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Le CICR et la guerre d'Ethiopie (1935-1936)

08-02-2005

Dans un conflit où des armes modernes – notamment des gaz toxiques – sont utilisées contre des combattants aux pieds nus, l’Italie rejette l’offre d’aide humanitaire du CICR. Du côté abyssin, tout doit être créé sur des bases entièrement nouvelles, à commencer par une Société de la Croix-Rouge.

Création de la Croix-Rouge éthiopienne  

A la suite d'un nouvel incident frontalier, le 5 décembre 1934, les relations déjà tendues entre l'Italie et l'Ethiopie se dégradent rapidement. Les efforts de conciliation, entrepris les mois suivants, notamment par la Société des Nations, n'aboutissent pas et, dans la nuit du 2 au 3 octobre 1935, les forces italiennes d'Erythrée envahissent le territoire éthiopien. Au terme d'une lutte inégale, au cours de laquelle l'armée italienne utilisa l'arme chimique, l'Ethiopie sera finalement conquise au début du mois de mai 1936 et annexée au Royaume d'Italie.

Conscient du possible éclatement d'un conflit, le CICR s'est, dans un premier temps, préoccupé de la situation où se trouvait l'Ethiopie, qui n'était ni partie aux Conventions de Genève, ni ne possédait de Croix-Rouge nationale. Afin de remédier à cet état de fait, le CICR s'adressa directement à l'empereur Hailé Sélassié lui suggérant de donner son adhésion aux Conventions de Genève et de créer une Société nationale de la Croix-Rouge.

La démarche porte ses fruits, puisqu'en juillet 1935, l'Ethiopie adhère à la Convention de Genève de 1929 pour la protection des blessés et des malades dans les armées en campagne et crée sa propre Croix-Rouge. Le pays donne aussi son adhésion au Protocole de Genève de 1925 prohibant l'usage des gaz asphyxiants, toxiques et similaires (auquel l'Italie était déjà partie), mais pas à la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre, malgré les démarches du CICR.  

Action aux côtés des Sociétés nationales

Dès le déclenchement des hostilités, le CICR offre ses services, et l'aide des Sociétés nationales, aux Croix-Rouges des deux belligérants. Celle d'Ethiopie demande immédiatement des avions sanitaires, des ambulances mobiles avec personnel, des médicaments, du matériel pour les soins et de l'argent pour entretenir les hôpitaux; tandis que la Croix-Rouge italienne répond qu'elle dispose déjà des moyens de secours nécessaires. Du fait de la disproportion des moyens de chacune des parties et de la réponse négative de la Société nationale italienne, l'assistance internationale de la Croix-Rouge ne se développera donc que du côté de la Croix-Rouge éthiopienne.
 
Le CICR se charge plus spécifiquement de trois tâches: assistance aux formations sanitaires, organisation de la toute jeune Croix-Rouge éthiopienne, observation quant au respect des Conventions internationales. Du fait de la faiblesse de la Société nationale locale, à qui appartenait plutôt cette responsabilité, le Comité international joue aussi le rôle de centralisateur des secours envoyés par les Sociétés nationales de pays neutres, s'occupant notamment de la co ordination de l'action des ambulances étrangères et de leur protection. Deux délégués du CICR se rendent en Ethiopie: Sydney H. Brown et le Dr Marcel Junod.  

Transmission des plaintes

Rapidement, le CICR reçoit de nombreuses protestations, de part et d'autre, relatives à des violations alléguées des Conventions de Genève. Il les transmet aux Sociétés nationales des belligérants, ou, au besoin, à leurs gouvernements.

Du côté italien, les protestations concernent l'usage abusif de l'emblème de la croix rouge, l'emploi allégué d'armes interdites (balles explosives ou balles dum-dum), les mauvais traitements réservés aux prisonniers de guerre tombés en mains éthiopiennes. Malgré de nombreuses démarches et à l'exception de cinq militaires italiens visités, le CICR n'obtient finalement pas, ni d'un côté ni de l'autre, l'accès aux prisonniers, pas plus d'ailleurs que des informations à leur sujet. 

Les protestations du gouvernement éthiopien portent, elles, essentiellement sur les bombardements avérés de l'aviation italienne visant en particulier des ambulances ou des formations sanitaires protégées par l'emblème de la croix rouge; puis sur l'utilisation, constatée du reste par les délégués du CICR eux-mêmes, de gaz de combat par les forces italiennes, en violation avec le Protocole de Genève de 1925. Le CICR s'adressa alors à la Croix-Rouge italienne, mais cette dernière répondit, par la voix de son président, que le Protocole de 1925 ne contenait aucune disposition interdisant l'usage de l'arme chimique à titre de représailles contre les mauvais traitements dont étaient victimes les prisonniers italiens tombés en mains éthiopiennes. Le CICR rappela alors clairement à la Société nationale italienne que, d'un point de vue humanitaire, l'arme chimique devait être prohibée.

Egalement saisie de plusieurs protestations éthiopiennes, la Société des Nations demande au CICR, en avril 1936, de lui communiquer les informations en sa possession sur des infractions aux Conventions internationales sur la conduite de la guerre. Arguant de sa position de neutralité et d'impartialité, le CICR estime qu'il ne peut donner favorablement suite à cette requête. Il répond toutefois à la Société des Nations que les deux gouvernements engagés dans le conflit ont émis le souhait de confier au Comité international le soin de mener une enquête internationale sur les allégations de violations de la Convention sur les malades et les blessés, conformément à l'article 30 de ce traité. Les démarches entreprises à ce sujet par le CICR auprès des belligérants n'aboutiront toutefois pas, faute d'un accord commun sur les moyens à mettre en oeuvre pour la réalisation de cette enquête.

 


Photos

Route de Dessié. Camion chargé de personnel de la Croix-Rouge éthiopienne.  

Route de Dessié. Camion chargé de personnel de la Croix-Rouge éthiopienne.
© ICRC

Chirurgie pratiquée dans un hôpital de campagne en Erythrée.  

Chirurgie pratiquée dans un hôpital de campagne en Erythrée.
© ICRC / hist-03503-08

Hôpital. Salle de soins et convalescence des prisonniers de guerre éthiopiens blessés.  

Hôpital. Salle de soins et convalescence des prisonniers de guerre éthiopiens blessés.
© ICRC / hist-02491-07

Brûlures causées par des gaz de combat.  

Brûlures causées par des gaz de combat.
© ICRC / hist-03503-19