou parce qu'elles contribueraient à placer le débat dans une perspective moins européenne et nord-américaine. Comme à l'accoutumée, les discussions ont été informelles, favorisant ainsi une plus grande liberté que dans d'autres tribunes. En présentant les conclusions du Forum, le président du CICR a communiqué aux participants qu'il participait au Forum de Wolfsberg pour la dernière fois et que le prochain se tiendra, en principe, à la fin du mois de mai 2000.

Réf. LG 1999-079-FRE