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Renforcement de la coordination de l'aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe fournis par l'Organisation des Nations Unies, y compris l'assistance économique spéciale

27-11-2000 Déclaration

Assemblée générale des Nations Unies, 55e Session, Plénière, point 20 de l'ordre du jour - Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), New York, 27 novembre 2000

Monsieur le Président,

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) se félicite de l'occasion qui lui est une fois de plus donnée de présenter à cette assemblée quelques réflexions sur la question de la coordination humanitaire. Face à la réalité, il ne peut que constater avec une profonde inquiétude non seulement que la situation des victimes de conflits armés n'a pas évolué au cours de cette année, mais qu'elle s'est même détériorée dans certains contextes. Dans son intervention, le CICR procédera à un tour d’horizon des défis actuels en matière de protection et d'assistance d'une part, et de mécanismes de coordination d’autre part, décrira brièvement les efforts qu’il déploie dans ce domaine ainsi que ceux du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, et fera part de sa position sur cette question complexe.

Monsieur le Président,

Organisation humanitaire active principalement dans les situations de conflits armés et de violence interne, le CICR est consterné par les souffrances persistantes qui sont infligées aux civils, notamment les femmes et les enfants, en violation flagrante des principes les plus élémentaires du droit international humanitaire. Dans nombre des conflits, les civils sont de plus en plus pris pour cibles, tués, blessés, déracinés, séparés de leurs proches. Ils se voient refuser l'accès aux ressources de base et leur survie et leur dignité sont menacées. Cette réalité est lourde de conséquences humanitaires. Elle déclenche des déplacements massifs de population à l'intérieur des pays et à travers les frontières. Des enfants sont enrôlés de force, leur existence dès lors détruite. Les femmes sont l es premières victimes des agressions sexuelles et trop souvent vivent un tragique veuvage. Enfin, la prolifération des porteurs d’armes a aggravé la violence et l'insécurité. Dans bien des cas, il est devenu dangereux de conduire une action humanitaire.

Conséquence directe de ce qui précède, les besoins humanitaires en assistance et en protection n'ont pas seulement augmenté de façon spectaculaire. Ils sont aussi de plus en plus difficiles à satisfaire de façon adéquate, et bien trop de victimes sont abandonnées à leur sort, sans assistance et sans protection.

Parallèlement, l'action humanitaire globale est elle-même devenue hautement complexe en raison, notamment, de la multiplicité des intervenants, de l'imprécision des mandats et des difficultés rencontrées pour assurer une coordination efficace, lesquelles sont parfois aggravées par l’absence de principes d’action établis d’un commun accord.

Le CICR est donc fermement convaincu de l'impérieuse nécessité de renforcer la coordination de l'assistance humanitaire dans les situations d'urgence, à la fois pour mieux répondre aux besoins des victimes et améliorer la sécurité de l'action humanitaire. À cette dernière fin, il est essentiel que la nature, les principes et les objectifs d'une action strictement humanitaire soient bien compris, et donc acceptés, par toutes les parties concernées. Le CICR ne se lassera jamais de dire et redire que l'action politique doit être dissociée des opérations humanitaires. Il considère en effet qu'une situation d'urgence appelle deux types de réponses : l'une vise la recherche d'un règlement politique stable; l'autre tend à l'atténuation des conséquences humanitaires du conflit. Cela ne revient pas à nier les relations qui existent à l’évidence entre les crises humanitaires et les facteurs politiques, militaires et économiques en jeu. C'est plutôt reconnaître que, même avec les meilleures intentions, confondre ces deux types de réponses peut amener à une discrimination de fait dans le travail d'assistance et de protection. Une telle situation est de nature à compromettre, aux yeux des belligérants, la neutralité d'une action strictement humanitaire et donc menacer sa sécurité. En dernière analyse, elle pourrait même accroître le nombre des civils laissés sans secours.

Monsieur le Président,

Conscient de ces impératifs, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a pris des mesures, en particulier à travers un accord dit de Séville, pour harmoniser la coordination en son sein, en fonction des mandats respectifs de ses composantes que représentent les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, leur Fédération internationale et le CICR. Dans les situations de conflit, c'est au CICR qu'il incombe de coordonner les efforts de ce Mouvement. À cet égard, force est de constater que le CICR ne pourrait assumer cette tache sans le précieux soutien des Sociétés nationales. Ces dernières jouent en outre un rôle vital dans le renforcement des mécanismes de survie des populations civiles. D'ailleurs, dans nombre de situations de conflit difficiles et précaires, le CICR s'appuie, et parfois exclusivement, sur le personnel des Sociétés nationales pour accomplir son travail. Il tient donc a leur exprimer sa profonde gratitude et sa sincère admiration. Enfin, le CICR associe de façon croissante à ses activités sur le terrain les Sociétés nationales de pays tiers qui manifestent un intérêt pour ses opérations.

Monsieur le Président,

Le CICR tient à souligner qu'il s'attache à réaliser la plus grande complémentarité possible avec d'autres acteurs humanitaires. Dans cette optique, il apporte, en sa qualité d'invité permanent, de nombreuses contributions aux diverses réunions du Comité permanent interorgan isations (IASC) et de ses organes subsidiaires, participe aux discussions sur des questions thématiques et opérationnelles, et fait part d'informations et d'expériences pertinentes. Sur le terrain, il coopère aux efforts de coordination interorganisations menés par les Nations Unies et soutient les dispositions ad hoc prises pour tenir compte de l'évolution rapide des circonstances. Le dialogue qu’il a engagé, dans les limites de son mandat, avec le Senior Inter-Agency Network on Internal Displacement , au siège et sur le terrain, est un exemple très récent de l'approche qu'il a adoptée. Cette coopération est déjà une réalité. Un autre exemple est la contribution du CICR au sous-groupe de travail du IASC sur les sexospécificités et l'intervention humanitaire, sur le thème des femmes et la guerre. Un troisième exemple, relatif aux enfants confrontés à un conflit armé, est la publication commune par le CICR et l’UNICEF, en 1999, d’un module éducatif sur l’utilisation des enfants-soldats et la mise en œuvre du droit.

Le CICR poursuit également un dialogue bilatéral soutenu avec un large éventail d'institutions et d'organismes des Nations Unies, dont le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), ainsi qu’avec les ONG concernées. Dans ce contexte, il souhaite mettre en relief le dialogue qu’il a noué avec le Haut Commissariat aux droits de l'homme. La nécessité de maintenir ce dialogue émane de la complémentarité de nos organisations qui, agissant sur la base de leurs mandats respectifs et selon leurs propres méthodes de travail, s’emploient à préserver la dignité humaine. De manière générale, l’objectif fondamental du dialogue que mène le CICR avec les organismes de l'ONU et les ONG est d'améliorer la coordination de l'action humanitaires sur le terrain.

Gérer au mieux la transition des secours d’urgence à la réhabilitation et au développement est u n autre domaine où une complémentarité et une coordination accrues sont indispensables. L’approche du CICR a évolué en la matière. De plus en plus, ses opérations de secours d’urgence s’inscrivent dans le cadre d’une action de réhabilitation, compte tenu des capacités et du rôle des victimes elles-mêmes, des Sociétés nationales et des autorités des pays concernées, ainsi que des organisations telles que la Banque mondiale.

En conclusion, Monsieur le Président, le CICR tient à souligner qu’une coordination appropriée et améliorée est plus que jamais nécessaire pour faire face à la complexité et à l’ampleur des besoins humanitaires dans les situations d’urgence actuelles. Dans le même temps, il est fermement déterminé à remplir le rôle d’intermédiaire neutre et indépendant qui est le sien dans les situations de conflit armé, et que consacrent les Conventions de Genève, et à obtenir l’accès à toutes les victimes, où qu’elles se trouvent.

Merci, Monsieur le Président

Ref. LG 2000-115-FRE