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Le CICR et la guerre d'Espagne (1936-1939)

08-02-2005

La mutinerie, en juillet 1936, des unités de l’armée en poste au Maroc espagnol est le prélude d’une guerre civile sanglante qui durera trois ans. Malgré l’absence d’une base légale en bonne et due forme, le CICR réussit à obtenir par la négociation l’accès aux prisonniers et organise l’assistance aux civils.

Après la première semaine des combats, les militaires, emmenés par Francisco Franco, contrôlent déjà une large partie du territoire pris aux autorités républicaines. De civile, la guerre prend rapidement une dimension internationale, avec, du côté des Républicains, l'envoi de brigades internationales de combattants, tandis que les insurgés reçoivent l'appui, en hommes et en matériel, de l'Allemagne et de l'Italie. Réintroduisant une méconnaissance dans la distinction entre combattants et non combattants, le conflit espagnol frappe largement les populations civiles, victimes de représailles et de bombardements, dont le plus mémorable fut celui de Guernica. Le conflit s'achève en mars 1939, après la capitulation du gouvernement républicain.

Activités du CICRAction en faveur des personnes détenues

Dès le début du mois d'août 1936, le CICR - qui s'était déjà inquiété précédemment des éventuels besoins en matériel de la Croix-Rouge espagnole - est officiellement requis d'intervenir par cette dernière. Il décide alors d'envoyer un délégué, le Dr Marcel Junod, auprès des deux parties. Les démarches du délégué aboutissent, au mois de septembre 1936, à la signature de deux accords: dans le premier, la Croix-Rouge espagnole accepte l'aide des Sociétés nationales soeurs par l'intermédiaire du CICR; déclare qu'elle s'efforcera de faire respecter l'emblème de la croix rouge et offre son appui au Comité international pour la création d'agences de renseignements sur les prisonniers civils et les prisonniers de guerre.
 
Par le second accord, le gouvernement de Madrid autorise le CICR à oeuvrer tant du côté des républicains que de celui des nationalistes. Le Dr Junod se rend ensuite à Burgos, quartier général de la Junte militaire, et obtient des garanties similaires. Le CICR installe alors des délégations dans l'ensemble du pays, dont le nombre et le siège évolueront en fonction du cours de la guerre. La délégation du CICR en Espagne fermera ses portes à la mi-septembre 1939.

Représenté en permanence auprès des deux parties au conflit, le CICR exerce son activité dans d'importants domaines, à commencer par celui de la distribution des secours en matériel médical et en vivres f inancés par les Sociétés de Croix-Rouge et les gouvernements étrangers ou par des particuliers. Cette aide matérielle sera distribuée sur la base d'une stricte répartition mathématique entre les belligérants.
 
Le CICR assure également la protection des formations sanitaires, notifiant continuellement aux belligérants les positions des installations sanitaires. En revanche, il ne peut empêcher l'incarcération des volontaires de la Croix-Rouge tombés en mains de la partie adverse, contrairement à l'article 12 de la Convention de Genève de 1929.

Action en faveur des populations civiles

Le Comité international de la Croix-Rouge s'efforce par ailleurs de protéger les prisonniers. Ses démarches se heurteront d'abord à des refus de part et d'autre. Cependant, sur la base des accords signés par les parties au conflit et prévoyant l'ouverture de bureaux de renseignements sur les prisonniers, le CICR obtient, dans un premier temps, l'aut orisation de mener des enquêtes individuelles dans des lieux de détention pour s'assurer de la présence et des conditions d'internement de détenus nommément désignés.
 
Par ce bais, puis grâce à de nouvelles démarches, il peut par la suite visiter l'ensemble des personnes détenues dans un lieu déterminé et répéter ces visites avec une certaine régularité des deux côtés. Grâce à cette pratique, dépendant néanmoins toujours du bon vouloir des autorités, 89.000 prisonniers auront été visités par le CICR au 31 décembre 1938. Ces visites de lieux de détention se poursuivront du côté républicain jusqu'à la fin de la guerre; la Junte militaire y mettra, elle, fin dès août 1938. Les délégués n'auront toutefois jamais accès à la totalité des lieux de détention, ni d'un côté, ni de l'autre.
 
Le CICR tente en outre d'organiser des échanges de captifs; mais les résultats obtenus ne sont pas à la hauteur des efforts déployés et seules quelques centaines de prisonniers civils ou militaires seront libérés par l'entremise du Comité international.

L'attention des délégués se porte aussi sur les populations civiles durement touchées par les opérations militaires. Différentes initiatives sont mises en oeuvre, visant d'abord à réunir des familles dispersées et séparées par la ligne de front ou réfugiées à l'étranger, ou à rechercher des personnes disparues. Plus de cinq millions de messages Croix-Rouge seront échangés par l'intermédiaire du CICR, et 30.000 dossiers d'enquête ouverts durant la guerre. 

Action en faveur des réfugiés espagnols 

Une importante action d'assistance alimentaire est également entreprise en faveur des populations civiles frappées, dès l'automne 1936, par la disette. Mais des difficultés financières de plus en plus aiguës, liées à un tarissement des donations des gouvernements et des Sociétés nationales, obligent le CICR à réduire progressivement, dès l'été 1937, le volume de ses envois de secours; ceux-ci se poursuivront toutefois jusqu'à la fin de la guerre. Au total, des secours pour près de 670.000 francs de l'époque auront été distribués durant le conflit.
 
Enfin, le Comité international s'emploie à protéger les civils des effets de la guerre, et plus particulièrement des bombardements, en procédant notamment à des évacuations. Le CICR demandera aussi aux parties au conflit de supprimer les opérations militaires aériennes contre la population civile de localités situées en arrière de la ligne de front. Cette dernière démarche restera cependant sans véritable effet.

 
Le CICR a également visité à plusieurs reprises des réfugiés espagnols, civils ou militaires, en France, leur remettant des vivres et des vêtements, d'entente avec la Croix-Rouge française. Les délégués du Comité international ont également pu rapatrier de France en Espagne quelques centaines de prisonniers de guerre. Par ailleurs, avec le plein accord des autorités françaises et avec leur aide, le CICR a organisé un service de nouvelles à l'usage des réfugiés analogue à celui qu'il avait créé en Espagne.

 


Photos

Madrid. Personnes faisant la queue devant la délégation du CICR pour avoir des nouvelles de leurs proches. 

Madrid. Personnes faisant la queue devant la délégation du CICR pour avoir des nouvelles de leurs proches.
© ICRC / hist-01850-16

Saint-Sébastien, délégation du CICR. Tri du courrier dans la salle de correspondance.  

Saint-Sébastien, délégation du CICR. Tri du courrier dans la salle de correspondance.
© ICRC / hist-01848-31

Prison de Salamanque. Distribution de secours par le Dr Marcel Junod, coordinateur des activités du CICR en Espagne. 

Prison de Salamanque. Distribution de secours par le Dr Marcel Junod, coordinateur des activités du CICR en Espagne.
© ICRC / hist-02224-18a

Déplacement de population sur la route de Andújar. 

Déplacement de population sur la route de Andújar.
© ICRC / hist-01850-35

Madrid, quartier d'Oquendo. Ambulance de la Croix-Rouge avant le départ d'une évacuation. 

Madrid, quartier d'Oquendo. Ambulance de la Croix-Rouge avant le départ d'une évacuation.
© ICRC / hist-01850-29