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Gestion des dépouilles mortelles après une catastrophe : lignes directrices à l’usage des premiers intervenants

11-04-2006 Communiqué de presse 06/30

Genève (CICR) – En cas de catastrophe, une gestion digne et adéquate des dépouilles mortelles est essentielle pour permettre aux familles d’élucider le sort de leurs proches et de pleurer leurs morts.

Afin d’assister les personnes chargées de manipuler des corps dans ces situations d’urgence, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé aujourd’hui la publication d’un manuel contenant des directives de base visant à garantir qu’aucune information ne soit perdue et que les morts soient traités avec respect.

Pour la première fois, un manuel de terrain fournit des instructions point par point sur la façon de retrouver et d’identifier des personnes tuées lors de catastrophes tout en accordant l’attention voulue aux besoins et aux droits des survivants. Il est issu d’un effort conjoint du CICR, de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS), de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

L’ouvrage Management of Dead Bodies after Disasters: A Field Manual for First Responders     est destiné à ceux qui arrivent les premiers sur les lieux d’une catastrophe lorsqu’aucun expert n’est présent ; il vise à éviter les enterrements dans des fosses communes et les incinérations collectives, qui empêchent d’identifier correctement les victimes.

« Dans de nombreux endroits du monde, lorsqu’une catastrophe survient, ceux qui arrivent les premiers sur les lieux pour collecter et gérer les dépouilles mortelles ont souvent besoin de directives simples et pratiques, afin que leurs actions permettent aux familles de connaître le sort de leurs proches disparus et de pleurer leurs morts, » déclare le docteur Morris Tidball-Binz, coordonnateur médicolégal du CICR et coéditeur de l’ouvrage. « Par ailleurs, si les lignes directrices présentées dans ce manuel sont suivies, le travail d’identification des morts sera facilité pour les experts en médecine légale. »

Le manuel dissipe également une idée fausse très répandue, à savoir que les dépouilles mortelles représenteraient une sérieuse menace sanitaire après une catastrophe.

« Après la plupart des catastrophes naturelles, on craint que les dépouilles mortelles ne provoquent des épidémies, » dit Oliver Morgan, un des trois coéditeurs de l’ouvrage, chercheur honoraire attaché à la London School of Hygiene and Tropical Medicine . « C ette croyance est erronée : la plupart des organismes infectieux ne survivent pas plus de 48 heures dans un corps et ce sont plutôt les survivants   qui risquent de propager des maladies. Mais les autorités subissent souvent des pressions politiques qui les poussent à prendre des mesures inutiles comme les enterrements collectifs précipités. »  

Ces pratiques peuvent accroître les souffrances morales des familles des victimes et entraîner des difficultés à long terme, notamment dans le domaine juridique, en empêchant l’identification adéquate des corps.

« La façon dont les victimes sont traitées affecte profondément et durablement la santé mentale des survivants et des communautés, » explique Mirta Roses, directrice de l’OPS, dans la préface du livre. « Par ailleurs, l’identification correcte des morts a une portée juridique en matière d’héritage et d’assurances, qui peut avoir des répercussions pour les familles et les proches pendant de nombreuses années après la catastrophe. »  

Lorsqu’ aucun expert n’est présent, la gestion des morts revient généralement à des organisations locales et à des membres de la communauté, surtout durant la phase d’urgence de l’intervention après la catastrophe. Afin de les assister dans leur travail, le manuel contient des recommandations simples et pratiques sur la façon d’accomplir les tâches essentielles.

Il fournit des informations et des instructions pratiques sur les risques que représentent les dépouilles mortelles pour la santé, la façon de collecter et d’entreposer les dépouilles, les méthodes d’identification, l’entreposage à long terme et l’enlèvement des corps, l’information du public et le rôle des médias, ainsi que sur le soutien aux familles des morts et à leurs proches. Voici quelques uns des points essentiels développés dans le manuel :

o Quelles que soient leur religion et leur culture, les personnes ont un désir irrésistible de connaître le sort des êtres qui leurs sont chers, ainsi que d’identifier et de pleurer leurs morts. La gestion soigneuse et éthique des dépouilles est donc un élément essentiel des interventions en cas de catastrophe.

o Les dépouilles mortelles représentent un danger négligeable pour l’hygiène publique, puisque la plupart des victimes meurent de blessures, de noyade ou dans des incendies. Les intervenants qui manipulent les corps devraient porter des gants et avoir une bonne hygiène élémentaire. Il n’est pas nécessaire de porter des masques pour se protéger des infections, mais cela peut aider les travailleurs à se sentir plus à l’aise. Les corps ne représentent pratiquement aucun risque d’épidémie.

o Concernant l’identification des victimes, le plus tôt est le mieux. Le succès des experts en médecine légale, une fois arrivés, dépendra énormément du travail accompli en premier lieu par les non spécialistes. Les premiers intervenants devraient recueillir des informations de base sur les morts et les photographier avant d’entreposer les corps en vue de leur future identification médicolégale. Les formes d’identification les plus simples sont l’identification visuelle des corps ou la prise de photographies des personnes venant de décéder.

o Les corps devraient être entreposés à basse température, soit dans des conteneurs réfrigérés, soit dans des tombes temporaires prévues à cet effet. Dans les climats chauds, après 12 à 48 heures, la décomposition sera trop avancée pour permettre une reconnaissance visuelle du visage.

o Des informations précises, actualisées et disponibles en temps utile contribuent à réduire le stress infligé aux survivants, à couper court aux rumeurs et à éviter la propagation d’idées fausses. Les médias constituent un outil de communication très important et devraient participer de manière active à l’information du public.

Le livre contient également des annexes pratiques, dont un formulaire pour l’identification des dépouilles mortelles, un formulaire pour les personnes portées disparues, et un tableau de numéros séquentiels permettant d’attribuer une référence unique à chaque corps.

 
 

  Informations complémentaires :  

  Ian Piper, CICR Genève, tél. +41 22 730 25 90 ou +41 79 251 93 18  

  Le texte peut être téléchargé depuis le site du CICR sur   http://www.icrc.org/web/fre/sitefre0.nsf/html/p0880  

  (disponible dès maintenant en anglais, et bientôt en espagnol)