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Le CICR, 1939-45: aperçu des activités

06-04-1998

Les conflits des années 20 et 30 avaient montré de quelle façon la guerre évoluait – notamment les effets de la technologie moderne et les attaques délibérées contre la population civile. Rien, cependant, n’aurait pu préparer le CICR aux défis qu’il allait devoir relever entre 1939 et 1945.

I. Introduction générale

     

©ICRC/Réf. hist-322/13 
   
Allemagne. Munich, mai 1945. 
       
Durant la guerre de 1939-1945, seules les républiques latino-américaines et cinq pays neutres européens (l'Espagne, le Portugal, la Suède, la Suisse et la Turquie) sont épargnés. Pour la première fois, l'aviation permet de bombarder le territoire de l'ennemi sur des centaines de kilomètres carrés; pour la première fois aussi le nombre de victimes civiles est supérieur à celui des soldats. Dès 1939, le régime hitlérien donne au conflit le caractère d'une guerre raciale, mettant en place un régime dont le but est l'asservissement des peuples slaves et l'anéantissement des Juifs et des Tziganes.
 
Dans ce contexte, le droit international humanitaire règle le traitement des prisonniers de guerre (Convention de Genève du 27 juillet 1929), mais pas celui des populations civiles.
 
De ce fait, le CICR pourra développer une action de protection et d'assistance en faveur des prisonniers de guerre, alors que son action en faveur de certaines catégories de civils, en particulier des civils détenus dans les camps de concentration sera très limitée, voire inexistante (voir  Le CICR face à l'holocauste ).

Les délégués du CICR pendant la Seconde Guerre mondiale

     

©ICRC/Réf. hist-3207/13 
   
Allemagne. Leipzig, mars 1945. 

       

Dès le début des hostilités, en septembre 1939, le CICR envoie des délégués dans les principaux pays belligérants : Allemagne, France, Pologne et Royaume-Uni. Mais le développement fulgurant des opérations militaires empêche le délégué parti pour Varsovie d'entrer en Pologne. Tous les délégués ont essentiellement pour mission de visiter les camps de prisonniers de guerre.
 
A partir de l'été 1940, vu le développement des hostilités et la capture de millions de prisonniers de guerre, le CICR renforce ses délégations, notamment en Allemagne, où il aura finalement une trentaine de délégués - nombre tout à fait insuffisant, mais l'Allemagne refuse l'envoi de personnel supplémentaire.
 
Le CICR ouvre progressivement des délégations dans pratiquement tous les pays belligérants, à l'exception de l'URSS qui refuse de laisser entrer des délégués de l'institution sur son territoire.   
       

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1939-45. Transport par train de colis pour les prisonniers de guerre britanniques en Allemagne. 
         
En ce qui concerne le Japon et les pays qu'il occupe, le CICR obtient l'autorisation d'envoyer des délégués à Tokyo, Shanghai et Hong Kong ; en revanche, les autorités nippones refusent l'accréditation de délégués aux Philippines, aux Indes néerlandaises et à B ornéo (aujourd'hui l'Indonésie), à Singapour et en Thaïlande où, privés de statut officiel, les délégués suisses recrutés sur place par le CICR ne peuvent agir qu'à titre personnel, dans des conditions extrêmement précaires : sans liaison avec Genève, confrontés à toutes les formes de brimades et d'entraves, ils ne peuvent exercer que des actions très limitées, et cela, au prix des plus grands risques. A Bornéo, le docteur Mattheus Visher et son épouse, sont même accusés d'espionnage, parce qu'ils s'efforcent de faire parvenir des secours aux prisonniers de guerre. Après un simulacre de procès, ils sont condamnés à mort par un tribunal de la marine japonaise, et décapités.
 
A la fin de la guerre, le CICR est représenté par 179 délégués répartis dans 76 délégations permanentes et assistés par des centaines d'employés recrutés sur place. En outre, pour des négociations particulièrement délicates ou importantes, le CICR a envoyé, de septembre 1939 à juin 1947, 194 missions spéciales.
 
Les délégations - permanentes, temporaires ou de courte durée du CICR ont été ouvertes - dans toutes les régions du monde.
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©ICRC/Réf. hist-1467/6141 
   
1939-45. Le Caritas 1 à Philadelphie. 

       

Durant toute la guerre, malgré les énormes difficultés de transport, les délégués du CICR ont parcouru, en avion, en bateau, en chemin de fer ou en voiture, plus de 16 millions de kilomètres, soit plus de 400 fois le tour de la terre.
 
Au siège du CICR à Genève, l'effectif maximum, atteint au printemps 1945, était de 3 921 collaborateurs, dont près de la moitié de bénévoles.
 
Durant toute la guerre les activités du CICR se développent essentiellement en faveur de deux catégories de victimes : 

  • les prisonniers de guerre
  • les personnes civiles

Les prisonniers de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale

La rapidité foudroyante des grandes offensives militaires, entraîne la capture d'énormes masses de prisonniers de guerre : plus de 600 000 Polonais en septembre 1939 ; près de 2 millions d'hommes (Hollandais, Belges, Anglais et Français) durant la campagne de 1940, et près de 5 millions de Soviétiques, sur le front de l'Est, à partir de l'été 1941 ; enfin, en mai 1945, la totalité de l'armée allemande tombe aux mains des Alliés après la capitulation de l'Allemagne et, finalement, en septembre 1945, c'est toute l'armée japonaise qui se retrouve en captivité. 
       

©ICRC/Réf. hist-1712/8 
             
Allemagne, 1940. Entretien d'un délégué du CICR avec un prisonnier de guerre français (Stalag 17B). 

                   

Ces prisonniers de guerre sont disséminés dans le monde entier, les principaux camps constituant de véritables villes regroupant des dizaines de milliers de prisonniers.   La Convention de Genève du 27 juillet 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre conférait aux captifs un certain nombre de droits dont ils pouvaient se prévaloir auprès des autorités qui les détenaient. Cette Convention prévoyait en outre que le CICR avait le droit de s'enquérir du sort des prisonniers de guerre et de faire des propositions pour améliorer leurs conditions de détention.
 
Se fondant sur cette base conventionnelle, le CICR ouvre, dès septembre 1939, l'Agence centrale des prisonniers de guerre qui remplit trois fonctions:

  • centraliser tous les renseignements sur les prisonniers de guerre (annonce de capture, transfert, décès, etc.)
  • communiquer ces renseignements aux pays d'origine des prisonniers de guerre
  • maintenir la communication entre les prisonniers et leur famille (transmission de messages familiaux)

Pour obtenir le maximum de renseignements sur les prisonniers de guerre, le CICR dispose notamment des listes que lui adressent les belligérants qui ont capturé ces prisonniers, mais il complète ces informations par des enquêtes menées dans les camps par ses délégués.

Dès le début des hostilités, les délégués du CICR visitent les prisonniers de guerre ; les premières visites ont lieu du 23 au 26 septembre 1939 : un délégué du CICR se rend dans trois camps de prisonniers de guerre polonais en Allemagne.

Durant tout le conflit les délégués du CICR visitent systématiquement les camps de prisonniers de guerre ; ils s'efforcent ainsi notamment de contrôler le sort qui leur est réservé et d'améliorer leurs conditions de détention.     

©ICRC/Réf. hist-3187/23a 
             
USA, 1942-45. Entrevue de prisonniers de guerre allemands avec Alfred Cardinaux, délégué du CICR. 

                     

Les délégués constatent bientôt que les puissances de l'Axe ne sont pas en mesure d'assurer l'entretien des millions de prisonniers alliés tombés entre leurs mains. Or, la pénurie qui sévit sur le marché européen ne permet pas de trouver les denrées nécessaires à leur ravitaillement. Le CICR entreprend donc des négociations pour obtenir à cet effet l'autorisation de se procurer des marchandises hors d'Europe.

Le 29 août 1940, le gouvernement britannique consent à l'envoi de secours collectifs aux prisonniers de guerre, à condition que l'utilisation de ces secours soit soumise à un contrôle rigoureux pour garantir qu'ils ne profitent pas à l'effort de guerre des puissances de l'Axe ; chaque envoi de secours devra faire l'objet d'une autorisation particulière et nécessitera de nouvelles négociations de la part du CICR.

Vu le démantèlement de tous les réseaux de transport, le CICR doit mettre sur pied un énorme dispositif logistique pour acheminer les secours : affréter des navires de haute mer sous son emblème ; constituer de vastes entrepôts à chaque étape, notamment Lisbonne, Marseille, Göteborg, Lübeck, Genève, etc. De Suisse, les secours sont envoyés en Allemagne par wagons plombés. Suite à la destruction du réseau ferroviaire allemand, ils partent par colonnes de camions. Une comptabilité rigoureuse des quittances signées par les hommes de confiance des prisonniers de guerre, ainsi que des contrôles effectués par les délégués du CICR au cours de leurs visites, permettent de s'assurer que les secours ne sont pas détournés.

Grâce aux secours que lui envoient les pays d'origine des prisonniers de guerre, en fonction de leurs moyens, le CICR parvint à fournir chaque mois quatre colis standard de cinq kilos à chaque prisonnier américain ou britannique, et un ou deux colis mensuels aux prisonniers d'autres nationalités. Ces envois ont représenté un mouvement d'environ 2 000 wagons par mois soit un total de 430 000 tonnes de secours, ou encore 90 millions de colis individuels.

Ces envois ont transformé les conditions d'existence de millions de prisonniers de guerre.

Durant la guerre, le CICR négocie également le rapatriement des prisonniers de guerre invalides ; il parvient ainsi à obtenir le rapatriement de 35 000 personnes, dont la moitié sont des invalides de guerre et les autres des membres du personnel sanitaire, ainsi que des civils.

Le CICR visite également les prisonniers de guerre allemands au mains des Alliés sauf en URSS.

 

Les échecs   du CICR  

L'URSS n'était pas partie à la Convention de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Au début du conflit, le 27 septembre 1939, le CICR décide donc d'entreprendre des négociations avec ce pays et lui propose d'envoyer un délégué à Moscou, mais l'URSS refuse. Le CICR répète son offre le 26 octobre 1939, sans résultat. Il intervient ensuite auprès des ambassadeurs d'URSS à Paris, à Berlin et à Stockholm, en vain.

Le 22 juin 1941, les armées allemandes envahissent l'Union soviétique. Le CICR demande aux belligérants d'appliquer les principes de la Convention relative au traitement des prisonniers de guerre ; ils déclarent accepter mais, à l'exception d'une liste de 300 prisonniers de guerre soviétiques aux mains de l'Allemagne envoyée au CICR en août 1941, le CICR ne reçoit aucune liste d'autres captifs soviétiques ni de prisonniers de guerre allemands en URSS.

Cependant le CICR entend des récits de plus en plus inquiétants sur le sort des prisonniers soviétiques en Allemagne ils manquent de l'essentiel et meurent en masse. Les Alliés n'acceptent d'envoyer de secours à ces prisonniers qu'à condition que les distributions fassent l'objet d'un contrôle. Cependant, l'Allemagne interdit toute visite des délégués à ces prisonniers aussi longtemps que le CICR n'a pas accès aux prisonniers de guerre allemands en URSS. La situation est donc bloquée. Durant toute la guerre, le CICR poursuivra en vain ses démarches pour que l'URSS accepte de recevoir l'un des ses délégués. Ainsi, à aucun moment de la Second e Guerre mondiale le CICR ne sera autorisé à visiter les prisonniers de guerre allemands en URSS, pas plus que les prisonniers de guerre soviétiques en Allemagne.

En Extrême-Orient, après l'attaque de Pearl Harbour le 7 décembre 1941, l'armée japonaise parvient à conquérir près de la moitié de l'Asie, et elle capture des dizaines de milliers de prisonniers de guerre. Mais le Japon n'est pas partie à la Convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre. Le CICR demande pourtant aux belligérants d'appliquer les principes de la Convention. Toutefois, malgré une déclaration d'intention positive du gouvernement japonais, les autorités nipponnes dresseront des obstacles souvent insurmontables devant les tentatives d'action du CICR. Les listes de prisonniers qu'elles transmettent au CICR sont incomplètes et parviennent avec plusieurs mois de retard ; l'accès à une grande partie des camps de prisonniers est interdit aux délégués ; la durée des visites autorisées est limitée, et les délégués du CICR n'ont pas le droit de s'entretenir librement avec les détenus ; enfin le CICR n'est pas autorisé à envoyer des secours en quantité suffisante aux prisonniers.

Ainsi, dans le conflit d'Extrême-Orient, le CICR n'aura pu atteindre que des résultats fragmentaires et dérisoires en regard des besoins des prisonniers et des efforts déployés par ses délégués pour leur apporter protection et assistance. (voir chapitre III sur l'action du CICR en Extrême-Orient )

L'action du CICR en faveur des populations civiles pendant la Seconde Guerre mondiale

     

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Grande-Bretagne. Londres, 8 septembre 1940. Evacuation de civils d'un quartier bombardé. 
                     

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les populations civiles sont autant, sinon plus, touchées que les membres des forces armées sur terre, sur mer ou dans les airs. Contrairement à la situation des prisonniers de guerre, le CICR ne dispose pas de base juridique spécifique pour agir en faveur des civils.

La protection des civils au pouvoir de l'ennemi  

Dès l'ouverture des hostilités, les belligérants font interner la plupart des civils ennemis se trouvant sur leurs territoires respectifs ; le CICR obtient alors que ces étrangers qui sont internés en raison de leur seule nationalité soient traités conformément aux dispositions relatives au traitement des prisonniers de guerre. Quelque 170 000 personnes bénéficient ainsi de cette protection ; il s'agit, par exemple, de Français en Allemagne ou, plus tard, de Japonais aux Etats-Unis. Ces internés civils étant assimilés à des prisonniers de guerre, le CICR mène en leur faveur la même activité de protection et d'assistance que celle dont bénéficient les prisonniers de guerre.

En Allemagne et dans les pays occupés par elle s'instaure un régime fondé sur les arrestations arbitraires, les déportations, les prises d'otages et les exécutions sommaires. Le CICR est pratiquement impuissant face à ces persécutions ; il ne parvient à envoyer des délégués ni en Pologne (à l'exception de deux brèves missions), ni en URSS et, par conséquent, ne parvient pas à réaliser une action en faveur des populations polonaise ni de la population d'URSS.

     
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Grande-Bretagne,1941. Au lendemain du bombardement de la banque d'Angleterre et du Royal Exchange. 
                     

La protection des populations civiles contre les bombardements  

Dès l'ouverture des hostilités, avec le bombardement de Varsovie, la guerre aérienne entraîne la destruction de villes entières et la mort ou la mutilation d'innombrables civils.

Face à cette situation, alors que les bombes allemandes détruisent Varsovie et le reste de la Pologne, le CICR soumet, le 9 septembre 1939, aux gouvernements des Etats belligérants, un mémorandum préconisant la conclusion d'accords ad hoc visant à l'établissement de zones de sécurité où pourraient se réfugier les civils ne prenant aucune part aux combats. Mais cette démarche ne rencontre a ucun écho.

Après Varsovie viendront les bombardements de Rotterdam, Londres et Coventry, puis Cologne, Hambourg, Dresde, Berlin, Tokyo pour ne citer que les plus dévastateurs.

Le 12 mars 1940, le CICR lance un appel par lequel il recommande aux belligérants de conclure des accords bilatéraux qui interdiraient notamment toute attaque dirigée contre la population civile en tant que telle, en particulier des bombardements d'intimidation.

Le CICR renouvelle cet appel le 13 mai 1940, soit trois jours après le déclenchement de l'offensive allemande contre les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. Cet appel n'a aucun effet et les bombardements de villes continuent. Le 24 juillet et le 30 décembre 1943, le CICR lance de nouveaux appels contre des bombardements massifs qui ne recueillent aucun écho. En août 1945, deux bombes atomiques sont lancées sur Hiroshima et Nagasaki. En quelques secondes, plus de 100 000 personnes sont irradiées, blessées ou tuées. Le délégué du CICR, arrivé à Hiroshima le 29 août 1945, ne peut que constater l'horreur. Il informe son collègue à Tokyo qui alerte l'état-major du général Mac-Arthur. Ce dernier fournit 15 tonnes de matériel médical au CICR et, le 8 septembre, le délégué se rend à Hiroshima où il distribue les secours dans les hôpitaux. Parallèlement, le CICR lance, le 5 septembre 1945, un appel dans lequel il attire l'attention des Etats sur les dangers irréversibles des armes de destruction massive.
 
       
©ICRC/Réf. hist-1330/32a 
             
Allemagne, 1939-45. Dresden en ruine. 

                      

La protection de la population civile contre la famine  

La population civile est également victime de la famine. Pour la secourir, le CICR et la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge (aujourd'hui Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) décident de créer un organisme conjoint : "La Commission mixte de secours de la Croix-Rouge internationale", qui fait parvenir des secours, notamment en Belgique, en France et aux Pays-Bas.

De son côté, le CICR met sur pied une action devant assurer :

C'est en Grèce, de 1941 à 1945, que le CICR mène son action de secours la plus importante. Ces actions en Europe permettent au CICR de sauver des centaines de milliers de civils. Mais la situation des pays d'Extrême-Orient, notamment de la Chine, est tout autant, sinon plus, dramatique. Toutefois, le CICR ne dispose d'aucuns moyens d'entreprendre une action d'envergure pour ces populations et ses délégués ne peuvent réaliser que des actions très limitées (voir chapitre III sur l'Extrême-Orient ).

DD/RECH. Réf. LG 1998-029-FRE