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Le CICR et le conflit gréco-turc (1919-1923)

08-02-2005

Suite au conflit, des centaines de milliers de personnes des deux pays deviennent des réfugiés. Les activités du CICR consistent à visiter des prisonniers, à porter assistance aux réfugiés et aux déplacés et à essayer de protéger les minorités menacées.

A la fin de la Première Guerre mondiale, la Turquie semble très affaiblie et la Grèce estime qu'elle pourra étendre sa souveraineté en Asie mineure. En mai 1919, un corps expéditionnaire grec débarque à Smyrne et commence la conquête de l'arrière-pays, pénétrant jusqu'au coeur de l'Anatolie; mais les Turcs résistent et reprennent l'avantage dès août 1922, reconquérant Smyrne le 9 septembre.

L'armistice est signé à Moudania (Anatolie), le 11 octobre 1922. Une conférence de toutes les puissances intéressées par le rétablissement de la paix au Proche-Orient se réunit à Lausanne en janvier 1923. Un accord gréco-turc est signé le 30 janvier qui prévoit le rapatriement de tous les internés civils de part et d'autre, sans égard au nombre, et de tous les prisonniers de guerre turcs et d'un nombre égal de prisonniers de guerre grecs. Le reste de prisonniers de guerre grecs seront rapatriés après la signature du traité de paix qui a lieu le 24 juillet 1923. Ces opérations de rapatriement s'effectueront sous les auspices d'une commission d'exécution.

Le conflit gréco-turc conflit provoquera de plus l'exode en Grèce de centaines de milliers de personnes d'origine grecque établies en Asie mineure, tandis que des milliers d'habitants d'origine turque fuiront la Thrace en direction de la Turquie.

Internés civils et prisonniers de guerre  

En janvier et février 1922, puis au début de 1923, des délégués du CICR visitent des prisonniers de guerre et des internés civils détenus de part et d'autre. En Grèce, le CICR se rend dans tous les camps de détention. La majorité des détenus sont des civils, essentiellement des femmes, des enfants et des vieillards. Les représentants de la Croix-Rouge grecque font régulièrement des visites dans ces lieux de détention et distribuent des secours aux captifs.

A l'issue de sa tournée de visites, le CICR demande notamment que les vieillards, les femmes et les personnes qui sont soutiens de famille soient rapatriés en tout premier lieu. Ces rapatriements débutent effectivement peu après la missio n du Comité international.

En Turquie, un délégué du CICR visite les prisonniers grecs qui, à l'inverse des détenus turcs internés en Grèce, sont pratiquement tous des militaires. Ces personnes n'ont plus aucun effet personnel et sont habillées par le Croissant-Rouge turc. A l'issue de sa visite, le délégué leur distribue des secours en nature et en espèce.

Action en faveur des réfugiés  

Avec l'appui de l'Union internationale de Secours aux Enfants, de la Croix-Rouge grecque et du Croissant-Rouge turc, le CICR entreprend une vaste action de secours en faveur des réfugiés. Avant même l'armistice, il envoie des délégués en Grèce et en Turquie pour évaluer le nombre des réfugiés et la nature de leurs besoins.

En Grèce, le délégué du CICR, arrivé sur place le 26 septembre 1922, est reçu par le couple royal. Il apprend que quelque 250 000 réfugiés d'origine grecque sont déjà arrivés dans ce pays et que l'on en attend des milliers d'autres. Dans certains endroits, ces personnes sont complètement démunies. Des comités grecs et étrangers se sont constitués pour secourir ces réfugiés.

D'autre part, des milliers de réfugiés musulmans fuient la Thrace occidentale et arrivent en Turquie. Le 25 septembre 1922, un délégué du CICR arrive à Constantinople où il entreprend des démarches pour faire parvenir des secours en Anatolie. Il se rendra ensuite sur place et organisera les distributions.

Cependant les réfugiés sont si nombreux (plus de deux millions au total) que les ressources à disposition du CICR sont insuffisantes. C'est pourquoi cette action de secours sera reprise par le Haut-Commissariat pour les Réfugiés avec le concours de la SDN.

Démarches en faveur des populations minoritaires  

Dès 1921, le CICR reçoit différentes plaintes concernant le traitement des populations turques de la Thrace. A la suite de ces plaintes, qui lui paraissent fondées, le CICR demande en juin 1921 à la Croix-Rouge et au gouvernement grecs de pouvoir envoyer une mission de secours sur place. Cette proposition est toutefois rejetée.

A la même époque, la Croix-Rouge grecque demande au CICR d'organiser une action de secours en faveur des populations ottomanes chrétiennes d'Anatolie qui, selon elle, sont victimes de mauvais traitements graves. Le CICR intercède auprès du gouvernement turc pour qu'un de ses délégués puisse distribuer des secours à ces population, mais il n'obtient pas cette autorisation.

Le rapatriement des internés civils et des prisonniers de guerre  

A la suite de l'armistice de Moudania, un accord est signé le 30 janvier entre la Grèce et la Turquie. Cet accord prévoit le rapatriement des prisonniers de guerre et des internés civils sous les auspices d'une Commission d'exécution comprenant trois représentants de Sociétés de la Croix-Rouge d'Etats restés neutres durant la Première Guerre mondiale, ainsi qu'un représentant grec et un représentant turc. Chargé de désigner les membres de la Commission, le CICR fera appel au Colonel Wildbolz et au Dr Page de la Croix-Rouge suisse, et au Dr Lindsjoë, de la Croix-Rouge suédoise.

Du 19 mars au 4 mai 1923, la Commission dirige le rapatriement de 4 601 civils turcs, de 320 civils grecs, de 9 748 soldats et de 293 officiers turcs et d'un nombre similaire de soldats et d'officiers grecs. Les quelque 5 000 prisonniers de guerre grecs restants - que le CICR visite de juin à juillet 1923 - seront rapatriés par la Commission après la signature du tra ité de paix. Au total, les rapatriements concerneront 33 183 prisonniers de guerre et internés civils.

Bien que constituée en dehors du CICR, la Commission a agi comme un organe du Comité international: elle a du reste fait appel à lui quand elle rencontra des difficultés pour mener à bien ses opérations et c'est au CICR qu'elle a rendu compte de l'exécution de son mandat.



 


Photos

Chirurgie pratiquée dans un poste de secours pour les réfugiés grecs d'Asie Mineure.  

Chirurgie pratiquée dans un poste de secours pour les réfugiés grecs d'Asie Mineure.
© ICRC

Un groupe de réfugiés embarqués à bord d’un navire sur la péninsule de Samanli-Dag avec l’aide du Croissant-Rouge turc.  

Un groupe de réfugiés embarqués à bord d’un bateau sur la péninsule de Samanli-Dag avec l’aide du Croissant-Rouge turc.
© ICRC / hist-02493-14a

Grèce, 1922. Distribution de secours. 

Grèce, 1922. Distribution de secours.
© ICRC / hist-00981-67.jpg