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51e session du Comité exécutif du Programme du Haut Commissaire

06-10-2000 Déclaration

Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, déclaration du Comité international de la Croix Rouge, Genève, 2-6 octobre 2000

Monsieur le Président,

Permettez-moi, au nom du Comité international de la Croix-Rouge, de vous remercier de me donner la parole à l'occasion de cette 51e session du Comité exécutif du HCR. Le CICR souhaiterait aussi s'associer aux orateurs précédents pour rendre un hommage particulier à Madame le Haut Commissaire Sadako Ogata, à l'occasion de son prochain départ, pour ses efforts inlassables en faveur des réfugiés et personnes déplacées. J'aimerais souligner à cette occasion la très bonne coopération qui a prévalu, sous sa direction, dans les relations entre le HCR et le CICR.

Monsieur le Président,

La commémoration des 50 ans de l'Office marque une étape importante dans l'histoire de l'organisation. Parallèlement, elle nous ramène à la lecture du passé et des préoccupations communes que le HCR et le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge n'ont jamais cessé de partager, dans une relation étroite fondée à la fois sur la défense de normes de protection et de principes opérationnels.

L'excellente note d'introduction au thème annuel nous permet d'illustrer ce lien et de revenir sur quelques-uns des défis identifiés.

  Tout d'abord, le respect du droit  

Les années écoulées ont vu un nombre croissant de conflits se caractériser par l'instrumentalisation de la population civile à des fins militaires et politiques et, parallèlement par la violation des règles de droit. Aujourd'hui, les conflits sont devenus la cause principale des mouvements de populations, à l'intérieur et hors des frontières.

À l'occasion des 50 ans de l'Office, le CICR souhaite réaffirmer, d'une part, le rôle primordial que le Haut Commissariat exerce en faveur des réfugiés et, d'autre part, le soutien de l'institution à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et aux principes qu'elle contient.

Le droit international humanitaire, le droit des réfugiés et les droits de l'homme constituent des instruments essentiels et complémentaires de protection de la personne humaine.

Ainsi, en cas de conflit armé, les réfugiés, comme les personnes déplacées de l'intérieur sont protégés, en tant que civils, par le droit international humanitaire. Par ailleurs, plusieurs des principes de protection de la Convention de 1951, tels que celui du non-refoulement, sont aussi contenus dans les Conventions de Genève de 1949.

Nous aimerions également saisir cette occasion pour rappeler la responsabilité à la fois individuelle des Etats qui sont à l'origine des déplacements et, en même temps, la responsabilité collective de l'ensemble des Etats parties, telle que le prévoit l'article premier des Conventions de Genève. Cette responsabilité signifie que les Etats ont le devoir de respecter et de faire respecter le droit international humanitaire et qu'ils ont l'obligation de poursuivre devant leurs propres tribunaux les personnes soupçonnées d'avoir commis des infractions graves à ce droit

Pour sa part, le CICR est disposé conformément à son rôle de promoteur et de gardien du droit international humanitaire, à poursuivre, voire renforcer sa contribution spécifique en termes de coopération à la mise en œuvre et au développement du droit. De même, il est prêt à participer activement aux consultations et réflexions qui pourraient être lancées dans le cadre du 50e anniversaire de la Convention de 1951.

  Deuxième défi, la sécurité du personnel humanitaire  

Il s'agit là d'une préoccupation majeure des organisations humanitaires. Et les récents meurtres de quatre collaborateurs du HCR à Timor et en République de Guinée nous en rappellent la dramatique actualité. Désormais, les institutions humanitaires doivent consacrer une part importante de leurs ressources à la sécurité de leur propre personnel. Plus grave, elles sont souvent contraintes de retirer leur personnel au détriment des personnes qu'elles sont censées protéger et assister.

La préservation du caractère apolitique et impartial de l'action humanitaire a figuré, à plusieurs reprises, au cœur des débats entre le HCR et le CICR. L'absence d'un espace humanitaire réservé, perçu comme tel et respecté par les parties au conflit, risque bien, à terme, de rendre impossible la protection et l'assistance des victimes, et donc, l'accomplissement du mandat confié au CICR comme au HCR par la communauté internationale. Nous souhaiterions rappeler ici que le droit international humanitaire exige des Etats qu'ils respectent et qu'ils protègent le personnel humanitaire impliqué dans des actions de secours et que les attaques perpétrées contre le personnel humanitaire en tant que civil sont considérées comme des crimes de guerre.

Monsieur le Président, cette problématique nous amène à une autre préoccupation,

  la coopération et la coordination  

L'augmentation importan te du nombre d'acteurs humanitaires a souvent pour corollaire le manque de coordination, des imprécisions de mandats et des duplications inutiles. Par ailleurs, le développement d'opérations de forces de maintien de la paix, comprenant non seulement une dimension militaire mais aussi des aspects politiques et humanitaires, a également contribué à la complexité et à la confusion de l'environnement humanitaire. Pour être efficace, la réponse humanitaire doit se baser, d'une part, sur des compétences, des rôles et des mandats clairs et distincts des Etats, des Nations Unies et des organisations humanitaires et, d'autre part, sur un dialogue renforcé entre tous les acteurs-clefs.

La politique de coopération du CICR est autant guidée par son désir d'améliorer la complémentarité avec les autres organisations que par sa volonté de remplir son rôle d'intermédiare neutre et indépendant dans des situations de conflit. Le CICR a par ailleurs développé des contacts avec des organisations politiques et militaires, comme avec des organisations financières telles que la Banque Mondiale. Ceci, notamment dans la perspective d'inscrire son action dans la durée et de contribuer ainsi à la promotion de solutions durables.

La réunion annuelle de haut niveau de mai 2000 entre le HCR et le CICR a été entièrement consacrée à la problématique des personnes déplacées et à la complémentarité de nos deux organisations dans les actions à Sri Lanka, en Colombie et en Angola. Cette réunion a permis d'identifier des lignes de démarcation des tâches, basées sur la nature des situations rencontrées, sur l'expertise et sur les capacités respectives. Dans le cadre du débat général sur les personnes déplacées, nous aimerions rappeler que, conformément à son mandat de protection et d'assistance, le CICR considère être l'organisation responsable de la réponse aux besoins urgents des personnes déplacées dans les situations de conflit armés et de troubles internes.

Enfin, Monsieur le Président, j'en arrive au dernier thème,

  la gestion humanitaire  

Complexité de l'environnement, menaces sur le personnel humanitaire, manque de financement sont autant de défis que doivent relever les organisations humanitaires. Les exigences qui sont imposées aujourd'hui au personnel humanitaire, en termes de connaissances, sont considérables: connaissances techniques et professionnelles, connaissance de l'organisation et des autres acteurs humanitaires, et surtout, connaissance de l'environnement politique et culturel dans lequel les collaborateurs du terrain évoluent. Pour permettre le développement de compétences et, en particulier, la formation adéquate du personnel - alors que les ressources sont réduites -, une organisation humanitaire doit largement innover dans sa gestion. Et une bonne gestion signifie qu'il faut à la fois viser l'équilibre entre les objectifs à court et à long termes, et s'assurer que les exigences de formation sont remplies, que ce qui a été acquis sous forme de leçons est appliqué aux nouvelles situations. Ce défi nous est posé à tous, donateurs et organisations humanitaires, soucieux de sécurité, d'efficacité et de coopération. Pour sa part, le CICR n'épargnera aucun effort pour assumer ses responsabilités et améliorer, en collaboration avec les autres acteurs humanitaires, la qualité de sa réponse opérationnelle.

Ref. LG 2000-121-FRE