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Zones grises, crises durables, conflits oubliés : les défis humanitaires

30-06-2001 Article, Revue internationale de la Croix-Rouge, 842, de François Grunewald and Laurence Tessier

  François Grunewald   est ingénieur agronome. Il travaille depuis plus de vingt ans dans l’humanitaire. Depuis 1997, il préside le Groupe URD (Urgence-Réhabilitation-Développement), réseau de recherche et de formation sur les crises et les pratiques humanitaires (voir <www. urd. org>). Depuis 2000, il dirige le DESS « Action humanitaire et de développement, gestion des ONG » à l’Université Paris XII, en qualité de professeur associé.  

     

  Laurence Tessier   travaille en tant que chargée de recherche. Elle a coordonné l’organisation du colloque « Crises durables, crises oubliées : défis humanitaires, enjeux européens ».  

     

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Le concept à multiples facettes des « zones et périodes grises » interpelle à la fois le géopoliticien, l’acteur humanitaire et le juriste. La gestion « politique » de ces situations complexes et celle de leurs répercussions humanitaires représentent des défis considérables, tant méthodologiques et éthiques qu’opérationnels (Duffield, 1998).

Il s’agit d’abord d’éclaircir le débat par un premier positionnemen t sémantique. Certains conflits contemporains trouvent une conclusion heureuse. Dans ces contextes, on appelle « périodes ou zones grises » le laps de temps qui relie la crise et la période post-crise. Le concept de « continuum urgence-réhabilitation-développement » a été défini par rapport à ces situations. Depuis le milieu des années 90, les répercussions pratiques de travaux d’universitaires et d’organisations non gouvernementales (Pirotte/Husson/Grunewald, 1999 ; Green, 2000) sur le continuum ont commencé à modifier en profondeur les pratiques humanitaires (Grunewald, 1995 ; Perrin, 1998 ; White/Cliffe, 2000). La Commission européenne elle-même a publié en 1996 une Communication au Parlement européen et au Conseil des ministres intitulée Lier l’assistance d’urgence, la réhabilitation et le développement (COM (96) 153).

Mais on appelle parfois aussi « zones grises » ces régions du monde qui, confrontées à des crises sans fin ou à des conflits gelés, s’enfoncent dans des espaces de « non-droit » (Rufin, 1992). Drames souvent internes pour lesquels n’apparaît aucune solution, ces conflits interminables ne font recette ni auprès des médias ni auprès des pouvoirs publics, et finissent par tomber dans l’oubli. En fait, ces crises oubliées n’intéressent plus que les humanitaires. S’il est clair que le concept de « continuum » ne s’applique pas à ces crises qui durent, il n’en demeure pas moins que les réponses classiques de l’aide d’urgence y sont souvent complètement inadaptées (Hendrickson, 1998). Il apparaissait alors important de remettre ces crises sans fin et souvent oubliées au cœur des réflexions, tant des praticiens de terrain que des bailleurs de fonds.

Enfin, certaines situations dramatiques de pauvreté extrême résultant du « mal » ou du « non-développement » constituent une interface, que certains auteurs appelleront là encore « zone grise ». Dans les cas où la réponse est nécessairement « développementale » mais qui passera parfois, face à l’ur gence physiologique, par des formes s’apparentant fortement à de l’aide humanitaire d’urgence, le « nomenclaturiste de l’action humanitaire » s’interrogera.

Autour de la question des crises durables, des enjeux humanitaires et des défis européens correspondants, un colloque s’est tenu en décembre 2000, qui a réuni 240 participants : représentants de gouvernements (français, britanniques, colombiens, etc.), de la Commission européenne et de l’Office d’aide humanitaire de la Commission (ECHO), du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de cinq institutions des Nations Unies, d’une quarantaine d’organisations non gouvernementales (ONG), ainsi que des chercheurs européens, des étudiants et des journalistes. Cette réunion a été l’occasion d’un débat entre acteurs humanitaires, responsables politiques, universitaires et témoins. Comment mieux aider et protéger les populations civiles dans le contexte de ces crises durables ? Le coIloque a permis de renforcer les réflexions en cours dans l’Union et à la Commission européennes sur les modalités de gestion de ces situations, tant sur les plans politiques et financiers de l’aide, que sur celui des pratiques humanitaires.

Le présent article va tenter, entre autres, d’en restituer les principaux apports conceptuels et méthodologiques.

 
 
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