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Le rôle des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans l'intervention contre les catastrophes technologiques

15-09-1995 Rapport

Annexe I de « Principes et intervention en matière d'assistance et de protection dans le cadre de l'action humanitaire internationale; XXVIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge »

  Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge  

     

  Table des matières  
     
1. Résumé pratique    
2. Pourquoi la Fédération doit-elle s'occuper des catastrophes technologiques?    
3. Quelques considérations sur les catastrophes technologiques    
4. Risques des catastrophes technologiques

4.1 Risques sanitaires des catastrophes chimiques

4.2 Risques sanitaires des catastrophes nucléaires

4.3 Effets psychologiques et sociaux    
5. Actions de secours lors de catastrophes technologiques    
6. Rôle possible des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

6.1 Généralités

6.2 Prévention

6.3 Secours et réadaptation

6.4 Secrétariat de la Fédération    
7. Remerciements    
8. Annexes


 
8.1 Résolution sur les secours lors de catastrophe technique et autre (Résolution XXI)
 
  PREAMBULE

  L'objet du présent document est de décrire les effets des catastrophes technologiques, en particulier catastrophes chimiques et nucléaires, ainsi que les rôles et actions appropriés des Sociétés nationales.  

  Il est principalement destiné aux organes dirigeants de ces Sociétés.  

  Comme tout document d'ensemble, il traite de généralités. Ses conclusions doivent se juger par rapport à la situation propre à chaque Société nationale.  

 
 

  1. Résumé pratique  

Ces dernières années, le monde a été témoin d'une augmentation du nombre des accidents et catastrophes technologiques, marqués par des morts, des pertes matérielles et une dangereuse pollution de l'environnement. Plusieurs conditions risquent de conduire à un nouvel accroissement de la vulnérabilité des populations lors de telles catastrophes.

  Les catastrophes technologiques sont définies ici comme résultant de l'émission dans l'environnement de matières chimiques ou nucléaires ou de radiations   ionisantes   (les catastrophes dues à l'emploi d'armes chimiques ou nucléaires n'y sont pas considérées).  

Bien que chaque catastrophe - qu'elle soit naturelle, technologique ou due à un conflit - présente des caractéristiques propres, les catastrophes technologiques risquent de leur en ajouter encore une. Dans presque chaque pays du monde s'utilisent des matières chimiques et nucléaires et, pourtant, le risque de catastrophes technologiques dépend fortement de facteurs humains.

Au contraire de maintes catastrophes d'origine naturelle, les catastrophes technologiques sont imprévisibles. Elles peuvent se produire partout et à tout moment. Maints incidents technologiques mineurs peuvent soudain dégénérer en accidents et catastrophes graves. D'un coup, des collectivités - même dans des pays bien éloignés du lieu de la catastrophe - risquent d'en devenir victimes. La catastrophe chimique de Bhopal et la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en fournissent des exemples criants.

Plusieurs rencontres internationales (comme la Conférence internationale de la Croix-Rouge en 1986 et la Conférence européenne des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en 1992) ont recommandé aux Sociétés de participer aux secours aux victimes de telles catastrophes.

Mais quel devrait être le rôle de la Fédération (ses Sociétés nationales, son Secrétariat et ses délégations) lors d'un autre Bhopal ou d'un autre Tchernobyl? Que peuvent faire ou ne pas faire les Sociétés nationales? Par exemple, sont-elles en mesure d'intervenir dans des secteurs contaminés? Doivent-elles se borner à leurs rôles traditionnels ou sont-elles capables d'en jouer de nouveaux? Comment devraient-elles se préparer aux catastrophes technologiques et quel soutien peut leur apporter le Secrétariat?

Le présent document renseigne sur les différents aspects des catastrophes technologiques, leurs effets sur la santé de la population atteinte, les aspects des interventions de secours et les rôles possibles des Sociétés nationales et du Secrétariat de la Fédération. Les annexes fournissent quelques informations générales au sujet de ces catastrophes.

  Il est recommandé aux Sociétés nationales de n' oeuvrer que dans les secteurs où elles ont ou peuvent acquérir la compétence requise et où elles peuvent seconder et compléter le dispositif d'intervention.  

 
 

  2.  Pourquoi la Fédération doit-elle s'occuper des catastrophes technologiques?  

En 1986, la vingt-cinquième Conférence internationale de la Croix-Rouge a adopté sa résolution XXI, sur " Les secours en cas de catastrophe technique ou autre " . Elle y recommande à " la Ligue et l'Institut Henry-Dunant d'entreprendre une étude sur les possibilités et les nécessités d'une meilleure assistance du Mouvement en cas de catastrophe technique ou autre " . Après l'Assemblée générale de 1989, a été entreprise une étude sur le rôl e des Sociétés nationales en cas de catastrophe technologique. Le présent document en résulte directement.

Ces dernières années, le monde a été témoin d'une augmentation du nombre d'accidents et catastrophes technologiques, marqués par des morts, des pertes matérielles et une dangereuse pollution de l'environnement. A tout moment, des incidents technologiques peuvent dégénérer en accidents et catastrophes graves. Il se peut aussi que ces sinistres n'atteignent pas le niveau d'une catastrophe, mais exigent une action immédiate et préventive de toutes les institutions appelées à intervenir. Une action immédiate peut empêcher un accident (grave) de dégénérer en catastrophe.

Les effets des accidents et catastrophes graves peuvent, indépendamment du lieu où ils se produisent dans l'Etat concerné, s'étendre au territoire d'autres Etats. Ce genre d'accidents et catastrophes exige des mesures spéciales et additionnelles de prévention et d'assistance, ainsi que de soutien et d'information mutuels, qui doivent être prévues et exécutées à la fois par les Etats et par les organisations nationales ou internationales.

La rapide croissance industrielle des pays en développement, doublée d'une nouvelle technologie souvent importée, l'absence de législation, un contrôle insuffisant des pouvoirs publics sur les règles de sécurité et le manque ou l'insuffisance de la formation donnée aux travailleurs sont quelques-unes des causes qui accroissent le risque de catastrophes technologiques.

Des pays développés conservent des installations nucléaires et chimiques démodées et, dans les pays industrialisés où se produisent de rapides mutations sociales et politiques, les installations ne sont souvent guère rénovées ou reconstruites.

Dans presque tous les pays du monde, de nombreuses populations vivent à côté d'installations chimiqu es ou nucléaires, car elles y sont souvent forcées par la misère, dans l'ignorance du danger. D'autres millions vivent près de cours d'eau, de voies ferrées et de routes, qui servent au transport de matières chimiques ou nucléaires.

Les catastrophes nucléaires et chimiques ignorent les frontières. Les populations des pays voisins (et parfois même de pays fort éloignés) risquent d'en devenir victimes. Chacune de ces conditions risque de les rendre encore plus vulnérables.

A partir des Principes fondamentaux, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'efforce, à titre tant international que national, de prévenir et d'atténuer les souffrances humaines partout où elles se produisent.

Dans la perspective humanitaire, la cause de toute catastrophe - technologique, naturelle ou due à un conflit - n'importe guère. Ce qui importe, c'est que la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, par des actions comme celles que décrit le Plan de travail relatif à la Stratégie pour les années quatre-vingt-dix, cherche à assister les plus vulnérables et à diminuer leur vulnérabilité. De plus, comme toute organisation spécialisée, la Fédération devrait travailler dans les secteurs où elle détient ou peut acquérir la compétence nécessaire, et où elle peut seconder et compléter le dispositif d'intervention.

  L'objet du présent document est de décrire les   risques   des catastrophes technologiques, notamment les catastrophes chimiques et nucléaires, ainsi que les rôles et actions appropriés des Sociétés nationales.  

Comme tout document d'ensemble, il traite de généralités. Ses conclusions doivent se juger par rapport à la situation propr e à chaque Société nationale.

Le présent document constitue un moyen d'aider les Sociétés nationales
 

  • à comprendre la diversité et la nature des catastrophes technologiques;

  • à décider si contribuer à intervenir contre ces catastrophes est pour elles une priorité; et

  • dans ce cas, à décider du rôle qu'elles peuvent jouer dans cette intervention.

Toute observation sur le présent document et les suggestions en vue d'améliorer le soutien apporté par le Secrétariat et les Délégations de la Fédération lors de catastrophes technologiques est à communiquer à son Secrétariat à Genève, où elle sera la bienvenue.

 
 

  3.  Quelques considérations sur les catastrophes technologiques  

  Les catastrophes technologiques sont définies ici comme résultant de l'émission dans l'environnement de matières chimiques ou nucléaires ou de radiations   ionisantes   .  

Le risque de catastrophes technologiques dépend fortement de facteurs humains. Leur nature est telle que la technique et les procédés d'intervention contre elles sont souvent improvisés dans chaque cas où elles se produisent. Ces interventions dans les pays pauvres restent fortement limitées par le manque de ressources et la carence de ceux qui fournissent leur technologie à ces pays. Une telle situation met ces catastrophes hors de la portée des plans de préparation de la plupart des pays.

Les catastrophes technologiques peuvent avoir sur la population et l'environnement des effets tant à court qu'à long terme. Les effets à court terme sur la population se produisent immédiatement ou dans les quelques jours suivants: par exemple dommages corporels (blessures et brûlures), empoisonnement et irradiation; souvent les gens questionnent sur les effets à long terme sur leur santé ou condition: risques mutagènes ou carcinogènes, défauts génétiques de leur progéniture. Il faut bien préciser comment l'exposition future sera arrêtée ou limitée à un degré sans danger.

L'air transporte des particules radioactives, des gaz et des aérosols. Souvent, ils s'étendent sur un vaste secteur. Après la catastrophe de Tchernobyl, on a trouvé des matières radioactives jusque dans le nord du Canada. Cette pollution par les airs est impossible à juguler car sa dilution dépend de la situation météorologique: ainsi, elle sera plus rapide sur un littoral venteux. Toutes ces matières nocives peuvent affecter la population moins directement que par les questions et craintes provoquées.

Des particules radioactives ainsi que des substances chimiques, liquides ou solides peuvent tomber dans des eaux qui les transportent ou les dissolvent. L'ingestion de ces eaux peut provoquer des effets toxiques.

Toutes les matières nocives peuvent s'enterrer. D'ordinaire, il n'en résulte pas d'effets toxiques immédiats. Seuls les niveaux de prévention risquent d'être dépassés, surtout dans les denrées alimentaires.

Les organismes vivant dans l'eau risquent d'être contaminés à court ou long terme. Des matières nocives entrent alors dans la chaîne alimentaire. Par exemple, les poissons des cours d'eau contaminés ingèrent ou absorbent ces ma tières. Elles s'accumulent en eux: les gens qui les mangent peuvent en ressentir les effets toxiques. Un exemple bien connu est fourni par l'accumulation de mercure dans les poissons. Il est également possible que des matières polluantes persistent et s'accumulent dans les nappes souterraines. Les effets sur la population peuvent provenir d'une autre substance que les effets à court et à long terme sur l'environnement. Par exemple, la catastrophe de la Schweizerhalle (Suisse) a entraîné, par les gaz libérés par l'explosion, quelques effets mineurs à court terme sur la population, tandis que les effets sur l'environnement ont été causés par les produits chimiques déversés dans le fleuve.

Certaines catastrophes provoquent des effets à court et à long terme sur l'environnement sans toucher directement la population.

 
 

  4.  Risques des catastrophes technologiques  

  4.1 Risques des catastrophes chimiques pour la santé  

 Le risque de forte exposition aux agents chimiques ne se borne pas aux populations vivant à proximité des usines ou dépôts de produits chimiques. Durant le transport de ces produits par la route, le rail ou l'eau, peuvent arriver des accidents qui les menacent directement. De plus, lors des secours, les sauveteurs risquent d'être exposés en l'absence de bonnes mesures de protection.

L'exposition aux agents chimiques peut se trouver aggravée par l'émission d'une combinaison de ces agents ou celle de produits pyrotechniques ou de combustion dégagés par la chaleur. En pareil cas, se produisent des dommages corporels variés ou combinés. Par exemple, lors d'ince ndies, on trouve des brûlés, tandis que les explosions entraînent des traumatismes mécaniques et que les gaz délétères provoquent des problèmes respiratoires.

Les émissions d'agents chimiques peuvent résulter de diverses causes:
 

  • accidents lors de la production ou du dépôt;

  • accidents lors du transport;

  • accidents durant l'utilisation (par ignorance, erreur de manutention, mélange ou stockage impropre);

  • catastrophes naturelles ou conflits armés provoquant des dommages aux installations chimiques ou leur destruction.

  4.2 Risques des catastrophes nucléaires pour la santé  

Le risque de forte exposition aux radiations nucléaires ne se borne pas aux populations voisines des centrales ou des dépôts. Il s'étend à celles qui vivent le long des routes, voies ferrées ou cours d'eau, ainsi qu'aux sauveteurs.

Contrairement aux blessures causées par des agents mécaniques ou chimiques, l'exposition aux radiations ionisantes met très rarement la vie en danger, sauf certes si elle s'accompagne d'autres blessures (dues par exemple à une explosion). Le traitement des blessures graves prime donc l'évaluation des effets des radiation.

C'est seulement en cas d'explosion ou d'incendie d'un réacteur nucléaire qu'on peut craindre une forte irradiation de gens nombreux.

Diverses causes peuvent entraîner l'émission de matières radioactives:
 

  • accidents survenus dans des installations nucléaires comme les réacteurs;

  • accidents survenus à des sources radioactives (par exemple durant leur transport). Ces sources peuvent être soit ouvertes soit fermées. Il y a risque de fuite pour les premières et de sur-radiation pour les secondes.

Les gens peuvent être exposés à
 

  • l'irradiation externe (de tout ou partie du corps);

  • la contamination externe (particules radioactives déposées sur la peau ou les vêtements);

  • la contamination interne (incorporation de particules radioactives par inhalation, ingestion ou injection par les blessures).

  4.3 Effets psychologiques et sociaux  

Les effets psychologiques d'une catastrophe sont des réactions normales à un événement anormal. Il est essentiel que ceux qui en sont victimes le sachent. Les divers symptômes des effets psychologiques peuvent différer fortement d'un individu à l'autre.

L'ébranlement psychosocial maximal provient de catastrophes caractérisées par
 

  • leur soudaineté;

  • leur grande incertitude;

  • leur durée prolongée;

  • l'ampleur des destructions matérielles, ainsi que le nombre des morts et blessés;

  • la nuit;

  • la promiscuité des morts et des blessés graves.

Si les victimes ne sont pas aidées et soutenues, leurs problèmes psychologiques peuvent empirer et entraîner de graves maladies du corps et de l'esprit, qui auront des conséquences pour l'existence sociale et le bien de la famille et de la collectivité.

La collectivité risque de se ressentir fortement d'effets psychologiques à long terme. Les gens devenus incapables de travailler par suite d'une maladie psychologique auront grand peine à gagner leur vie et à nourrir leur famille. D'autres peuvent devoir affronter une existence détruite et un avenir incertain et éprouver de la difficulté à trouver la volonté d e poursuivre.

Pour réduire ces souffrances et aider à se rétablir, il est vital que les organismes de secours soient capables de reconnaître ceux qui sont ainsi atteints et de contribuer à leur rétablissement psychosocial.

Un soutien psychologique approprié et opportun peut aider à éviter certains de ces effets psychologiques. Il importe donc d'apporter un soutien humanitaire dûment informé fondé sur la connaissance des besoins courants, au lieu de s'en remettre seulement à des interventions complexes par des spécialistes de la santé mentale.

 
 

  5.  Les secours lors de catastrophes technologiques  

  Généralités  

Une émission de gaz toxiques agit violemment sur de nombreuses gens. L'intervention lors d'accidents chimiques doit donc être très prompte. (Les matières chimiques, liquides ou solides propagées par l'eau ou le sol laissent plus de temps et, d'ordinaire, ne touchent guère les populations. Le plus souvent, elles causent des effets à long terme sur l'environnement.) Aux effets toxiques peuvent s'ajouter des blessures causées par l'incendie ou l'explosion.

Les matières chimiques ou radioactives peuvent s'étaler sur de vastes étendues. De surcroît, les agents chimiques sont fort difficiles à déceler.

  Zone contaminée  

Les experts doivent absolument, dès que possible évaluer la situation et analyser la nature et la concentration des matières nocives afin de présenter des recommandations sur les mesure s de protection à prendre pour les secouristes et la population atteinte (par exemple son évacuation). Selon le degré d'irradiation, les experts décident du temps que les secouristes peuvent rester dans la zone. Pour eux, les moyens de protection comprennent notamment des gants et vêtements spéciaux ainsi que des masques à gaz.

Outre la présence de matières chimiques, il peut y avoir risque d'explosion et de manque d'oxygène.

  Zone de décontamination  

Avant que les habitants de la zone contaminée soient admis en lieu sûr, ils doivent être décontaminés pour prévenir la transmission de matières chimiques. Pour cela, ils abandonnent leurs vêtements, se nettoient avec de l'eau ou du savon. Problème principal, il faut disposer d'eau en abondance; dans les zones froides, on risque l'hypothermie.

 
 

  6.  Rôle possible des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge  

  6.1 Généralités  

Même dans les pays les moins avancés, il incombe d'abord aux pouvoirs publics de prévenir les catastrophes, d'assister les victimes et d'assurer la reconstruction. Or, si la plupart des pays industrialisés disposent d'un vaste dispositif de défense civile, ceux du tiers monde sont souvent incapables de jouer ce rôle crucial, faute de compétences et de ressources.

Le rôle de toute Société nationale opératrice doit se considérer en fonction du contexte national, par exemple selon la législation en vigueur, ainsi que des Principes fondamentaux. Souvent, c'est presque le même pour toute catastr ophe, technologique ou non. Par exemple, peu importe que les évacués viennent d'une zone inondée ou frappée par une catastrophe nucléaire. Sa force, c'est d'être toujours prête à intervenir promptement et de pouvoir assister de façon adaptée aux circonstances. Elle doit se maintenir dans le meilleur état possible de préparation à toute catastrophe naturelle ou technologique. C'est parfaitement conforme à son rôle traditionnel.

  Il est recommandé aux Sociétés nationales de n'intervenir que dans les secteur où elles détiennent ou peuvent acquérir la compétence nécessaire et où elles peuvent seconder et compléter le dispositif d'intervention.  

  6.2 Prévention  

  Aviser les vulnérables  

Les catastrophes technologiques menacent tout autant l'humanité qu'une famine massive ou une guerre. Les Sociétés nationales peuvent envisager de contribuer à faire mieux connaître aux populations les risques technologiques auxquelles elles peuvent être exposées. Elles en seront informées par une évaluation des dangers que présentent des installations chimiques ou nucléaires, par les informations et consultations données à ceux qui s'y intéressent ou s'en inquiètent et par le recueil d'adresses de spécialistes volontaires locaux (toxicologues, médecins, techniciens, pompiers, etc.)

  Prôner leur cause  

La Fédération cherche à assister les plus vulnérables et à réduire leur vulnérabilité. Elle le fait en prônant activement leur cause aussi bien que par des actions directes.

Par exemple:

  • Défendre les droi ts des particuliers et groupes les plus vulnérables en réclamant des mesures de sécurité dans les industries dangereuses, de façon à assurer de meilleures conditions de travail et de vie, ainsi qu'une stricte réglementation de l'environnement et du logement pour ceux qui vivent à proximité des installations chimiques ou nucléaires.

  • Exhorter le gouvernement à dresser et éprouver régulièrement des plans d'intervention lors de catastrophes technologiques.

  6.3 Secours et réadaptation  

  6.3.1 Par la Société nationale opératrice  

  Secourisme et transport des blessés  

Outre les rudiments du secourisme, les secouristes doivent savoir comment travailler dans une zone contaminée par des produits chimiques ou nucléaires, sauf s'ils n'interviennent que dans des zones sûres. Pour travailler dans des secteurs contaminés, ils doivent également savoir comment utiliser des vêtements de protection, etc. Enfin, ils doivent connaître la règle du triage.

Travailler dans des secteurs contaminés par des matières chimiques ou radioactives ou par des radiations ne peut se faire qu'à certaines conditions. Des experts devraient être présents pour évaluer le niveau de contamination et présenter des recommandations sur la protection des secouristes. On devrait également disposer de moyens de décontamination. L'entraînement à ce travail devrait se faire de façon très régulière.

Avant de déc ider si elle doit ou non travailler dans des secteurs contaminés, chaque Société nationale doit répondre à quelques questions d'éthique. Par exemple, que faire si la contamination d'une zone reste douteuse faute d'avoir été bien mesurée? Et si elle manque de vêtements protecteurs pour ses secouristes? Doit-elle laisser les patients là où ils sont ou envoyer pour les secourir des volontaires dont elle sait qu'ils deviendront eux-mêmes victimes?

  Services sociaux  

Deuxième activité traditionnelle, les Sociétés nationales fournissent lors de catastrophes des services sociaux aux plus vulnérables: distribution de vivres et vêtements et gîte. Les catastrophes technologiques survenues à Tchernobyl et ailleurs enseignent que le soutien psychosocial aux victimes revêt aussi une importance capitale durant toute la durée des secours.

  Réadaptation  

Les Sociétés nationales s'occupent des victimes de catastrophes dont le corps et l'esprit souffrent d'effets à long terme. Elles peuvent organiser des programmes de secours pour les aider à reprendre une vie normale, en les faisant bénéficier des programmes sanitaires nationaux ou réalisés par elles.

  Recherches dans l'intérêt des familles  

De nombreux sinistrés doivent être conduits en lieu sûr. Des familles risquent d'être séparées dans la confusion. En retrouver les membres améliorera leur état d'esprit.

  Informations pendant et après la catastrophe  

Des informations claires et sûres données aux victimes de la catastrophes aident à en réduire les effets psychologiques. Les Sociétés nationales devraient donc tâche r de se doter en propre des moyens et compétences nécessaires pour obtenir des informations dans la zone sinistrée.

Communiquer ainsi des informations sûres importe non seulement durant la catastrophe, mais aussi après et parfois pendant de nombreuses années encore. Maints programmes scientifiques suivent l'état de la population sinistrée sans en informer les personnes examinées, ce qui risque de leur donner l'impression d'être traités comme des cobayes. Le Programme de Tchernobyl, géré par les Croix-Rouge de Biélorussie, de Russie et d'Ukraine et secondé par la Fédération, permet d'examiner la population sinistrée et de l'informer immédiatement si se découvrent des effets tardifs des radiations nucléaires, tout en lui apprenant à prévenir la contamination.

  6.3.2 Par la Société nationale participante  

Le rôle de ces Sociétés n'est pas particulier aux seules catastrophes technologiques, il peut être le même pour toutes. Elles doivent se consacrer au soutien matériel et financier: par exemple, fournir des matériaux qui serviront d'abris aux évacués et assurer l'adduction d'eau. A cause des délais d'intervention, il n'est pas indiqué d'envoyer des experts dans le pays sinistré. C'est d'ailleurs aux pouvoirs publics et aux organisations intergouvernementales qu'il appartient de le faire.

  6.4 Par le Secrétariat de la Fédération  

De même, le rôle du Secrétariat n'est pas particulier aux seules catastrophes technologiques, il est en principe le même pour toutes.

Outre assurer la coordination, il devrait être en mesure d'aider les Sociétés nationales à se préparer aux catastrophes technologiques (par exemple, en leur fournissa nt des directives sur les premiers secours).

La Fédération pourrait créer un Centre de références pour les catastrophes technologiques, soit géré par son Secrétariat, soit confié à une Société nationale. Il rassemblerait et diffuserait des informations sur la prévention et les secours.

 
 

  7.  Remerciements  

La Fédération souhaite remercier Christopher Muller et Andrea Weber, auteurs du document original sous la direction du Professeur Ch. Schlatter (Université de Zurich).

 
 

  ANNEXE 8.1  

  RESOLUTION XXI SUR LES SECOURS EN CAS DE CATASTROPHE TECHNIQUE OU AUTRE  

  (Adoptée à la dernière séance plénière de la XXVe Conférence internationale de la Croix-Rouge, 1986)  

La XXVe Conférence internationale de la Croix-Rouge,

  reconnaissant que le développement technologique enregistre des progrès constants dans de nombreux domaines et que nombre d'Etats déploient des activités dans le domaine nucléaire,

  consciente qu'il est impossible, dans la mise au point et l'application des techniques existantes ou nouvelles, d'exclure totalement qu'à tout moment d'éventuels incidents techniques ne se transforment soudain en accidents graves ou en catastrophes qui menacent directeme nt la santé et la vie d'un grand nombre de personnes,

  reconnaissant que des sinistres de ce genre peuvent également se produire sans pour autant représenter une catastrophe mais exiger néanmoins une action immédiate et préventive de la part de tous les organismes dont l'assistance peut être demandée,

  sachant que les effets d'accidents graves et de catastrophes peuvent - indépendamment du lieu où ils se produisent à l'intérieur d'un Etat - se propager sur le territoire d'autres Etats,

  consciente que des accidents et catastrophes de ce genre nécessitent des mesures spéciales et supplémentaires en matière de prévention, d'assistance ainsi que d'information et de soutient mutuels, mesures qui doivent être programmées et appliquées tant par les Etats que par les organisations internationales,

  exprimant le vu qu'à cette fin la coopération internationale soit renforcée et intensifiée,

  reconnaissant que le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est plus particulièrement tenu d'exercer les activités d'assistance et d'appui mutuel dans toutes sortes de catastrophes,

  reconnaissant la nécessité pour le Mouvement de s'attaquer de manière plus complète et plus énergique que jusqu'à présent au problème des dangers et conséquences éventuels des catastrophes techniques et autres en vue d'offrir une assistance meilleure et plus appropriée,

  notant avec gratitude que les membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique réunis à Vienne ont récemment adopté une Convention relative à la notification rapide des accidents nucléaires et à l'assistance mutuelle,

1.  prie les gouvernements d'intensifier leur collaboration internationale future pour la mise au point et l'application sans danger de techniques nouvelles et de s'efforcer de conclure de nouveaux accords bilatéraux et multilatéraux relatifs à une information mutuelle, rapide et complète ainsi qu'à des mesures d'assistance mutuelle,

2.  recommande aux gouvernements et aux organisations internationales, lorsqu'ils concluent des accords et conventions de ce genre, de tenir dûment compte aussi de l'aptitude de leur Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge et du Mouvement tout entier à participer à l'action de secours et de les inclure dès le début dans leur système d'information,

3.  recommande en outre aux gouvernements d'appuyer énergiquement leur Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge dans ses efforts pour améliorer leur capacité d'assistance dans ce domaine,

4.  demande aux Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d'intervenir avec leur gouvernement de la manière indiquée ci-dessus et de s'efforcer d'améliorer leur propre capacité d'assistance,

5.  encourage les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à intensifier leurs efforts en vue de parvenir à des accords et engagements bilatéraux et multilatéraux d'assistance mutuelle en cas de grande catastrophe de toute nature,

6.  recommande à la Ligue des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et à l'Institut Henry-Dunant d'entreprendre une étude sur les possibilités et les nécessités d'une meilleure assistance du Mouvement en cas de catastrophe technique ou autre, et à rendre compte des résultats de cette étude à la prochaine Conférence internationale,

7.  demande au Mouvement de ne pas ralentir ses efforts tendant à appuyer les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge lorsqu'elles cherchent à conclure des accords d'assistance mutuelle en cas de catastrophe technique ou de catastrophe de toute nature, d'une façon aussi complète que possible et dans un esprit de solidarité humaine, et à procéder à un échange régulier de leur expériences.