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Yémen: aider les femmes détenues et réfugiées

06-03-2006 Éclairage

Le CICR, en partenariat avec le Croissant-Rouge du Yémen, propose des formations professionnelles aux femmes détenues, améliorant ainsi leurs chances de réinsertion au moment de leur libération. De plus, les femmes réfugiées peuvent échanger des messages avec les proches dont elles sont séparées.

 

© CICR / Jon Bjorgvinsson / ye-e-00075  
   
Une détenue prend part au cours de couture proposé par le Croissant-Rouge du Yémen et soutenu par le CICR. 
        Au Yémen, les femmes détenues sont souvent bannies de la société, rejetées par leur famille. Peu d'entre elles reçoivent de visites et elles vivent avec leurs jeunes enfants derrière les barreaux.

Dans la prison centrale de Hodeida, les femmes détenues retrouvent un peu de " liberté " le temps d'une classe de couture ou de langue arabe dispensée par les volontaires du Croissant-Rouge yéménite. Améliorer le quotidien de ces femmes et leur donner de nouveaux outils de réinsertion en vue de leur libération est un pari que soutient le CICR.

Aisha, une Somalienne incarcérée depuis cinq mois, a accouché il y a peu. Son fils Khalil lové dans ses bras, elle dit espérer un jour faire usage de ses nouveaux talents. " Je profite de ce programme car une fois sortie de prison je veux être couturière " .

  Recommencer de zéro  

Pour Aisha et Juma, le seul contact avec le monde extérieur est leur professeure de couture, une volontaire du Croissant-Rouge yéménite qu'elles appellent tante Aish. Pour cette dernière, son activité est bien plus qu'un travail : " Lorsqu'elles découvrent quelque chose de nouveau et qu'elles y trouvent de l'intérêt, je suis heureuse. À leur sortie de prison, elles peuvent pratiquer la couture et recommencer leur vie dans de meilleures conditions. "

Paradoxalement, les détenues mettent à profit le temps passé en prison pour elles-mêmes, ce qu'elles n'auraient jamais pu envisager à l'extérieur, faute de temps et de moyens. Juma a cinq enfants et elle doit purger une peine de trois ans.

Quand on lui demande pourquoi elle n'a pas appris la couture avant son incarcération, Juma répond simplement : " Parce que j'ai cinq enfants en bas âge que j'éduquais seule. Comme j'étais tout le temps à la maison, je ne pouvais pas sortir pour aller à l'école ou apprendre la couture ou faire quoi que ce soit qui m'aurait aidée. "

Dans les salles de cours de la prison, on dispense des cours de langue arabe, de mathématiques, de santé et de nutrition, d'études coraniques. Au quotidien, c'est du temps gagné sur l'ennui et les disputes entre camarades de cellule se font plus rares. 

À ce jour, une soixantaine de femmes ont bénéficié des cours depuis leur démarrage à Hodeida voilà cinq ans. Dans la prison centrale Al Mansoura d'Aden, les classes de tissage ont commencé en janvier 2005. Mais à la sortie de prison, le retour à la vie normale est semé d'embûches. Certaines femmes ne peuvent s upporter l'idée de retourner auprès de leur famille et dans leur communauté.

  Recevoir des nouvelles de proches dispersés  

Reeyo est une Somalienne de 33 ans. Son mari et son fils sont morts pendant la guerre civile. Le conflit et l'instabilité de son pays l'ont contrainte à trouver refuge au Yémen.

Elle s'y sent en sécurité mais sa santé reste fragile. Depuis cinq ans, elle survit en faisant du porte-à-porte pour vendre de petits objets. La faiblesse de ses revenus ne lui permet pas de rester en contact avec ses proches, dispersés dans plusieurs pays.

Elle a donc demandé l'aide du CICR à Sanaa. Le système de messages familiaux du CICR lui permet de communiquer avec sa sœur qui se trouve dans un camp de réfugiés au Kenya. Elle a pu ainsi lui donner des nouvelles de leur père, dont elles avaient perdu la trace pendant de longues années.

" J'utilise les messages familiaux du CICR parce que je ne peux pas payer le téléphone. J'adorerais appeler mais vous ne pouvez pas imaginer le coût d'une minute de conversation. Je n'en ai pas les moyens. "

" Les membres d'une même famille sont dispersés et vivent dans différents coins du monde " , explique Mohammed Al Hersi du CICR. " Il faut donc qu'ils puissent communiquer pour connaître la situation des uns et des autres et pouvoir s'aider. La plupart des Somaliens réfugiés au Yémen dépendent des membres de leur famille qui vivent à l'étranger. "

Le CICR distribue au Yémen de cinq à six cents messages familiaux par an, permettant aux réfugiés et à leur famille de rester en contact quand tout autre moyen de communication est considéré comme un luxe.