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La bataille de Solférino, la 1ère Convention de Genève et au-delà

06-04-1998

L’affrontement décisif lors de la guerre pour l’unité italienne : la souffrance des blessés, abandonnés à leur sort, a constitué la source d’inspiration pour la fondation de la Croix-Rouge.

Le 24 juin 1859, lors de la guerre pour l'unité italienne, les armées franco-sardes affrontent les troupes autrichiennes autour de la petite ville de Solferino en Italie du Nord. Ce jour-là, un citoyen genevois, Henry Dunant, cherche à rencontrer Napoléon III pour des questions d'ordre personnel. Le soir de la bataille, Dunant arrive dans le village voisin de Castiglione, où se sont réfugiés plus de 9 000 blessés. Jour et nuit, à la Chiesa Maggiore où s'entassent quelque 5 000 blessés, Dunant et les femmes du lieu leur donnent à boire, lavent et pansent leurs blessures, leur distribuent du tabac, des tisanes et des fruits. Dunant reste à Castiglione jusqu'au 27 juin, puis reprend la route ; il rentre à Genève le 11 juillet. Il est en proie à des difficultés financières, mais il ne peut oublier ce qu'il a vu et, en 1862, il publie un ouvrage intitulé Un Souvenir de Solferino . Il y décrit la bataille, puis les blessés de la Chiesa Maggiore et conclut son récit par une question :

"N'y aurait-il pas moyen, pendant une période de paix et de tranquillité, de constituer des sociétés de secours dont le but serait de faire donner des soins aux blessés, en temps de guerre, par des volontaires zélés, dévoués et bien qualifiés pour une pareille oeuvre ? " De cette question est issue l 'institution de la Croix-Rouge. Il demande également aux autorités militaires de différentes nationalités si elles pourraient formuler " (...) quelque principe international, conventionnel et sacré, lequel une fois agréé et ratifié, servirait de base à des sociétés de secours pour les blessés dans les divers pays de l'Europe ?". Cette deuxième question  est à l'origine des Conventions de Genève . L'ouvrage d'Henry Dunant remporte un énorme succès; il est traduit dans pratiquement toutes les langues d'Europe et il est lu par les personnalités les plus influentes de l'époque. Parmi elles, le citoyen genevois, avocat, président d'une société locale de bienfaisance ( " La Société genevoise d'Utilité publique " ), Gustave Moynier . Le 9 février 1863, il présente les conclusions de l'ouvrage de Dunant à la Société qu'il préside. Celle-ci crée une commission de cinq membres qu'elle charge d'étudier les propositions de Dunant.

Cette commission de cinq membres - Moynier, Dunant, le général Dufour et les docteurs Appia et Maunoir - est à l'origine du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Elle se réunit pour la première fois le 17 février 1863. D'emblée, elle constate que les volontaires imaginés par Henry Dunant ne pourront agir efficacement, sans risque d'être repoussés par les officiers et les soldats, que s'ils se différencient des simples civils par un signe distinctif et sont protégés des combats. C'est là le concept de la neutralisation des services sanitaires et des infirmiers volontaires.

  Le 25 août 1863, le Comité international décide de réunir à Genève, sous sa propre responsabilité, une Conférence internationale pour étudier les moyens de pourvoir à l'insuffisance du service sanitaire dans les armées. Il envoie donc une convocation à tous les gouvernements des pays européens et à de nombreuses personnalités. La Conférence est ouverte le 26 octobre 1863 par le général Dufour. Elle réunit 36 personnes, dont 14 délégués de gouvernements, 6 délégués de diverses organisations et 7 personnes venues à titre privé. Ce caractère hybride, à la fois public et privé, s'est perpétré dans les Conférences internationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Aujourd'hui, en effet, y participent les délégations des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, celles des Etats parties aux Conventions de Genève et des observateurs (principalement des organisations non gouvernementales).

La Conférence de 1863 adopte pour base de discussion un " Projet de Concordat " préparé par le Comité international.

Elle se termine après avoir adopté dix résolutions qui constituent le fondement des Sociétés de secours aux militaires blessés : les futures Sociétés de la Croix -Rouge et, plus tard, du Croissant-Rouge.

La résolution 10 confie au Comité international le mandat d'échanger des informations entre les Comités des diverses nations.

Dans les mois qui suivent, les premières Sociétés de Secours se constituent : au Wurtemberg, dans le Grand Duché d'Oldenburg, en Belgique et en Prusse, puis au Danemark, en France, en Italie, dans le Mecklembourg-Schwerin, en Espagne, à Hambourg et en Hesse.

Pour sa part, le Comité international prépare l'étape suivante, une conférence diplomatique. Celle-ci devra transformer les résolutions adoptées en 1863 en règles conventionnelles ayant force de loi pour les parties contractantes (c'est-à-dire les Etats).

Mais, le 1er février 1864, les armées austro-prussiennes envahissent le Danemark. C'est le début de ce qu'on appellera la guerre des Duchés . Le Comité international décide d'envoyer deux délégués sur place, afin de soigner les blessés et d'étudier les possibilités de mettre en oeuvre certaines des conclusions de la Conférence d'octobre 1863.

Le 6 juin 1864, le gouvernement suisse (qui a accepté d'organiser la conférence diplomatique) adresse une lettre d'invitation à tous les gouvernements d'Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis d'Amérique, au Brésil et au Mexique.

La Conférence siège du 8 au 28 août 1864, en présence de délégués de 16 Etats. Elle adopte comme base de discussion un projet de convention préparée par le Comité international. Elle signe, le 22 août 1864, la Convention pour l'amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne. Le droit international humanitaire moderne était né.

Avant la fin de l'année, la Convention est ratifiée par plusieurs pays : la France, la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne, la Suède, la Norvège, le Danemark et le Grand Duché de Bade.

Mais une nouvelle guerre va bientôt soumettre à l'épreuve du feu la toute nouvelle Convention. C'est la guerre austro-prussienne de 1866

Pour achever l'unification de l'Allemagne, Bismark estime devoir écraser la France ; la guerre franco-prussienne éclate en juillet 1870. C'est lors de ce conflit que le Comité international crée la première Agence de renseignements sur le sort des militaires blessés ou capturés, à l'intention de leurs familles. 

Un autre conflit, la guerre d'Orient (1875-1878) conduit les délégués du Comité international jusque dans les Balkans. Ils y retournent lors de la guerre serbo-bulgare (1885) puis lors des guerres balkaniques (1912-1913).

Durant toute cette période, le CICR reste le principal moteur du développement du droit international humanitaire. Pour ce faire, il se base notamment sur les expériences de ses délégués.