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Les femmes et la guerre : la réponse du CICR

02-03-2007

Le CIRC a pour mission de protéger la vie et la dignité des victimes de conflits armés et de situations de violence interne, de porter assistance aux personnes qui souffrent des conséquences de la guerre et d'agir en tant que gardien et promoteur du droit international humanitaire. Reconnaissant que les conflits ont un impact différent sur les hommes, les femmes, les enfants et les personnes âgées, et profondément préoccupé par la nature et l'ampleur des violations commises à l'encontre des femmes au cours des récents conflits, le CICR s'est engagé en 1999 à évaluer les besoins des femmes et des filles, et à promouvoir le respect qui leur est dû, en mettant notamment l'accent sur la prévention des violences sexuelles.

 

L'approche du CICR 
 

Pour mettre en œuvre cet engagement, le CICR a réalisé une étude détaillée afin de mieux comprendre les besoins spécifiques des femmes victimes des conflits armés et en quoi ils différaient de ceux des hommes. L'étude a également permis de voir dans quelle mesure le droit international répondait à ces besoins et d'évaluer le travail du CICR dans ce domaine. Elle portait sur des questions telles que la sécurité physique, la violence sexuelle, le déplacement, l'accès aux soins de santé et à l'hygiène, à la nourriture, à l'eau et à un abri, et la problématique des disparus et des conséquences de leur disparition pour les proches qui leur survivent.

Les conclusions et recommandations formulées dans cette étude figurent dans la publication intitulée Les femmes face à la guerreRépondre aux besoins des femmes affectées par les conflits armés – Un guide pratique du CICR , sur laquelle se fonde l’institution pour prendre en compte les besoins et les perspectives des femmes dans l'ensemble de ses activités et de ses programmes. S'appuyant sur cette étude, le CICR a rédigé un guide ( ) qui donne des informations pratiques sur la manière de travailler plus efficacement avec et pour les femmes.

Dans ce domaine, le CICR a pour objectif premier de prendre en considération dans toutes ses activités les besoins spécifiques des femmes, ainsi que l eurs problèmes et leurs perspectives, et de lancer des programmes spéciaux en leur faveur lorsque ceux-ci sont nécessaires pour répondre de manière adéquate à leurs besoins sur les plans social, psychosocial, économique et en termes de protection. L'approche multidisciplinaire de l'institution vise à prendre ces besoins en charge à tous les niveaux, et ce de manière aussi efficace que possible.

Le CICR s'efforce également de sensibiliser les gouvernements, les représentants des milieux diplomatiques, politiques, militaires et universitaires, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales à la situation des femmes victimes des conflits armés et des situations de violence interne – ainsi qu'au droit international, qui prévoit leur protection.

 
Activités du CICR 
 

Les actions menées par le CICR en faveur des femmes reflètent la structure de l’institution et les programmes qu'elle met en œuvre sur le terrain.

 
Prévention et protection 
 

  Formation au droit international humanitaire – Le principe essentiel du droit international humanitaire est qu'il faut faire preuve de modération dans l'usage de la force, en veillant à ce qu'il soit toujours proportionné aux objectifs militaires à atteindre. Le CICR s'emploie donc à faire connaître les différents principes humanitaires afin de prévenir, ou du moins de limiter les excès dans la conduite de la guerre. Il essaie en particulier de toucher les personnes qui peuvent décider du destin des populations touchées par un conflit armé ou qui peuvent empêcher ou faciliter l'action du CICR. Ces groupes comprennent les forces armées, la police et d'aut res porteurs d'armes, ainsi que les décideurs et autres figures influentes aux niveaux local et international. La promotion du droit vise à prévenir les violations. Les délégués du CICR organisent fréquemment des sessions de formation à l'intention des membres des forces armées et des groupes d’opposition armée à travers le monde. Ils mettent en évidence les besoins des femmes et le fait que la violence sexuelle constitue une violation grave du droit humanitaire et un acte criminel.

  Campagnes de prévention contre les mauvais traitements infligés aux femmes – Ces campagnes de prévention, qui portent notamment sur la violence sexuelle, utilisent des images et un langage culturellement appropriés, et sont adaptées à un public particulier. Le CICR s'efforce également de trouver d'autres canaux de communication pour sensibiliser plus largement l'opinion publique à la nécessité de prévenir la violence sexuelle et de remédier à ce problème.

  Conditions de détention – Dans le cadre de son mandat, le CICR visite des personnes privées de liberté en rapport avec un conflit armé. Une partie du travail des délégués consiste à déterminer si les conditions de détention des femmes sont conformes au droit international humanitaire. Par exemple, les délégués veillent à ce que les besoins spécifiques des femmes détenues avec leurs enfants soient satisfaits, à ce que les femmes soient détenues dans des locaux distincts de ceux des hommes et à ce qu’elles soient surveillées par du personnel féminin. La réinsertion sociale après un emprisonnement peut être particulièrement difficile pour les femmes. Le CICR leur offre donc des cours d'alphabétisation et d'autres formations afin de faciliter leur retour dans la société.

  Protection – Le CICR forme ses délégués à recueillir des données ventilées par sexe, selon une approche sensible à l'équité entre hommes et femmes. Pour le travail de collecte d'informations sur les cas de violation, il encourage la constitution d'équipes comprenant à la fois des hommes et des femmes, et la participation de femmes des communautés locales. Il s'attache également à suivre et à documenter les cas de violence sexuelle, en garantissant aux victimes la confidentialité. En outre, lorsque c'est nécessaire, et dans la mesure où cela ne met pas les victimes en danger, le CICR entreprend des démarches auprès des autorités ou des groupes armés concernés.

  Personnes disparues – Les disparitions de personnes demeurent l'une des conséquences les plus tragiques des conflits armés et autres situations de violence sur une grande échelle. La plupart du temps, ce sont les femmes qui restent et qui doivent faire face. À l'angoisse de ne pas savoir ce qu'il est advenu de leurs proches, de ne pas pouvoir faire le deuil d'une personne très vraisemblablement décédée, s'ajoutent souvent pour elles les difficultés économiques liées à la perte du soutien de famille. Les femmes dont les maris ont disparu connaissent un peu les mêmes problèmes que les veuves, à la différence que leur statut n'est pas officiellement reconnu. Elles ne sont donc pas considérées comme épouses ni comme veuves, et ne bénéficient pas de l'aide juridique à laquelle les veuves ont droit, ce qui menace leurs droits à la propriété et à l'héritage, ainsi que leur droit de garde, et compromet leurs perspectives de remariage.

En fonction des besoins et des contraintes locales, le CICR peut mener toute une gamme d'activités pour atténuer les souffrances des familles. Lorsque c'est possible, il travaille en étroite collaboration avec les autorités compétentes et les organisations concernées pour accélérer les recherches. Il cont ribue à la collecte de données ante mortem (dossier dentaire, etc.) et au processus médicolégal, et prend en charge les frais de transport des familles de personnes disparues qui se rendent sur les lieux d'exhumation. Il met à jour et affiche sur son site Internet les listes des personnes portées disparues. Il organise des réunions avec les associations de familles pour faire en sorte que les intérêts des familles soient représentés dans les différentes instances et fournit un soutien financier et technique à ces associations. Il contribue à offrir un soutien psychologique aux proches des personnes disparues, principalement aux femmes et aux enfants, et s'emploie à ce qu'ils bénéficient de programmes d'éducation et de formation professionnelle. Il encourage également les gouvernements à adopter des mesures (bureaux d'information par exemple) visant trois objectifs : établir un registre public des décès, aider les personnes séparées de proches à les retrouver et à être réunies avec eux, et faciliter les procédures juridiques entreprises par les familles de personnes disparues.

  Violence sexuelle – Il est essentiel d'apporter une réponse globale aux besoins – en matière de protection, de soins médicaux et de soutien psychosocial – des femmes qui ont subi des actes de violence sexuelle. La violence sexuelle est l'un des traumatismes les plus fréquents dont les femmes sont victimes en temps de guerre, et l'un des défis les plus complexes que les organisations humanitaires doivent relever, en raison des tabous et de la honte qui y sont associés. L'approche multidisciplinaire du CICR comprend des stratégies de prévention, de sensibilisation et de protection visant à remédier aux causes et aux conséquences de la violence sexuelle, tout en fournissant aux victimes un soutien médical et psychosocial dès que possible.

 
Assistance 
 

  Sécurité économique – Le CICR s’attache à élaborer des programmes qui aident les femmes à recouvrer leur autonomie et leur dignité. Il est souvent amené à travailler en coopération avec des associations de femmes désireuses de participer à des programmes économiques. Il aide fréquemment des femmes qui se sont retrouvées seules après un conflit armé à reprendre leur activité économique traditionnelle, à reconstruire leur maison ou à accroître leurs capacités génératrices de revenus au moyen d'autres programmes : agriculture, élevage, projets à base communautaire.

  Réduction de l'exposition aux risques – Le CICR prend des mesures visant à réduire l'exposition des femmes aux risques d'agression qu'elles courent lorsqu'elles vont ramasser du bois à brûler. Il s'agit notamment de leur fournir une aide alimentaire et des fourneaux consommant peu de combustible, ainsi que des moyens techniques permettant de réduire les temps de cuisson. Le CICR remet également en état des puits et autres points d'eau afin de réduire les risques auxquels sont exposés les femmes et les enfants (qui sont, dans beaucoup de cultures, chargés de la corvée de l'eau) lorsqu'ils vont chercher de l'eau en dehors du village ou du camp. Avant d'entreprendre ces travaux de réparation, le CICR consulte la communauté, notamment les femmes, afin d'adapter les points d'eau à leurs besoins.

  Soins de santé maternelle et infantile – Dans plusieurs pays, le CICR soutient – dans le cadre d'une stratégie globale des soins de santé – les structures médicales qui permettent aux femmes de recevoir des soins curatifs, prénatals et postnatals, ainsi que des soins obstétriques d'urgence. Une part importante de son activité consiste à mettre sur pied des campagnes de vaccination ciblant les enfants et les femmes enceintes, à distribuer aux femmes enceintes des assortiments de fournitures pour un accouchement sans danger, et à sensibiliser les communautés aux pratiques à adopter pour une maternité sans risques et aux avantages de l’allaitement maternel. Dispenser une formation en obstétrique aux sages-femmes traditionnelles est un moyen essentiel d'améliorer la santé maternelle et infantile. Là où les structures médicales font défaut, ces sages-femmes apportent une aide importante aux femmes.

  Réhabilitation – Dans certains pays, il arrive que des femmes blessées par des explosions de mines terrestres ne puissent pas recevoir de soins en raison de contraintes culturelles qui restreignent leur liberté de circulation, ou simplement faute de ressources. Le CICR veille à ce que les femmes aient le même accès que les hommes aux programmes de réhabilitation physique. Il s'efforce de faciliter le transport des blessés vers les centres de réhabilitation ou de prendre en charge les frais de transport, et de fournir aux patients une formation professionnelle adaptée à leurs capacités physiques.

On a toujours considéré que la guerre était l'affaire des hommes, ce qui ne reflète pas la réalité. On reconnaît maintenant que la population civile féminine est de plus en plus exposée aux risques liés aux conflits armés, parfois même directement visée. Pourtant, les besoins des femmes sont souvent négligés. Pour mener une action efficace, le CICR doit prendre en considération la perception que les femmes elles-mêmes ont de leurs besoins. Il doit agir de concert avec elles.