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Croatie : des terrains de jeu sans danger dans des zones à risque

30-09-2005 Éclairage de Marcin Monko, délégation régionale du CICR à Budapest

En Croatie, les mines sont un héritage meurtrier du conflit armé qui s’y est déroulé, un rappel brutal du passé violent de ce pays. Depuis 1996, la Croix-Rouge croate, avec le soutien du CICR, alerte la population des dangers que représentent les mines et autres restes explosifs de guerre.

     

    ©CICR / hr-e-00002      
   
    Les mines antipersonnel continuent à faire obstacle à la reconstruction et à la relance économique de la Croatie. 
           
    La République de Croatie a adhéré à la Convention d’Ottawa sur les mines antipersonnel en mars 1999. Elle a achevé la destruction de ses stocks de mines antipersonnel en octobre 2002.
    Les mines antipersonnel continuent à avoir des répercussions sur la reconstruction et la relance économique de l’après-conflit en Croatie. Le plus souvent, les victimes sont tuées ou blessées alors qu’elles travaillent aux champs, qu’elles ramassent du bois de feu ou qu’elles s’occupent de leurs troupeaux. Dans les groupes à haut risque, on trouve les personnes rentrant dans leur foyer, les paysans, les pêcheurs et les enfants. Il est difficile de déterminer avec exactitude le nombre des victimes des mines en Croatie, mais la plupart des sources font état d’au moins 500 personnes tuées ou blessées depuis la fin du conflit armé en 1995.
    Selon le centre croate d’action contre les mines, entre 1998 et 2005, 214 millions d’euros ont été consacrés à des programmes de lutte contre les mines et 181 km2 ont été déminés. Les fonds nécessaires jusqu’en 2009 s’élèvent à 442 millions d’euros. La Croatie s’est fixée comme objectif d’être un pays sans mines d’ici 2010. La Croix-Rouge croate est la principale organisation impliquée dans l’éducation aux dangers des mines dans le pays.
    En décembre 2005, la Croatie va accueillir la sixième réunion des États parties à la Convention d’Ottawa. Le CICR y participera en tant qu’observateur.      
         

« Nous marchions dans la forêt lorsque c’est arrivé. Rien de bien particulier n’avait attiré notre attention. »

Slavko Liovic, 25 ans, de la petite ville de Hrvace dans le sud de la Croatie, a perdu la jambe droite en avril de cette année, dans l’explosion d’une mine terrestre. Son ami y a laissé la vie. « J’étais chauffeur, avant » explique M. Liovic. « Maintenant, je reste à la maison, j’attends une prothèse. »

Selon Ante Omrcen, responsable de la section locale de la Croix-Rouge dans la ville de Sinj, dix ans après la fin du conflit, les mines sont toujours un des problèmes majeurs de la région.

« De nombreuses maisons ont été abandonnées et bien des personnes parties pendant le conflit ne sont pas encore rentrées, notamment parce que le pays est infesté de mines. Personne ne veut voir ses enfants jouer dans des lieux aussi dangereux. »

Jusqu’à présent, 10 000 habitants de la région ont participé aux activités de prévention contre les dangers des mines organisées par la section de M. Omrcen.

Le centre croate d’action contre les mines, un organe gouvernemental, évalue à 250 000 le nombre de mines encore enfouies dans le sol. On estime qu’une zone de près de 1 200 km2 avec une population de 1,1 million d’habitants est polluée par les mines et autres restes explosifs de guerre.

La petite ville de Hrvace, située près de Sinj, à environ 30 km au nord de Split, a été durement touchée par le conflit au début des années 90. La ligne de front coupait la ville en deux et des mines terrestres étaient fréquemment utilisées dans une zone de plus de 13,5 km2. Depuis la fin du conflit, l’explosion de mines a coûté la vie à 17 personnes et en a blessé 16 autres.

La Croix-Rouge croate a récemment ouvert un nouveau terrain de jeu sans danger à Hrvace, qui fera la joie des 70 enfants fréquentant l’école maternelle.

« Le programme « terrains de jeu sans mines » a pour but d’empêcher les mines de tuer et de blesser dans les zones polluées par ces engins, en offrant des lieux sécurisés où les enfants peuvent jouer et les familles passer leur temps libre », raconte le docteur Vijorka Roseg, responsable du programme de prévention contre les dangers des mines au siège de la Croix-Rouge croate à Zagreb.

Le nouveau site de Hrvace est le 38e terrain de jeu sans danger que la Croix-Rouge croate a construit depuis 2001, en général avec l’aide des autorités locales, de partenaires commerciaux et du CICR. L’institution envisage d’en aménager trois autres d’ici la fin de l’année.

« Le déminage est une tâche de longue haleine », déclare Ante Prolic, médecin et volontaire de la Croix-Rouge locale. « Tant qu’il n’est pas terminé, chacun doit apprendre à vivre avec ce risque. »