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Éthiopie : l’espoir pousse les gens à partir

04-05-2000 Communiqué de presse 00/16

Si la pluie ne tombe pas dans le sud-est de l’Éthiopie, ou s’il n’y a que quelques ondées, une grave famine pourrait frapper la région. Le CICR et la Croix-Rouge éthiopienne viennent d’engager une vaste opération de secours, qui pourrait être poursuivie jusqu’à la fin de l’année. Elle est destinée à améliorer la situation nutritionnelle de toute la population des zones concernées.

Les nouvelles et la rumeur se répandent vite dans cette contrée aride, en proie à la sécheresse. Elles peuvent pousser un nombre considérable de gens à quitter leurs foyers. Dès que le bruit court qu’il y a de la nourriture quelque part, beaucoup se mettent en route, dans l’espoir de trouver de quoi nourrir leur famille. Au moins dix familles sont arrivées à Janogaban, à une centaine de kilomètres de Gode, dans les jours qui ont suivi la première visite du CICR. « Elles ont entendu dire que la Croix-Rouge était là et espèrent trouver de la nourriture», a expliqué Hassan Sheikh Mohammed, l’un des anciens.

Récemment encore, aucune organisation humanitaire, Croix-Rouge ou autre, n’apportait une assistance à Janogaban, une petite ville perdue au milieu des terres désertiques du Somali National Regional State en Éthiopie. Lors d’une mission de suivi des distributions alimentaires en cours, l’équipe du CICR a appris que la population de Janogaban avait d’immenses besoins. L’équipe est immédiatement venue évaluer la situation et, constatant que le taux de malnutrition était très élevé, a décidé d’inclure Janogaban dans les distributions de vivres de la Croix-Rouge. L’état nutritionnel des 7000 habitants est manifestement préoccupant. Les enfants sont émaciés, les mères ne peuve nt pas nourrir leur bébé et les personnes âgées ont du mal à marcher. Une vingtaine de personnes sont rassemblées dans le centre de la ville. Elles viennent d’arriver d’un tout petit village, Waranle, et toutes connaissent les mêmes difficultés. Beaucoup ont perdu tout leur bétail. Les plus chanceux ont encore quelques vaches, des chèvres, voire un chameau. Certains ont vu mourir leurs enfants et d’autres êtres chers. «Une famille de notre village a perdu un bébé », dit une femme qui tient dans les bras son petit garçon. «Une autre en a perdu deux – c’était il y a quelques jours. » Des maladies comme la diarrhée, la tuberculose et la rougeole ne sont que trop connues des gens de la région – elles sont parfois mortelles lorsque celui qui en souffre est déjà affaibli par la faim.

Espérant que quelqu’un pourra les aider, ces familles sont venues à Janogaban, une ville dont les habitants sont eux-mêmes très démunis. «C’est tout ce que j’ai» dit Siado Wli, en montrant une boîte contenant un peu de maïs qui devra nourrir une famille de quatre personnes. Elle ne sait pas où elle trouvera de la nourriture une fois que la boîte sera vide. Quand on lui demande des nouvelles de son fils, elle se contente de le montrer du doigt. Le garçonnet, qui répond au nom d’Ahmed, est assis, très calme, le regard perdu dans le vague. Il ne joue pas comme le font généralement les enfants de trois ans.

  Des gens différents, des problèmes identiques  

Ailleurs dans la région, l’équipe de la Croix-Rouge rencontre d’autres personnes. Leurs problèmes et les histoires qu’elles racontent sont identiques. Mako Awbarakoow vit avec son mari et leurs sept enfants dans un camp pour personnes déplacées tout proche de Denan, à quelque 70 kilomètres au nord de Gode. Avec leurs 50 chèvres et leurs 20 vaches, ils ne s’en sortaient pas trop mal. La dernière vache est morte il y a deux mois, et Mako et les sien s n’ont plus rien eu à manger. Ils ont marché pendant huit jours avant d’arriver à Denan. Deux des enfants, trop faibles pour résister à la longue marche dans le désert, sont morts en chemin. Pour l’heure, la famille a renoncé à sa vie nomade. Elle s’est installée dans une hutte faite de bric et de broc : des branches, des morceaux de plastique et des sacs vides de secours de la Croix-Rouge. Pour le moment, elle doit vivre de l’aide.

  Les journalistes et la Croix-Rouge  

Livrant une course contre la montre, le CICR et la Croix-Rouge éthiopienne ont entrepris une vaste opération de secours en vue de distribuer des vivres à quelque 188 000 personnes dans les quatre districts où des taux de malnutrition élevés ont été enregistrés : Gode, Imi, Denan et Adadle, dans le sud-est du pays. La première phase de l’opération doit permettre de stabiliser la situation et d’enrayer la malnutrition en fournissant régulièrement à l’ensemble de la population des districts concernés une alimentation soigneusement équilibrée. «Les enfants, les malades et les personnes âgées sont les premières victimes, mais les autres vont suivre », indique Raoul Bittel, le chef de la sous-délégation du CICR à Gode. Le CICR considère que les distributions générales de vivres à l’ensemble de la population sont une première étape indispensable avant l’installation de centres nutritionnels thérapeutiques. En effet, si la nourriture disponible dans la région est insuffisante, les personnes qui auront été soignées dans de tels centres – les plus gravement atteintes – ne trouveront pas de quoi se nourrir quand elles en sortiront.

L’augmentation des taux de mortalité et de malnutrition, constatée lors des évaluations effectuées par le CICR, démontre qu’il est urgent de distribuer des vivres. À Gudis, un village situé à 200 kilomètres environ à l’ouest de Gode, des taux de mortalité de jusqu’à un pour mille par jour ont été enregistrés en mars – le double de ce qui est normalement considéré comme une catastrophe majeure. Une poussée épidémique de rougeole a encore aggravé la situation. Le plus souvent, ce n’est pas la faim elle-même qui tue : les gens sont affaiblis et c’est la maladie, lorsqu’elle frappe, qui les emporte. «La plupart des maladies sont dues à une alimentation insuffisante, explique Raoul Bittel. Pour éliminer la cause du problème, nous nous attachons actuellement à distribuer l’aide alimentaire le plus rapidement possible.»

S’il ne pleut pas cette année encore, la famine pourrait s’étendre bien au-delà des zones qui sont déjà gravement touchées. Le CICR pense qu’il lui faudra alors renforcer l’opération de secours. « Nous sommes prêts à poursuivre l’opération jusqu’à la fin de l’année, quand la prochaine saison des pluies apportera, si tout va bien, suffisamment d’eau dans cette région», précise Raoul Bittel. Il souligne que d’immenses besoins pourraient encore être décelés ailleurs qu’à Janogaban. Entre-temps, Hassan Sheikh Mohammed ne sait pas comment exprimer toute la gratitude qu’il ressent pour l’aide qui est apportée à sa ville. «Nous n’avons vu personne – à part les journalistes et la Croix-Rouge», dit-il.

Depuis le 30 avril, des pluies abondantes sont tombées sur le district de Gode et d’autres zones. Néanmoins, les gens restent pessimistes car la saison des pluies est très tardive – elle aurait dû commencer il y a des semaines. Jusqu’à présent, les précipitations n’ont pas sérieusement entravé l’opération de secours. Néanmoins, la persistance de fortes pluies pourrait soulever des problèmes logistiques croissants car les routes, déjà difficilement praticables, deviennent extrêmement boueuses. Normalement, elles sèchent en quelques jours. Si les camions sont paralysés plus longtemps, le mieux sera d’acheminer l’aide le plus près possible des personnes dans le besoin et de demander aux plus robustes de la collecter et de la livrer, par exemple à dos de chameau.