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Le CICR depuis 1945 : l’insurrection hongroise

27-05-2005

Aperçu des activités déployées dans le cadre de l’opération d’urgence lancée par le CICR – dans les domaines des secours, de la détention et du rétablissement des liens familiaux –pour venir en aide aux victimes de la violence qui embrase la capitale hongroise, Budapest, à la fin du mois d’octobre 1956.

Les manifestations qui éclatent à Budapest le 23 octobre 1956 sont réprimées dans la violence par les autorités qui, le lendemain, déclarent l’état d’urgence. La radio d’État, annonce que les fauteurs de trouble sont passibles de la peine de mort et que le gouvernement a demandé l’aide des troupes soviétiques stationnées en Hongrie.

 
   
    ©ICRC/ref. hist-01993 (all rights reserved)      
   
Un convoi passe en Hongrie depuis l'Autriche      
        À l’annonce de cette nouvelle, la protestation politique se mue en provocation ouverte, tandis que des membres des forces armées hongroises rejoignent les rangs des insurgés ; et alors que les combats s’intensifient et s’étendent à l’extérieur de la capitale, les rebelles prennent le contrôle des villes de province.

Le 27 octobre, le CICR à Genève reçoit un appel urgent de la Croix-Rouge hongroise, qui lui demande du sang, du matériel de transfusion et des pansements. Des secours de première urgence sont rassemblés et convoyés, l’après-midi du 28, par un avion affrété par le CICR, à bord duquel voyagent également deux délégués de l’institution, Herbert Beckh et René Bovey.

De Budapest, l’avion repart pour Vienne, afin d’y chercher les secours qui commencent à affluer vers la capitale autrichienne. Il effectuera ainsi plusieurs vols entre les deux villes au cours des deux prochains jours.

  Le bastion des insurgés  

Après avoir pris contact avec la Croix-Rouge hongroise, à laquelle ils remettent leur cargaison de secours, les deux délégués décident que Bovey restera dans la capitale, tandis que Beckh se rendra à Györ, une ville située à une centaine de km à l’ouest de Budapest, devenue bastion des insurgés.

Le 31 octobre, avant que Beckh puisse atteindre Györ, les troupes soviétiques ferment tous les aéroports de Hongrie. Pressentant une vraisemblable détérioration de la situation, le CICR diffuse un appel – sur la longueur d’ondes qui lui appartient en propre –, dans lequel il demande à toutes les parties de veiller à ce que ceux qui ne participent pas aux combats soient épargnés, que les prisonniers soient traités avec humanité et jugés régulièrement et avec équité, et que les blessés et les malades soient soignés sans discrimination.

Lorsque Beckh rencontre les chefs des insu rgés à Györ, il parvient à les persuader d’ordonner à leurs troupes de traiter les prisonniers conformément aux Conventions de Genève. C’est ainsi que la vie de quelque 300 prisonniers peut être sauvée. Le lendemain, cependant, Beckh apprend que des détenus aux mains des insurgés à Budapest ont été exécutés. De retour à Györ, les chefs des insurgés l’invitent à diffuser lui-même son appel en faveur d’un comportement humanitaire, sur leurs propres ondes, la « radio de la libération ».

  Les visites aux prisonniers  

     

Beckh peut ensuite visiter 29 prisonniers détenus par les insurgés dans la ville de Sopron, à la frontière austro-hongroise. Le CICR ne pourra par contre jamais visiter les personnes arrêtées par les autorités hongroises ou les troupes soviétiques.

 
   
Appel du CICR diffusé sur les ondes au début du mois de novembre : 
   
    … Le Comité international de la Croix-Rouge apprend que des combats se déroulent encore à Budapest et que de nombreux blessés n’ont pu être relevés et secourus. Il adresse un urgent appel aux chefs responsables et combattants afin qu’ils ordonnent d’un commun accord une trêve permettant la relève et l’évacuation des blessés…      
     
Tandis que les combats se poursuivent, le CICR fait diffuser un nouvel appel par plusieurs émetteurs européens (voir encadré). Il entreprend également d’organiser, en coordination avec la Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge (aujourd'hui, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) et la Croix-Rouge autrichienne, une opération de secours par voie terrestre, à partir de Vienne. Parallèlement, des mesures doivent être prises face à l’afflux, en Autriche, de réfugiés ayant fui la violence qui sévit en Hongrie.

Le 4 novembre, après que les troupes soviétiques eurent pris le contrôle des points névralgiques de Budapest, toutes les communications vers la Hongrie ou à partir de ce pays sont coupées. Les deux délégués que le CICR a envoyés en renfort pour soutenir l’opération se retrouvent bloqués à leur tour ; ils ne parviennent à entrer en contact avec les autorités militaires soviétiques que le 9 novembre. Ils obtiennent alors la garantie que les convois de la Croix-Rouge pourront entrer en Hongrie.

Ceci est d’autant plus important que la Croix-Rouge est seule à mener des activités sur place : le 4 novembre, en effet, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d'urgence pour débattre de la situation en Hongrie, mais le veto soviétique va paralyser toute tentative de l’Organisation d'intervenir dans la crise hongroise. L'Assemblée générale ayant en outre condamné le rôle joué par l’Union soviétique, le CICR est le seul organisme étranger autorisé à agir sur sol hongrois.

  L’acheminement de secours  

Un premier convoi de 65 véhicules, transportant des secours et comprenant une unité médicale, quitte Vienne le 9 novembre. Après une journée d’attente à la frontière, il arrive le 12 à Budapest. D’autres convois du même genre vont suivre à une fréquence régulière. Des secours seront en outre acheminés par chemin de fer et par péniches sur le Danube .

Le 4 décembre, le CICR conclut un accord avec les Nations Unies, aux termes duquel le CICR assume la responsabilité de distribuer en Hongrie les secours que les Nations Unies destinent à la population hongroise.

La situation de quelque 200 000 ressortissants hongrois venus chercher refuge en Autriche constitue une autre source de préoccupation pour l’institution. Si leurs besoins sur le plan matériel sont pris en charge dans une large mesure, nombre d’entre eux vivent dans l’angoisse d’avoir été séparés des leurs. Pour les aider à reprendre contact, le CICR entreprend de diffuser sur les ondes les noms des personnes souhaitant recevoir des nouvelles de leurs proches.

Une fois la crise passée et l’insurrection réprimée, les autorités hongroises demandent au CICR d’élaborer un plan qui permette de réunir les membres de familles dispersées. Des propositions sont faites dans ce sens en avril 1957. Elles sont toutefois jugées inacceptables par le gouvernement, qui n’admet pas que ses propres ressortissants quittent le pays pour aller rejoindre les membres de leur famille installés à l’étranger.

En octobre 1957, le CICR ferme sa délégation en Hongrie, la situation qui prévaut dans le pays ne nécessitant désormais plus une action d’urgence. Au total, il est parvenu à acheminer des secours – vivres, vêtements, médicaments et matériel hospitalier – pour une valeur de plus de 80 millions de francs suisses.
 
  Pour plus de détails concernant les activités du CICR en Hongrie en 1956-1957, lire l’article de Françoise Perret (dans la Revue internationale de la Croix-Rouge).     Voir également la rubrique sur les activités actuelles du CICR en Hongrie et en Europe centrale.