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Le CICR confronté à la violence au Pakistan et en Inde, après l'indépendance

13-05-2005

Comment le CICR a essayé de protéger et d'assister les victimes des affrontements violents qui ont eu lieu après l'indépendance de l'Inde et la création du Pakistan, en août 1947 : ses efforts pour aider les victimes civiles, son action en tant qu'intermédiaire neutre et ses visites aux prisonniers.

Des millions de personnes désespérées sont jetées sur les routes dans le chaos et la violence qui marquent la période de l'après-indépendance – des musulmans traversant la frontière entre le Pendjab indien et le Pendjab pakistanais, des sikhs et des hindous allant dans le sens inverse, tous fuyant les massacres.

Les troubles se propagent jusqu'au territoire voisin du Jammu-et-Cachemire, où le prince souverain a ajourné une décision sur la question d'adhérer à l'Inde ou au Pakistan. Quoi qu'il en soit, il doit faire appel à Delhi pour des renforts militaires lorsque les combattants d'Azad Cachemire (Cachemire libre), soutenus par des guerriers pathans du Pakistan, menacent la capitale, Srinagar. Le prix à payer sera l'allégeance à l'Inde.

En janvier 1948, l'affaire est portée devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui établit une commission pour agir comme médiateur entre l'Inde et le Pakistan.

Les combats se poursuivent tout au long de l'année 1948, provoquant le déplacement de quelque deux millions de personnes – environ la moitié de la population de l'État du Cachemire. Beaucoup d'entre elles meurent dans des conditions atroces, alors qu'elles tentent de franchir les cols enneigés pour se cacher. Comme au Pendjab, des colonnes de réfugiés se croisent, en quête de sécurité.

  Un cessez-le-feu  

La commission spéciale des Nations Unies propose un cessez-le-feu et un armistice. Le cessez-le-feu devient effectif en janvier 1949 ; s'ensuit l'établissement d'une ligne de démarcation qui, de fait, coupe le territoire en deux.

Peu après le début des heurts, le CICR avait décidé d'envoyer un délégué dans la région, le docteur Otto Wenger, pour évaluer les besoins des victimes. Sa mission était de travailler avec les Sociétés nationales de l'Inde et du Pakistan afin de mener une étude globale sur les besoins des réfugiés dans les deux pays et de recueillir des informations en vue d'un appel de fonds.

Cependant, la situation particulière qui prévaut dans l'État du Jammu-et-Cachemire – où un intermédiaire neutre est nécessaire pour aider à résoudre les problèmes spécifiquement humanitaires – requiert plus d'attention que prévu.

En deux mois (à la fin février 1948), le docteur Wenger prend des dispositions pour que des secours médicaux soient envoyés à un camp abritant 1 600 non-musulmans déplacés en Azad Cachemire ; il obtient l'accord du Pakistan pour faciliter l'évacuation d'environ 5 000 non-musulmans vers l'Inde et celui des autorités de l'Azad Cachemire pour permettre à ces personnes de partir.

  Appel au respect pour les Conventions de Genève  

Il incite également les différentes parties concernées à respecter les Conventions de Genève. Des bureaux de renseignements sont créés, des listes de prisonniers dressées, des visites effectuées auprès de ces prisonniers, des courriers échangés et des colis de secours envoyés.

En janvier 1949, le docteur Wenger est remplacé par deux autres délégués du CICR, le docteur Roland Marti et Nicolas Burkhardt. La situation désespérée dans laquelle se trouvent les prisonniers sera leur priorité, et ils effectueront plusieurs visites dans des lieu x de détention de part et d'autre de la frontière. À la fin du mois d'août 1949, des visites ont été effectuées dans les principaux lieux d'internement : dix en Inde et six au Pakistan, qui ont permis de voir des centaines de prisonniers.

 


Le délégué à cheval 

    Nicolas Burckhardt a dû entreprendre un voyage d'une dizaine de jours à cheval pour rejoindre une région où il voulait se rendre compte de la situation. « […] Une heure après le commencement de la pluie, des rochers et des avalanches de sable commencent à descendre et emportent les parties les plus exposées du chemin. [...] Même des tourbillons de vent suffisent dans certains passages particulièrement dangereux pour déclencher la chute de rochers. On peut chercher une protection derrière les grands rochers de temps à autre, entre lesquels il faut passer au grand galop. En selle, ceci peut être assez amusant comme on est assez mobile, mais les mulets qui portent vos bagages sont plus exposés à ce danger avec leurs énormes charges. »
 
     

 

Autre préoccupation pour les délégués, le rapatriement des prisonniers de guerre gravement blessés ou malades, conformément aux dispositions de la Convention de Genève de 1929. Grâce à leurs démarches auprès des belligérants, une quarantaine de personnes sont renvoyées chez elles. De même, certains civils détenus dans des camps de prisonniers de guerre sont libérés.

La situation d es civils, elle aussi, est inquiétante – les deux parties s'accusent de retenir des groupes de femmes et d'enfants, ou de faire preuve de passivité dans les recherches. En janvier 1949, les délégués supervisent le retour de 140 femmes et enfants du Pakistan vers l'Inde, tandis que 256 femmes et enfants, et 167 autres réfugiés sont transférés du Jammu au Pakistan.

L'équipe du CICR visite un certain nombre de camps de transit afin de dresser une liste des personnes qui s'y trouvent et d'enjoindre les autorités concernées à accélérer leur rapatriement.

Fin octobre 1948, le CICR et la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge avaient lancé un appel conjoint à l'ensemble des Sociétés nationales pour aider les réfugiés au Pakistan et en Inde, et notamment au Cachemire. Leur situation se détériorait, surtout dans les régions montagneuses où il était difficile de leur faire parvenir des secours – dans un endroit accessible uniquement par un col enneigé, les articles de secours devaient être acheminés à dos de mulet.

Un délégué décrit la situation en ces termes : « Nous avons vu un grand nombre de réfugiés en cours de route, se rendant dans la vallée pour chercher des rations [… ] . Nous avons pu nous rendre compte de l'état de sous-alimentation lamentable de ces personnes. [… ] Des œdèmes de faim sont fréquents chez les enfants… »

  Demande d'assistance  

Le CICR est alors le seul à avoir une vue d'ensemble des problèmes rencontrés par les réfugiés du Cachemire, et pour essayer de sensibiliser la communauté internationale à l'ampleur de leurs besoins – qu'il ne peut satisfaire à lui seul –, il publie un rapport au milieu de l'année 1949. L'étude établit qu'environ un million de personnes vivent encore dans des camps ou chez des proches. Les centaines de milliers de p ersonnes qui sont revenues font face à de grandes difficultés, car elles n'ont retrouvé que ruines et champs dévastés.

Mais aucune autre opération de secours internationale ne sera jamais lancée ; le CICR envoie des secours médicaux à destination des camps de réfugiés, par le biais des Croix-Rouges de l'Inde et du Pakistan (à noter que la Société nationale du Pakistan adoptera l'emblème du croissant rouge en 1974).

En octobre 1949, le CICR – confronté alors à de graves problèmes financiers et estimant que son rôle spécifique d'intermédiaire neutre n'est plus nécessaire – ferme sa délégation dans le sous-continent indien.
 
Pour en savoir plus sur les activités du CICR en Inde et au Pakistan durant la période de l'après-indépendance, lire l'article de Catherine Rey-Schyrr paru dans la Revue internationale de la Croix-Rouge