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Le CICR, 1939-45 : face à l'Holocauste

24-01-2014

Le 27 janvier marque l'anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz en 1945. Pour le CICR, cette date est synonyme d'un échec, celui de n'avoir pas pu apporter protection et assistance à des millions de victimes exterminées dans les camps de la mort. Le CICR a exprimé ses regrets publics quant à son impuissance et les erreurs commises face à la tragédie du génocide et des persécutions nazis.

Sous le régime hitlérien, les Juifs sont dépossédés de tous leurs droits et de leurs biens, parqués dans des ghettos surpeuplés, obligés de porter une étoile jaune, objets d'innombrables humiliations, de brutalités, de déportations et de massacres. Durant la guerre, les rafles se multiplient et les Juifs sont systématiquement déportés dans des camps de concentration et d'extermination, complètement coupés du monde extérieur.

En décembre 1939, le président du CICR, intervient auprès de la Croix-Rouge allemande pour obtenir que des délégués du CICR puissent visiter les Juifs de Vienne déportés en Pologne. Il se heurte à un refus, car les autorités allemandes ne veulent en aucun cas entrer en matière sur le sort des Juifs.

Dès lors, le CICR choisit comme stratégie de ne plus aborder directement la question des Juifs; il ne le fait que par le biais d'interventions de portée générale relatives aux victimes d'arrestations en masse ou de déportations; il ne mentionne alors aucune définition de nature religieuse ou raciale, même s'il est clair que les personnes concernées sont, pour la plupart, des Juifs.

Le 29 avril 1942, la Croix-Rouge allemande informe le CICR qu'elle ne communique pas de renseignements sur des détenus "non aryens", et elle lui demande de s'abstenir de poser des questions à leur sujet.

Cependant, des informations sur les persécutions dont sont victimes les Juifs filtrent hors d'Allemagne et des pays qu'elle occupe; elles parviennent aux gouvernements alliés et aussi - pour certaines d'entre elles - au CICR.

En été 1942, le CICR s'interroge sur l'opportunité de lancer un appel général sur les violations du droit international humanitaire il prépare un projet en ce sens mais finalement il décide de ne pas l'envoyer, car il juge qu'il n'obtiendrait pas les résultats souhaités. Il poursuit donc les démarches bilatérales.

En été 1943, le CICR obtient du ministère allemand des Affaires étrangères l'autorisation d'envoyer des colis de vivres aux internés des camps de concentration dont il connaît le lieu d'internement; il dispose de telles informations pour cinquante déportés; il envoie à chacun un colis de vivres et plus des accusés de réception, contresignés par les destinataires lui parviennent au cours de l'été. Par la suite, le CICR parvient à connaître le lieu d'internement d'autres déportés et il développe ses envois de colis; au 1er mars 1945, le CICR dispose de renseignements sur quelque 56 000 déportés, à la fin des hostilités sur 105 000. Dès l'été 1944, le CICR complète son action de colis individuels par des envois collectifs. Au total, jusqu'en mai 1945, il envoie plus de 1 122 000 colis dans les camps de concentration. Mais cette action ne permet pas d'atteindre les déportés soumis au régime le plus rigoureux, et elle n'offre aux captifs aucune protection contre les sévices et les massacres. Le CICR poursuit donc ses démarches auprès des autorités allemandes, afin de pouvoir visiter les camps de concentration. Ces démarches se heurtent à un refus catégorique.

En octobre 1943, le CICR envoie en Hongrie un délégué, Jean de Bavier auquel succède, le 17 mai 1944, Friedrich Born. Ils assistent impuissants à la vague de déportations à Auschwitz de la quasi-totalité des Juifs résidant en province, organisée par la SS du 15 mai au 7 juillet 1944.

A partir de juillet 1944, Friedrich Born obtient du gouvernement hongrois l'autorisation de délivrer aux Juifs de Budapest des attestations selon lesquelles ils sont au bénéfice de certificats d'immigration délivrés par des pays d'Amérique latine. Ces attestations ne permettent pas aux Juifs de Budapest de quitter la Hongrie - encerclée par des territoires contrôlés par le Reich -, mais elles leur offrent une certaine protection.

Friedrich Born organise en outre une soixantaine de homes d'enfants où sont hébergés entre 7 000 à 8 000 enfants juifs, donc beaucoup d'orphelins. Il prend sous sa protection tous les hôpitaux, asiles et cuisines populaires de la communauté juive de Budapest. Il engage pour cela quelque 3 000 volontaires, Juifs pour la plupart, auxquels il délivre des pièces de légitimation.

Ces mesures sont généralement respectées jusqu'au renversement du régent Horthy, le 15 octobre 1944, par les <<Croix-Fléchées>> qui déportent en quelques jours plus de 50 000 Juifs de la capitale, vers la frontière allemande.

Friedrich Born, qui ne peut empêcher cette déportation, distribue quelques secours aux déportés démunis de tout. Il empêche le départ des derniers convois comprenant environ 7 500 personnes.

A Bucarest, deux délégués du CICR, Charles Kolb et Vladimir de Steiger, s'efforcent notamment de faire aboutir différentes propositions en vue de l'émigration de Juifs vers la Turquie et, de là, vers la Palestine ou vers des pays d'Amérique latine. Avec l'appui d'organisations juives ces délégués échafaudent d'innombrables projets et démarches qui n'aboutissent à aucun résultat, vu l'impossibilité d'obtenir les autorisations nécessaires. Néanmoins, les délégués du CICR parviennent à sauver des Juifs de la déportation.

Le 23 juin 1944, un délégué du CICR ,le docteur Maurice Rossel, se rend à Theresienstadt où sa visite a été préparée par une mise en scène soigneusement organisée. Il parcourt le ghetto sous la conduite d'officiers SS, sans avoir la possibilité de s'entretenir avec les juifs du ghetto ni de pénétrer dans la forteresse. Deux représentants du gouvernement danois participent également à la visite.

Le 27 septembre 1944, le docteur Rossel se rend à Auschwitz. Il s'y entretient avec le commandant du camp, mais il n'est pas autorisé à pénétrer à l'intérieur.

Dans les derniers jours de la guerre, des délégués du CICR peuvent entrer pour la première fois dans les camps de Türckheim, Dachau et Mautthausen. Ils parviennent à empêcher des exécutions de dernière heure, et ils négocient la reddition des camps lors de l'arrivée des forces alliées. Le délégué du CICR à Mautthausen, Louis Haefliger, fait annuler l'ordre qui avait été donné de faire exploser l'usine souterraine d'aviation de Gusen - qui dépendait du camp - avec les quelques 40 000 détenus qui s'y trouvaient.

Les délégués du CICR ne parviennent pas à empêcher l'évacuation des camps d'Oranienburg et de Ravensbrück, qui s'effectue dans des conditions effroyables. Les délégués ne peuvent qu'essayer de ravitailler les déportés le long des routes.

A l'exception de l'action de Friedrich Born en Hongrie et de quelques cas sporadiques ailleurs, l'action du CICR en faveur des juifs et des autres groupes de civils persécutés durant la Seconde Guerre mondiale constitue un échec. En participant, en 1995, à la cérémonie commémorant la libération du camp d'Auschwitz, le président du CICR, Cornelio Sommaruga, a voulu montrer que le CICR est conscient de la gravité de l'Holocauste et de la nécessité d'en préserver la mémoire, afin d'éviter sa répétition. Il a rendu hommage à toutes les victimes et il a regretté publiquement les erreurs et les manquements passés de la Croix-Rouge à l'égard des victimes des camps de concentration.