Le CICR depuis 1945 : la crise de Suez de 1956
27-05-2005
Comment le CICR a agi en se fondant sur les Conventions de Genève nouvellement révisées pour essayer de protéger et d'assister les prisonniers de guerre, les blessés et les malades, ainsi que les civils.
Dans un contexte de tensions de plus en plus fortes entre l'Égypte et l'Occident, l'Égypte nationalise le canal de Suez en juillet 1956.
Le 29 octobre, les forces israéliennes lancent une attaque sur les positions égyptiennes et pénètrent dans la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï. Le jour suivant, Paris et Londres menacent d'occuper la zone du canal. Des troupes françaises et britanniques atterriront à l'embouchure nord du canal, le 5 novembre.
Le 2 novembre, l'Assemblée générale des Nations Unies adopte une résolution appelant à un cessez-le-feu et, le jour même où les forces terrestres franco-britanniques entrent en action, elle vote la création d'une force d'urgence chargée de superviser la cessation des hostilités. Deux jours plus tard, le 7 novembre, les belligérants s'accordent sur les modalités d'un cessez-le-feu, qui prévoient que les troupes franco-britanniques seront remplacées par la force d'urgence des Nations Unies. Le 24 décembre, la relève s'achève, même si des forces israéliennes demeurent dans la bande de Gaza et sur le golfe d'Akaba jusqu'en mars 1957.
Le CICR offre ses services
Bien que n'ayant pas ratifié les Conventions de Genève de 1949, le Royaume-Uni s'engage auprès du CICR à les respecter. Le 2 novembre, le CICR adresse un appel aux quatre pays impliqués dans les hostilités, leur recommandant de prendre toutes les mesures propres à assurer la pleine application du droit, et se déclare prêt à assumer les tâches qui lui sont dévolues par les Conventions, telles que les visites aux prisonni ers de guerre et aux internés civils.
Le CICR prend également des dispositions pour qu'un message radiophonique soit diffusé en différentes langues sur les ondes égyptiennes. Il demande à toutes les personnes concernées de faire en sorte que les blessés et les malades soient soignés sans distinction aucune ; il demande aussi que les structures et transports sanitaires ne soient pas la cible d'attaques et que les prisonniers et les civils soient traités avec humanité.
Le 11 novembre, le CICR envoie au Caire un avion chargé de secours médicaux. Une partie de ces secours est donnée à la Société du Croissant-Rouge égyptien, tandis que le reste est envoyé à Port-Saïd, sous contrôle des troupes franco-britanniques. Après négociations avec les forces d'occupation, le convoi arrive à destination le 16 novembre – plusieurs autres envois de ce type auront lieu par la suite.
(La question de l'assistance à la population civile reste une préoccupation du CICR même après la fin du conflit. En février 1957, une opération conjointe entre le CICR, le Croissant-Rouge égyptien et la Ligue (devenue la Fédération internationale) est mise sur pied pour fournir une assistance à quelque 15 000 civils vivant à Port-Saïd, dont la maison a été détruite durant l'attaque par les forces françaises et britanniques.)
Visites aux prisonniers
Lors de sa mission à Port-Saïd et à Port-Fouad, un délégué du CICR visite des prisonniers de guerre égyptiens et fait le nécessaire pour qu'ils puissent écrire aux leurs. Ces messages permettent de rassurer les familles des soldats, dont beaucoup ont assiégé le bureau du CICR au Caire pour demander des nouvelles de leurs proches.
Entre-temps, en Israël, un autre délégué du CICR visite plus de 5 000 prisonniers de guerre égyptiens ; il voit égalemen t des civils égyptiens internés dans la bande de Gaza et organise des distributions de secours aux personnes dans le besoin, à El Arish et Rafah.
Début décembre, deux opérations sont menées pour rapatrier d'Israël des prisonniers égyptiens gravement blessés. Au total, 48 personnes bénéficient de cette mesure. De telles opérations sont également conduites en faveur de grands blessés égyptiens incarcérés à Port-Saïd.
À la mi-décembre, le CICR obtient enfin la confirmation que quatre prisonniers de guerre israéliens (un officier et trois soldats) sont retenus par les Égyptiens. Dans un premier temps, un délégué du CICR est autorisé à visiter l'officier, qui est détenu séparément ; par la suite, il s'entretient également avec les soldats. Les quatre captifs sont relâchés en janvier 1957.
En décembre, le CICR facilite la libération de prisonniers détenus par les Français et les Britanniques. Plus tard, il contribue à la mise en place d'une vaste opération de libération et de rapatriement des prisonniers égyptiens retenus par Israël, laquelle commence le 21 janvier 1957 : 500 prisonniers sont remis à des officiers de la force d'urgence des Nations Unies. D'autres libérations suivront jusqu'à la fin de l'opération, le 5 février.
Secours en faveur des juifs résidant en Égypte
Dès le début du conflit, les autorités égyptiennes accusent des milliers de juifs résidant en Égypte de complicité avec Israël et ordonnent des mesures de répression à leur encontre. Le 27 novembre, le CICR exhorte le gouvernement égyptien à lever la menace d'expulsion qu'il a brandie à l'adresse des juifs apatrides et demande qu'un délai soit accordé, le temps de prendre des mesures, afin d'assurer le respect des dispositions de la IVe Convention de Genève.
Le CICR affrète donc 14 navires entre janvier et septembre 1957, pour transporter plus de 7 000 personnes à destination de la Grèce ou de l'Italie, première étape avant leur pays d'accueil définitif.
Pour en savoir plus sur l'action du CICR durant la crise de Suez Plus d'informations sur les activités du CICR aujourd'hui en Égypte et en Israël, dans les territoires occupés et les territoires autonomes-
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