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Déclaration du Président du Comité International de la Croix-Rouge à la Conférence de mi-parcours sur la Bosnie Herzégovine

13-06-1996 Déclaration

  Prononcée par M. Angelo Gnaedinger, Délégué général, Europe occidentale, centrale et les Balkans  

  Florence, 13-14 juin 1996  

Huit mois ont passé depuis la fin des combats en Bosnie-Herzégovine. Pendant ces huit mois, nous avons tous dû prendre la mesure de la tâche gigantesque et ardue que cela représente de conduire cette région vers la réconciliation et vers une paix durable, et de reconstruire une société si brutalement déchirée.

Il va sans dire que nous partageons, avec une inquiétude commune, l'opinion générale que si la mise en oeuvre des aspects militaires de l'accord de paix s'est passée de manière plutôt satisfaisante, les dispositions de caractère civil s'avèrent infiniment plus délicates et difficiles à mettre en pratique.

À Londres, je vous ai présenté le programme établi par le CICR suite à la signature de l'accord de paix sur l'ex-Yougoslavie. Je suis ici aujourd'hui pour vous dire comment le CICR s'est, jusqu'à présent, acquitté des deux tâches qui lui ont été confiées en vertu de l'accord de paix : superviser la libération des prisonniers et faire avancer la recherche des personnes disparues.

* Depuis décembre, plus d'un millier de prisonniers ont été libérés. Les quelques personnes encore détenues sont soupçonnées d'avoir commis des crimes de guerre. Je tiens à profiter de cette occasion pour exprimer publiquement au commandement de l'IFOR et au haut représentant notre reconnaissance pour l'exce llente coopération manifestée au cours des opérations de libération et de transfert des prisonniers. Le CICR continuera de suivre la situation de ceux qui restent en détention ainsi que de toute autre personne arrêtée sur présomption de crimes de guerre et détenue par les parties en ex-Yougoslavie ou sous la responsabilité du Tribunal pénal international de La Haye.

* Lors de la première Conférence sur l'application de l'accord de paix en Bosnie, j'ai exprimé le souhait sincère de voir se réaliser le plus tôt possible les espoirs qu'avait fait naître le retour de l'ex-Yougoslavie à la paix. Contrairement aux 1 000 prisonniers libérés que je viens de mentionner, de nombreuses autres personnes ne sont pas rentrées chez elles maintenant que les hostilités ont cessé. En fait, pendant cette guerre terrible, c'est par milliers que des êtres ont été tués ou massacrés et leurs corps enterrés anonymement. Pour le seul épisode de Srebrenica et en se fondant sur de nouveaux contacts établis avec les familles de ceux qui ont disparu pendant la chute de l'enclave, le CICR est arrivé à la conclusion que plus de 5 000 personnes ont subi cette fin atroce. Leurs familles ne savent rien d'elles et ne peuvent avoir aucune paix d'esprit. D'un point de vue strictement humanitaire, la vérité, si douloureuse soit-elle, est toujours préférable aux affres de l'incertitude. Tout en espérant que l'appel à la justice lancé par ces familles trouvera par ailleurs un écho concret, le CICR traite les demandes qu'elles lui adressent pour recevoir une réponse spécifique sur le sort de chaque personne disparue. À ce jour, il a réuni plus de 12 000 demandes de recherches circonstanciées, dont la majorité ont déjà été soumises aux parties. Nous sommes convaincus que les ex-belligérants disposent des informations nécessaires pour établir ce qu'il est advenu de la plupart des disparus.

C'est pourquoi le CICR les a appelés à coopérer au sein d'un groupe de travail sur les personnes disparues, créé à Sarajevo le 1er mars 1996. Ce groupe s'est déjà réuni quatre fois et, grâce à l'information fournie surtout par les parties, quelque 500 cas de disparitions ont pu être élucidés.

Nous pensons, en outre, que la solution du mystère des personnes qui n'ont pas encore été retrouvées réside non seulement dans les fosses communes mais aussi dans la conscience collective des habitants de Bosnie-Herzégovine. Le CICR multiplie donc les efforts pour obtenir également des renseignements utiles auprès de la population elle-même. À cet effet, il a mis sur pied une campagne publique, appuyée par une liste des noms des personnes recherchées. Celle-ci sera accessible également sur Internet par le World Wide Web. Je saisis cette occasion pour vous annoncer ici le lancement de cette campagne, qui a débuté hier.

Une fosse commune ne saurait en aucun cas être une sépulture décente. Un groupe d'experts, créé à l'initiative du CICR et présidé par le haut représentant, examine la question des exhumations et le problème très complexe de l'identification des dépouilles mortelles. Selon des experts en médecine légale il faudrait, avant de procéder aux exhumations, faire établir par un organisme compétent une banque de données contenant l'information nécessaire pour permettre d'identifier les dépouilles. Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée ici pour insister sur ce point : si complexe et risquée que puisse être l'identification de milliers de victimes encore anonymes, le moins que l'on puisse et que l'on doive faire pour ceux qui ont subi ce sort terrible est de leur donner une sépulture correcte. Ensuite, il faut que leurs familles puissent pleurer leurs morts.

Or, ceci ne sera possible que lorsqu e la liberté de mouvement prendra forme concrète. Si l'on veut que la population de Bosnie-Herzégovine jouisse effectivement de ce droit, il faut un système d'ordre public garanti et universellement accepté. Je ne peux que répéter ce que j'ai dit à Londres : il est d'une importance capitale de reconstruire les institutions, et en particulier le système judiciaire et les autres structures démocratiques, car c'est le seul moyen sensé de préparer le terrain pour une société stable et sûre. Bien sûr, des efforts considérables ont déjà été accomplis dans l'application du processus de paix en Bosnie-Herzégovine, mais il reste encore beaucoup à faire pour parvenir à la réconciliation et instaurer une paix durable. Tout en nous concentrant sur ces objectifs, nous accorderons également toute l'attention nécessaire à la Slavonie orientale, qui est entrée dans la phase cruciale de la démilitarisation. Il est essentiel que les ex-belligérants fassent preuve de retenue et la communauté internationale d'un engagement généreux si l'on veut éviter que - comme à Sarajevo au début de cette année - le transfert d'autorité aboutisse à une nouvelle ségrégation ethnique.

  Comment le CICR contribue-t-il à cet effort commun ?  

* Tout d'abord, il encourage la réconciliation par le biais d'un certain nombre de programmes de formation axés sur la tolérance et le respect mutuels. Pour les écoles de Bosnie-Herzégovine, des programmes promouvant les valeurs humanitaires et une communication pacifique entre les communautés sont élaborés sur le modèle de ceux qui existent déjà en Croatie et dans la République fédérative de Yougoslavie. En outre, le CICR organise, à l'intention des forces armées, des cours de droit de la guerre qui sont suivis par des officiers de part et d'autre de la ligne de démarcation entre entités. Enfin, il a lancé en mars une grande campagne alertan t la population sur le danger des mines. Cette campagne n'aura toutefois d'effet préventif à long terme que si elle est complétée par des opérations de déminage et le marquage des zones minées. Le soutien de la communauté internationale est nécessaire, mais c'est aux autorités locales qu'incombe la responsabilité finale de la prévention.

* Le CICR prend également des mesures immédiates pour améliorer la vie quotidienne de la population. En décembre, j'annonçais que les programmes de secours du CICR se poursuivraient jusqu'à la fin de l'hiver, mais qu'avec le début du printemps l'aide humanitaire se transformerait en un système d'assistance sociale pour les groupes les plus vulnérables. Actuellement, des programmes d'assistance sont menés conjointement par des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et les Croix-Rouges locales. Là où l'aide internationale ne couvre pas encore les besoins, le CICR continuera d'assurer un approvisionnement régulier en matériel chirurgical et en médicaments essentiels, et de fournir aux autorités l'équipement et les produits chimiques nécessaires pour le traitement de l'eau sur tout le territoire de la Bosnie-Herzégovine et en Slavonie orientale.

  Conclusion  

Le CICR est bien décidé à continuer de jouer le rôle qui est le sien, tout en accompagnant la population de Bosnie-Herzégovine sur la voie de la réconciliation et de la réintégration, en l'aidant à créer un environnement favorable à la catharsis et au retour de la confiance.

  REF. EXSO 96.06.13-FRE