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Le CICR et la guerre du Chaco (1932-1935)

08-02-2005

Un différend frontalier pour la possession d’un lointain territoire entraîne la capture de milliers de prisonniers de guerre. Le CICR envoie des délégués pour les visiter, mais son assistance n’est pas requise pour l’acheminent du courrier des prisonniers de guerre.

Depuis le milieu du XIXe siècle, un différend frontalier oppose la Bolivie au Paraguay. L'enjeu en est un immense territoire, quasi désert et insalubre, connu sous le nom de Grand Chaco. La Bolivie et le Paraguay n'ont colonisé que les pourtours du Grand Chaco jouxtant leur propre territoire, mais chacun des deux pays en revendique la totalité.

Des accrochages aux postes frontières surviennent régulièrement. Les Paraguayens et les Boliviens ont construit une double ligne de fortins à travers tout le territoire du Chaco et, en juin 1932, la prise de l'un de ces fortins par une patrouille bolivienne provoque une escalade militaire qui aboutit à un conflit ouvert. La guerre va s'enliser et ce n'est que le 12 juin 1935 que les deux pays adoptent un protocole d'armistice. La conférence de Buenos Aires en 1936 mit un terme au conflit, attribuant au Paraguay la plus grande partie du territoire contesté.
 
En mars 1933, le CICR décide d'envoyer une mission en Bolivie et au Paraguay. Il désigne à cet effet, un citoyen suisse, Emmanuel Galland, qui exerce la fonction de secrétaire de la Fédération des Unions chrétiennes de jeunes gens à Buenos Aires, et un professeur de médecine uruguayen, le Dr Rodolfo Talice.  

Visites aux prisonniers de guerre   

Malgré le fait que ni la Bolivie ni le Paraguay ne sont parties à la Convention de Genève de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre , les deux délégués obtiennent des gouvernements bolivien et paraguayen l'autorisation de visiter les prisonniers de guerre internés dans chacun des pays.

Les délégués se rendent d'abord au Paraguay où ils sont reçus par le président de la République, le Dr Ayala, qui leur donne l'autorisation de visiter les camps où sont internés les prisonniers boliviens. Du 20 au 31 mai 1933, le CICR visite des hôpitaux militaires et vingt-quatre centres d'internement où se trouvent la quasi totalité des 1 200 prisonniers de guerre boliviens.

Arrivés en Bolivie le 1er juillet, les délégués du CICR rencontrent des représentants du gouvernement et de l'état-major de l'armée, ainsi que des collaborateurs de la Croix-Rouge bolivienne. Avec ces différents interlocuteurs, ils établissent l'itinéraire - long de quelque 6 000 kilomètres - qui les conduira dans les principaux lieux de détention des prisonniers paraguayens. En 22 jours, le CICR visite 137 détenus paraguayens.

A l'issue de leur mission, les délégués proposent aux deux gouvernements certaines améliorations des conditions de détention des prisonniers de guerre qui sont généralement réalisées. Ils proposent également le rapatriement des blessés ou des malades. Cette proposition est acceptée, et, le 23 juillet 1933, le gouvernement paraguayen organise le rapatriement de 26 prisonniers de guerre boliviens. Le 22 août, les autorités boliviennes rapatrient 14 malades ou blessés paraguayens.

Une agence de renseignements sur les prisonniers de guerre  

Après leur mission en Bolivie et au Paraguay, les délégués du CICR constatent qu'il n'est nécessaire d'ouvrir une agence de renseignements sur les prisonniers de guerre car le gouvernement uruguayen en a déjà créé une en 1932. Ce bureau se charge, en collaboration avec les Rotary Club d'Asuncíon et de La Paz, de l'acheminement du courrier des prisonniers de guerre détenus au Paraguay et en Bolivie.

Durant l'année 1934, le conflit s'intensifie et le nombre des prisonniers de guerre augmente. Le CICR décide alors d'envoyer une nouvelle mission sur place. Il désigne à cet effet un membre de son Comité, Lucien Cramer, et un délégué, Lucien Roulet, qui seront rejoint par le Dr Talice, puis par Emmanuel Galland.

Les délégués du CICR arrivent au Paraguay le 27 octobre 1934. Lucien Cramer est reçu par le président Ayala et par des représentants de plusieurs ministères, du Service de santé de l'armée et de la Croix-Rouge paraguayenne.

Nouvelle tournées de visites de prisonniers de guerre  

Durant leur mission, les délégués visitent les lieux où sont détenus quelque 18 000 prisonniers de guerre boliviens. Ces personnes sont réparties à travers tout le pays où elles sont employées à des travaux publics ou agricoles.

La mission se poursuit, fin novembre, en Bolivie où les CICR est aussi reçu par les autorités. Environ 2 500 prisonniers paraguayens sont détenus dans le pays et affectés à des travaux de génie civil sous la direction d'officiers boliviens.

De part et d'autre, le CICR fait part de ses observations aux autorités qui apportent de nombreuses améliorations aux conditions de détention alors que les délégués sont encore sur place.

Le CICR obtient en outre l'accord de principe des deux gouvernements pour le rapatriement des prisonniers malades et blessés. L'opération est réalisée en mai 1935, et 135 Boliviens et 22 Paraguayens rentrent dans leurs foyers. Après l'adoption du protocole d'armistice du 12 juin 1935, les belligérants procéderont au rapatriement général des prisonniers de guerre, sans que le CICR ait à intervenir.



 


Photos

Paraguay, Poste de secours en première ligne 

Paraguay, Poste de secours en première ligne
© ICRC / hist-03404-09

Villa Montes, Bolivie. Débarquement de 20 blessés du trimoteur  

Villa Montes, Bolivie. Débarquement de 20 blessés du trimoteur "Chorolque".
© ICRC / hist-03406-09

Blessés à bord d'un bateau sur la rivière Paraguay, en route vers les hôpitaux des villes.  

Blessés à bord d'un bateau sur la rivière Paraguay, en route vers les hôpitaux des villes.
© ICRC / hist-02986-27

 

Paraguay, Villarica. Troisième contingent sanitaire. 1934
© ICRC / A. Vaya / hist-e-00099

Puerto-Casado, Paraguay. Arrivée d'un train de prisonniers de guerre boliviens malades. 

Puerto-Casado, Paraguay. Arrivée d'un train de prisonniers de guerre boliviens malades.
© ICRC / hist-03405-22

Province de Inquisivi, Quime, Bolivie. Groupe de prisonniers de guerre paraguayens.  

Province de Inquisivi, Quime, Bolivie. Groupe de prisonniers de guerre paraguayens.
© ICRC / hist-03132-15