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Au-dessous du volcan

07-02-2002

  (Galerie de photos complète)    
 

La lave du volcan Nyiragongo a laissé des cicatrices indélébiles sur la ville de Goma. Au soir du 17janvier, une large coulée de roche en fusion a déferlé à travers le centre commerçant de la ville, emportant dans une vague de feu les magasins, les entrepôts, les écoles et des centaines – voire même des milliers – de maisons. Les explosions ont secoué la nuit tandis que la lave engloutissait des dépôts de carburant et des stations-service dans la ville en feu. Le chef de la mission du CICR, Walter Stocker, qui a fui Goma avec son équipe à bord d'un petit bateau, a raconté que « la lumière des flammes était si intense qu'on aurait pu lire le journal cette nuit-là sur le lacKivu. Je pensais qu'il ne resterait rien de la ville».
 
   
 
 
Le même soir, la population de Goma a fui en masse, principalement vers la ville rwandaise de Gisenyi, à quelques kilomètres à l'est. Les organisations humanitaires et les journalistes s'attendaient à une crise majeure car des centaines de milliers de personnes cherchaient refuge de l'autre côté de la frontière. Toutefois, les habitants de Goma avaient d'autres projets. Endurcis par l'expérience d'années de guerre civile, de mouvements de masse de réfugiés et de précédentes éruptions volcaniques, ils ont décidé de rentrer chez eux, résolus à reconstruire leur ville détruite malgré les risques que représentaient la lave encore brûlante et les fréquentes secousses sismiques consécutives à l'éruption du volcan.

Comme le reste de Goma, la Croix-Rouge locale n'a pas été épargnée par la destruction provoquée par le volcan Nyiragongo. De nombreux collaborateurs du CICR et de la Croix-Rouge ont perdu leurs foyers tandis que les entrepôts et le garage du CICR –contenant des stocks d'une valeur d'environ unmillion de francs suisses – ont été transformés en un amas de métal tordu recouvert d'une couche de lave de deux mètres d'épaisseur. «Lorsque nous avons entendu le bruit de la lave qui arrivait, nous étions trois : deux chauffeurs et moi-même», a expliqué Damas Migabo, responsable de l'entrepôt du CICR. «Je leur ai donné les clés de deux camions et, moi, j'ai pris une Toyota tout terrain pour fuir. Les sept autres camions ont été perdus, tout comme des tonnes de nourriture, des milliers de couvertures et d'autres articles.»

 


    Dans les jours qui ont suivi, la Croix-Rouge est entrée en action pour évaluer la situation à Goma et prendre les premières mesures visant à faire face à la situation d'urgence. Le CICR s'est concentré sur les besoins en eau de la ville. Il a coopéré avec la compagnie locale des eaux, Regideso, afin de réparer des stations de pompage et les canalisations ainsi que pour installer des citernes d'eau pour la population. L'équipe médicale a distribué des médicaments de première nécessité à cinq centres de santé et à l'hôpital général. Parallèlement, le CICR et la Croix-Rouge locale ont commencé, tâche essentielle, à réunir des centaines de membres de familles séparées dans le chaos qui a suivi l'éruption.
 
 
 
  Enfants perdus

Six jours après l'éruption du volcan
– Au siège provincial de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo à Goma, une foule de volontaires se prépare pour les activités de la journée. Dans une petite hutte de bois derrière le bâtiment, deux volontaires de la Croix-Rouge donnent le petit-déjeuner à 25enfants. Certains sont presque encore des bébés et il faut leur donner leur bouillie de maïs à la cuillère. De nouveaux enfants continuent à être amenés, tandis que des parents transportés de joie viennent en chercher d'autres.
   

 
   
 
 

Janvier Butu Muhima est venu ici pour rechercher sa fillette de cinq ans, Lucie, dont il a perdu la trace pendant la fuite massive des habitants de Goma vers le Rwanda. Aujourd'hui, après plus d'une semaine d'incertitude et d'angoisse, la Croix-Rouge a de bonnes nouvelles pour lui: Lucie a été retrouvée par des volontaires dans l'un des dix points de contact installés pour les familles séparées à travers la ville de Goma. «J'avais peur de ne jamais la retrouver», dit Janvier, 30ans, père de quatre enfants. «Maintenant je suis heureux. La Croix-Rouge s'est bien occupée d'elle.» Lucie raconte à son père comment elle a été séparée de sa mère et de trois de ses frères et sœurs pendant leur fuite éperdue à travers la frontière. La petite fille en larmes a été trouvée à Gisenyi par une famille rwandaise qui l'a recueillie, avant d'être amenée à la Croix-Rouge de Goma par un Congolais.
 

Lucie fait partie des quelque 400enfants perdus que la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo et la Croix-Rouge rwandaise ont enregistrés à la suite de l'éruption. Les informations relatives à ces enfants ont été centralisées par le CICR et partagées avec d'autres organisations qui s'occupent de la réunification des familles. Les noms des enfants ont en suite été affichés dans les lieux publics à Goma et Gisenyi, et diffusés sur les ondes de la radio locale. La recherche des familles exige une patience infinie et une grande attention pour les moindres détails mais Ngoy Katenda, volontaire de la Croix-Rouge locale, qui s'occupe des enfants, estime qu'il y a vraiment de bons moments : «Je suis heureux quand je vois des parents retrouver leurs enfants. Cela prouve que notre travail ici donne vraiment des résultats.»

  Se tourner vers l'avenir...  

  Neuf jours après l'éruption – Les institutions spécialisées des Nations Unies et les ONG ont entrepris de distribuer des secours alimentaires et non alimentaires à plus de 50000familles à Goma. Un grand nombre de ces familles, qui sont retrouvées sans abri à cause de la lave, ont trouvé un refuge temporaire dans des églises et des institutions. Par exemple, à l'Institut technique de Goma, des centaines de personnes occupent 16salles de classe. Une activité intense règne dans la grande cour de l'école, sous de grands arbres: des hommes vendent de la farine de maïs et des légumes, des femmes font la cuisine et la lessive, et des dizaines de personnes font la queue à un point de distribution de vivres. Jean-Paul Dimandja, employé du CICR, est venu ici avec une quinzaine de volontaires de la Croix-Rouge pour nettoyer le site. «Pour le moment, ça va ici», dit-il. «Les gens ne savent pas où aller. Au moins, ici ils ont un toit.» Pourtant, les détritus qui traînent partout le préoccupent. Au cours d'une réunion avec des représentants du camp, il souligne les dangers que cela représente pour la santé et explique que les volontaires sont ici pour régler ce problème. Dehors, les volontaires, munis de gants de plastique, creusent un trou pour y enterrer un tas d'ordures nauséabondes.

 
 

 

   
 
 

 
Des lieux comme l'Institut technique ne peuvent représenter qu'une solution à court terme pour les familles qui cherchent un hébergement, surtout celles qui habitaient des quartiers de Goma presque entièrement engloutis par la lave. Après la phase d'urgence, la Croix-Rouge a été confrontée à la difficulté de répondre aux besoins spécifiques des familles sans abri. Selon un décompte préliminaire effectué par des volontaires de la Croix-Rouge locale, environ 13000familles à Goma – soit au moins 90000personnes– vivent dans des lieux d'hébergement temporaires ou chez des parents ou des amis. Cela constitue un immense problème dans une ville connue pour sa surpopulation. Des Sociétés de la Croix-Rouge de toute l'Europe ont envoyé des avions transportant des tonnes de bâches de plastique, couvertures, et autres secours.
 
Maintenant, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et le CICR examinent comment cette assistance pourra être acheminée de la manière la plus efficace aux personnes les plus nécessiteuses. «Nous pensons fourni r un colis de secours qui peut être utilisé sur place à Goma mais qui est assez léger pour permettre aux gens de l'emporter s'ils veulent aller ailleurs», explique Nadine Bagué, spécialiste des secours du CICR, venue de Genève pour renforcer l'équipe de Goma.
 
Il faudra des mois avant que la vie à Goma ne reprenne son cours normal. De nombreux commerces, centres de santé et écoles ne pourront probablement jamais être reconstruits. Certaines personnes décideront peut-être d'aller ailleurs, tandis que d'autres essaieront de reconstruire leurs maisons et de vivre près du volcan, qui représente une menace si imprévisible que les spécialistes en sont déconcertés. Maintenant, la plupart des représentants des médias internationaux ont quitté Goma et l'attention du public d'une planète de plus en plus mondialisée s'est tournée ailleurs. Pour la Croix-Rouge, toutefois, il reste encore beaucoup à faire ici.
 
 
 
   
 
 

  Florian Westphal, délégué chargé de l'information, CICR Nairobi