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Hommage prononcé par M. Cornelio Sommaruga, Président du CICR

20-12-1996

  Cérémonie à la Cathédrale Saint-Pierre à Genève à la mémoire de  

  Fernanda Calado  

  Hans Elkerbout  

  Ingeborg Foss  

  Nancy Malloy  

  Gunnhild Myklebust  

  Sheryl Thayer  

Chers Amis de la Croix-Rouge,

Nous sommes aujourd'hui en deuil. Et c'est un deuil profond de tout le monde des humanitaires et de leurs amis.

C'est ce jour la troisième fois en quatre ans que le CICR vient dans cette cathédrale de Saint-Pierre pour commémorer des délégués tués en mission. Je les rappelle avec émotion: Frédéric Maurice à Sarajevo, en 1992, Cédric Martin, Juan Pastor Ruffino et Reto Neuenschwander, au Burundi en juin de cette année, et, maintenant, en Tchétchénie, six personnes assassinées le 17 décembre alors qu'ils travaillaient dans l'hôpital que le CICR, avec l'appui du Gouvernement et de la Croix-Rouge de Norvège, avait établi au sud de Grozny.

Yes, indeed -Dear Friends- we are gathered in this Cathedral today to mourn six ICRC colleagues who were brutally murdered as they slept in their quarters inside the Red Cross hospit al compound in Novye Atagi in Chechnya.

Five of the six delegates killed had been seconded to the ICRC by National Red Cross Societies:

  Hans Elkerbout (construction manager, from the Netherlands Red Cross), born on 4th January 1949 in Utrecht. A relaxed, smiling, very experienced civil engineer, Hans had worked in Turkey, Afghanistan, Pakistan, Iran and Albania before joining the ICRC in Chechnya.

  Ingeborg Foss (nurse, from the Norwegian Red Cross), born on 3rd March 1954 in Gjoevik, Norway. After working for a humanitarian project in Nicaragua, Ingeborg went to Pakistan on her first mission for the ICRC; Chechnya, where she arrived in early December, was her second ICRC assignment.

  Nancy Malloy (nurse manager, from the Canadian Red Cross), born on 6th October 1945 in Brockville, in Western Canada. Enthusiastic about humanitarian work, respectful of local populations and customs, Nancy went to Ethiopia for the ICRC in 1990, to Kuwait for the Federation in'91, to Belgrade for the ICRC in'93, to Goma for the Federation in'95, and, in September'96, when this hospital was opened, to Chechnya as a medical administrator, again for the ICRC.

  Gunnhild Myklebust (nurse, from the Norwegian Red Cross), born on 31st January 1941 in Volda, Norway. Gunnhild worked for Norwegian humanitarian organizations in Israel in'92, in Tuzla in'95 and in Bosnia for the first six months of'96. While in Chechnya, she became a grandmother....

  Sheryl Thayer (nurse, from the New Zealand Red Cross), born on 6 December 1956 in Wellington. Sheryl's first ICRC assig nment was in Khao-i-Dang, in Thailand, in'89. She then went to Kabul in'90-'91, and to Jalalabad, also in Afghanistan, in'94-'95. After a few months'rest for health reasons she was very happy to work for ICRC again, full of enthusiasm for a new field assignment, brimming with energy, completely committed to her work, and nevertheless full of humour.

et puis

  Fernanda Calado , infirmière cheffe, la sixième victime, de nationalité espagnole, collaboratrice du CICR depuis 12 ans, était née le 28 octobre 1947 à Séville. La plus petite infirmière du CICR - elle mesurait moins d'un mètre cinquante - et la plus active. Elle avait fait des missions pour le CICR en Angola, au Pakistan, en Israël, au Cambodge, en Somalie, en Equateur, au Rwanda, au Kenya avant d'arriver le 16 août 1996 en Tchétchénie. Bien qu'ayant fait ses études d'infirmière en Suisse, à La Chaux-de-Fonds et à Lausanne, elle avait gardé sa gaieté andalouse et son coeur à Séville.

All six were dedicated to the ideal of solidarity with the victims of the Chechen conflict. They were fulfilling with exemplary enthusiasm the original mission of the Red Cross -- to care for wounded -- and they were doing it in the same spirit as the women of Solferino: " Tutti fratelli. "

Today the ICRC, the National Societies concerned and I am sure the entire International Red Cross and Red Crescent Movement as well as the whole humanitarian community of the world are in mourning, horrified by this revolting massacre. Every one of us feels deep in his or her heart the dreadful blow dealt so brutally to the victims'families on the eve of the festive season.

Here before you all, on behalf of their friends and colleagues at the ICRC, I would like to pay tribute to them and to express our profound sympathy to their families and to their respective National Societies, the Netherlands, Norwegian, Canadian and New Zealand Red Cross. The ICRC is profoundly shocked and grieved by this tragedy and cannot but vigorously condemn this attack on the very core of what the Red Cross originally was set out to do and still is: the medical mission to prevent and alleviate human suffering.
 

***

 
 
Autorités, Excellences, Mesdames et Messieurs, Chers amis de la Croix-Rouge, Chers Collègues, Chers collaborateurs,

Cette nouvelle tragédie nous touche tous personnellement et institutionnellement : après l'assassinat de nos trois délégués au Burundi en juin, l'enlèvement de trois collaborateurs au Soudan en novembre, des collègues ont à nouveau donné leur vie pour la cause humanitaire que nous défendons dans des situations de plus en plus chaotiques et anarchiques.

Au delà du choc de l'instant, au delà de la tristesse et de la colère, je voudrais une fois encore rendre hommage à ces collègues, mais je voudrais aussi nous inciter tous à réfléchir lucidement, courageusement, concrètement.

Réfléchir à la manière de faire mieux connaître le Mouvement, le CICR, sa mission, ses principes d'action, son indépendance, sa neutralité, son impartialité auprès de tous les porteurs d'armes, de tous les responsables politiques, pas seulement en Tchétchénie mais aussi partout ailleurs dans le monde.

Réfléchir surtout à la meilleure manière d'assurer concrètement une protection et assistance des victimes de ces conflits sans règles - où même la règle fondamentale, à la base de tout le Mouvement de la Croix-Rouge et fondement du droit international humanitaire - de respecter le personnel médical, respecter l'emblème protecteur, respecter les hôpitaux, sanctuaires de l'humanité, est délibérément violée.

Mais je voudrais aussi relever ici la valeur du travail de ce personnel médical qui ne ménage ni sa peine ni son dévouement, ni son enthousiasme, devant tant de souffrance, devant la lutte constante entre la vie et la mort.

Je voudrais aussi souligner la valeur de l'engagement de toutes ces Sociétés nationales de Croix-Rouge qui s'engagent avec le CICR, dans ces situations conflictuelles : leur apport très efficace et hautement apprécié est essentiel à notre action. S'il fallait un rappel dans le sang et le feu de la valeur de leur engagement en faveur des victimes, le voici. Cette tragédie nous le rappelle brutalement.

Ce choc m'amène à vous demander à tous et à toutes une concertation, une mobilisation. Nous ne pouvons rester paralysés devant l'horreur - c'est peut-être, même, comme ailleurs, le but visé par les assassins : c'est un combat que nous menons pour l'humanité. Le Docteur Marcel Junod, dans son ouvrage " Le Troisième Combattant " était réaliste et prophétique : " Il n'y a jamais que deux adversaires, mais, auprès d'eux et parfois entre eux, survient un troisième combattant. " Ce combat, nous devons tous ensemble le mener avec la force de notre douleur. Nous devons le mener aussi avec la somme de nos expériences et avec une détermination nouvelle de poursuivre l'action en faveur des victimes tout en assurant la sécurité de nos délégués.

L'humanitaire ne peut faire face seul à des actions criminelles. Nous devons réitérer notre appel à tous les responsables spirituels, politiques, militaires, diplomatiques, médiatiques et humanitaires pour une concertation et pour une mobilisation de nos énergies face à cette montée de la violence assassine. Le moment est venu d'exiger des responsables du monde de s'engager solennellement en faveur d'une maîtrise stricte des transferts d'armements, non seulement les armes nucléair es et stratégiques, mais encore les armes qui tuent et blessent aujourd'hui les mêmes qui tuent aussi les volontaires de l'humanitaire.

Il s'agit véritablement d'un combat pour l'humanité, pour la dignité de l'être humain, d'un combat même pour la survie, non seulement de délégués du CICR ou d'autres travailleurs de l'humanitaire, mais de populations civiles entières. J'en appelle à tous ici qui m'écoutez, à ceux qui me liront : votre engagement (il s'agit d'action concrète), votre courage (nous ne pouvons plus ignorer maintenant les risques), votre réflexion (il faudra bien trouver des réponses nouvelles à ces nouveaux périls) sont indispensables dans cette lutte difficile mais combien nécessaire.

Je me refuse en effet de penser que la communauté internationale, les Etats, les organisations internationales, les organisations humanitaires, la conscience publique vont rester indifférentes devant ce nouveau crime contre l'humanitaire. Si nous acceptons que l'intolérable se perpétue dans l'indifférence, alors, l'intolérable deviendra la norme. Et permettez-moi de le répéter en anglais : If we accept that such intolerable behaviour will continue in a climate of indifference, then the intolerable will become the rule. This tragedy must be seen from this perspective if it is to have any meaning. It is a challenge to us all: Governments, National Red Cross and Red Crescent Societies, their Federation, the ICRC and other humanitarian organizations alike, all those mourning with us today. There are clear choices to be made, and clear messages to be given. It is by pursuing our efforts, our campaign on behalf of humanity in the very midst of conflict that we shall honour the memory of our colleagues who have given their lives for the humanitarian cause.

Aux parents, aux conjoints, aux amis, je réitère la sympathie profonde de l'ensemble du CICR. Nous partageons v otre souffrance. Nous vous disons merci.

Aux délégués, amis et collègues qui étaient en Tchétchénie avec Fernanda Calado, Hans Elkerbout, Ingeborg Foss, Nancy Malloy, Gunnhild Myklebust, Sheryl Thayer, je veux dire notre admiration, notre respect, notre gratitude : vous étiez engagés dans une mission du CICR des plus difficiles, des plus dangereuses. L'attitude des Autorités et de la population locale après la tragédie a bien montré la valeur unique de votre travail. Les milliers de victimes que vous avez soigné et dont vous avez souvent sauvé la vie pleurent votre départ.

A vous Fernanda, Gunnhild, Hans, Ingeborg, Nancy, Sheryl , au nom du CICR et de nous tous ici présents, je veux vous dire que les mots sont impuissants pour crier la douleur qui nous frappe. Vous aviez fait un choix, celui de vouloir apporter la lumière et le soulagement dans la nuit de la barbarie. Cette lumière ne s'est pas éteinte, elle continue d'être portée par d'autres, sur d'autres terrains où règne la détresse et d'autres viendront encore pour la porter plus loin: et tous ceux là ont et auront fait -comme vous l'aviez fait- le juste choix. Leur et votre engagement doit continuer de nous animer. Je vous dis encore une fois merci et je m'incline devant vous avec admiration.

Reposez en paix !

 
Assassinat de six collaborateurs du CICR en Tchétchénie