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L'emblème : plus de 140 ans au service des victimes de conflits et de catastrophes

30-06-2006 Collection de photos

Croix ou croissant, l'emblème est la manifestation visible de la protection accordée par les Conventions de Genève ainsi que le symbole de la neutralité de ses utilisateurs, tout en indiquant l'appartenance au Mouvement. Pour remédier à certaines situations, un emblème additionnel, communément appelé le cristal rouge, a été adopté lors d'une conférence diplomatique le 8 décembre 2005 à Genève.

  • Des médecins militaires allemands administrent les premiers soins sur la ligne de front pendant la Première Guerre mondiale.
    • Des médecins militaires allemands administrent les premiers soins sur la ligne de front pendant la Première Guerre mondiale.
      © CICR / V-P-HIST-01137


    Jusqu'au XIXe siècle, les services de santé des armées ne bénéficiaient d'aucune protection légale sur le champ de bataille. Médecins et infirmiers subissaient la mitraille au même titre que les soldats qu'ils étaient censés secourir. En 1864, la Première Convention de Genève impose comme emblème protecteur universel une croix rouge sur fond blanc, symbole de la neutralisation des services de santé des armées. Il est désormais interdit d'ouvrir le feu sur ces services et, par extension, sur les soldats hors de combat étant traités par ceux-ci.

  • Un drapeau test arborant l'emblème du cristal rouge flotte dans le vent.
    • Un drapeau test arborant l'emblème du cristal rouge flotte dans le vent.
      © CICR / Thierry Gasmann / v-p-emb-e-00021h

    Plus de 190 États ont adopté la croix rouge ou le croissant rouge mais, malheureusement, ces emblèmes peuvent parfois être perçus dans certains contextes comme ayant une signification religieuse ou politique. De longues discussions au sein du Mouvement ont débouché sur un projet d'emblème additionnel, communément appelé le cristal rouge.

    Une conférence diplomatique tenue à Genève du 5 au 7 décembre 2005 a adopté le Troisième Protocole additionnel aux Conventions de Genève, reconnaissant ainsi cet emblème additionnel. Désormais, à titre protecteur, les services sanitaires des armées et toutes les Sociétés nationales peuvent utiliser le cristal rouge seul. Si elles le souhaitent, les Sociétés nationales peuvent également, à titre indicatif, insérer en son centre la croix, le croissant, les deux côte à côte, ou tout autre signe qui est en usage et qui a été communiqué à l'État dépositaire des Conventions (la Suisse) ainsi qu'au CICR, ce qui est le cas de l'étoile rouge de David.

    De plus, si les services sanitaires des armées et les Sociétés nationales estiment que cela améliorerait leur protection, ceux-ci ont la possibilité d'utiliser temporairement le cristal rouge seul. Des études ont montré que le cristal rouge n'a pas de connotation religieuse, politique ou ethnique, une garantie de respect pour ceux qui l'adopteraient.

  • Une volontaire du Croissant-Rouge soudanais participe aux activités organisées par sa Société nationale pour célébrer le 8 mai, journée internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
    • Une volontaire du Croissant-Rouge soudanais participe aux activités organisées par sa Société nationale pour célébrer le 8 mai, journée internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
      © CICR / International Federation

    Le croissant rouge fut adopté par l'Empire ottoman en 1876, au cours de la guerre contre la Russie, car les autorités de l'époque se disaient "paralysée[s] par la nature même du signe distinctif de la Convention qui blessait les susceptibilités du soldat musulman". Le croissant rouge fut reconnu par la Convention de Genève de 1929, de même que le lion-et-soleil rouge de Perse, ce dernier ayant été abandonné par le gouvernement iranien en 1980 au profit du croissant rouge. Les Sociétés nationales doivent utiliser l'emblème que leur gouvernement a adopté pour ses services de santé militaires.

  • Un volontaire de la Croix-Rouge péruvienne réconforte une victime d'un glissement de terrain provoqué par El Niño.
    • Un volontaire de la Croix-Rouge péruvienne réconforte une victime d'un glissement de terrain provoqué par El Niño.
      © Fédération internationale / Christopher Black

    Utilisés depuis le XIXe siècle, les emblèmes de la croix rouge et du croissant rouge sont les symboles universels du secours aux victimes des conflits armés et des catastrophes naturelles. Pour les Sociétés nationales, l'emblème a deux fonctions : une fonction indicative – il leur sert de logo, les identifie lorsqu'elles effectuent leur travail habituel –, et une fonction protectrice, lorsque elles-mêmes et les services médicaux des forces armées de leur pays interviennent dans le cadre d'un conflit. Au-delà de ces deux fonctions, l'emblème a un but fondamental : atteindre toutes les victimes pour leur porter assistance.

  • Bosnie-Herzegovine, 1996. Un véhicule du CICR croise une ambulance blindée de la Force de mise en oeuvre de la paix (IFOR).
    • Bosnie-Herzegovine, 1996. Un véhicule du CICR croise une ambulance blindée de la Force de mise en oeuvre de la paix (IFOR).
      © CICR / Paul Grabhorn / yu-d-00045-14

    L'emblème protège les personnes chargées de porter secours aux blessés, les moyens de transport affectés à cette fin ainsi que les bâtiments abritant les victimes ou dévolus à des tâches médicales. Pour bénéficier du caractère protecteur de l'emblème, les utilisateurs doivent y être autorisés par les autorités nationales et ne se livrer qu'à des activités médicales. Du fait de leur mandat spécifique inscrit dans les Conventions de Genève, les organismes internationaux de la Croix-Rouge peuvent utiliser l'emblème en toutes circonstances dans le cadre de leurs activités humanitaires.

  • République démocratique du Congo, 2001. Des secouristes de la Croix-Rouge nationale participent à une formation de brancardiers de combat avec les forces militaires de leur pays.
    • République démocratique du Congo, 2001. Des secouristes de la Croix-Rouge nationale participent à une formation de brancardiers de combat avec les forces militaires de leur pays.
      © CICR / François de Sury / cd-e-00055


    En plus d'être à l'origine de l'adoption d'un emblème protecteur, les fondateurs du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont suggéré que des sociétés de secours volontaires soient créées dans chaque pays. Ces sociétés avaient pour premier but de former en temps de paix des volontaires pour porter secours aux blessés sur le champ de bataille. Si les Sociétés nationales ont aujourd'hui diversifié leurs activités humanitaires, les volontaires, en temps de guerre, peuvent toujours être intégrés aux services de santé des armées.

  • Des employés du CICR à Amman peignent des emblèmes de grande taille sur les bâches de camions destinés à acheminer de l'aide en Irak à partir de la Jordanie.
    • Des employés du CICR à Amman peignent des emblèmes de grande taille sur les bâches de camions destinés à acheminer de l'aide en Irak à partir de la Jordanie.
      © CICR / Thierry Gassmann / v-p-jo-e-00070

    Afin de bénéficier pleinement du caractère protecteur de l'emblème dans des contextes de violence armée, les utilisateurs autorisés peuvent se servir d'emblèmes dont la taille sera la plus grande possible et ne portant aucune mention afin de garantir une visibilité maximale. De nuit, l'emblème peut être illuminé ou rendu reconnaissable par des moyens techniques de détection. Selon des tests effectués, un pilote d'avion est censé par temps clair distinguer à 1500 mètres d'altitude la forme et la couleur d'un emblème de 3 mètres par 3 mètres, lorsque ce dernier se trouve sur le sommet des bâtiments ou des véhicules protégés.

  • Une déléguée de la Fédération internationale apporte un réconfort psychologique à une femme ayant perdu sa maison pendant le tremblement de terre de 2003 en Algérie.
    • Une déléguée de la Fédération internationale apporte un réconfort psychologique à une femme ayant perdu sa maison pendant le tremblement de terre de 2003 en Algérie.
      © Fédération internationale / Christopher Black / p0028

    La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge utilise à la fois la croix rouge et le croissant rouge. La Ligue des Sociétés de la Croix-Rouge fut fondée en 1919 mais ce n'est seulement en 1983, lorsque la Ligue modifia son nom en Fédération internationale, que l'organisation commença à utiliser ce que l'on désignait comme le "double emblème". Ce changement fut entériné en 1991 par un amendement aux statuts de la Fédération. Aujourd'hui, la Fédération compte plus de 180 membres qui coopèrent, notamment, dans les domaines de la préparation et de la réponse aux catastrophes.

  • Des volontaires du Croissant-Rouge comorien (CRCO) se réunissent au siège du Comité régional de Mohéli pour rencontrer des membres du CICR et de la Fédération internationale.
    • Des volontaires du Croissant-Rouge comorien (CRCO) se réunissent au siège du Comité régional de Mohéli pour rencontrer des membres du CICR et de la Fédération internationale.
      © CICR / Baptiste Rolle

    Des représentants de la commission conjointe CICR/Fédération internationale se sont rendus aux Comores en mai 2005 afin de déterminer si le CRCO remplissait les conditions nécessaires à sa reconnaissance et à son admission au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Être présent sur tout le territoire national, être indépendant des autorités, agir au service de tous sans discrimination, adopter et utiliser un seul des emblèmes reconnus comptent parmi les dix conditions prévues pour devenir membre du Mouvement. Le CRCO a été reconnu par le CICR en septembre 2005, devenant ainsi la 182e Société nationale du Mouvement.

  • En 2003, des soldats américains en patrouille à Bagdad passent devant la délégation du CICR.
    • En 2003, des soldats américains en patrouille à Bagdad passent devant la délégation du CICR.
      © CICR / Benoît Schaeffer / iq-e-00213

    La multiplication des interventions militaires dites "à caractère humanitaire" provoque une confusion grandissante chez les porteurs d'armes et la population civile sur les intentions réelles des forces armées étrangères et des organisations de secours présentes sur le terrain. Confusion aggravée par les armées qui gèrent parfois des programmes "humanitaires" pour se garantir la collaboration des populations. Le CICR refuse les gardes et les escortes armées et explique sans relâche la nature neutre et impartiale de ses activités. Mais la puissance protectrice de l'emblème ne semble plus convaincre autant qu'avant : l'attentat en novembre 2003 contre la délégation du CICR à Bagdad et les attaques délibérées contre son personnel ont obligé l'institution à fortement réduire ses programmes en Irak.

  • De jeunes miliciens au Sierra Leone consultent une brochure expliquant la nature et les fonctions de l'emblème.
    • De jeunes miliciens au Sierra Leone consultent une brochure expliquant la nature et les fonctions de l'emblème.
      © CICR / Till Mayer / sl-d-00013

    Dans certains contextes, la chaîne de commandement au sein des groupes armés est devenue si mince qu'il est de plus en plus difficile de distinguer les forces régulières des bandes criminelles. Peu disciplinés, n'ayant souvent aucune connaissance du caractère neutre et impartial de l'emblème, certains combattants n'hésitent plus à confisquer ou à détruire les biens et le matériel destinés à secourir les victimes de conflit, voire à tuer le personnel Croix-Rouge / Croissant-Rouge. Il arrive également que les incidents de sécurité graves soient commis de manière délibérée, soit pour faire partir les humanitaires qui pourraient être témoins d'exactions, soit pour priver la population "ennemie" de toute assistance ou protection. Devant cette réduction sensible de l'espace humanitaire, le CICR déploie des efforts considérables pour expliquer sa mission à tous les porteurs d'armes.

  • Sur cette image extraite d'un téléfilm américain produit récemment, un hélicoptère militaire, rempli de soldats et arborant un logo imitant celui du CICR, se pose dans un camp de réfugiés.
    • Sur cette image extraite d'un téléfilm américain produit récemment, un hélicoptère militaire, rempli de soldats et arborant un logo imitant celui du CICR, se pose dans un camp de réfugiés.
      © CICR

    Quelques minutes plus tard, des affrontements entre ces soldats et des forces séparatistes occasionnent la mort de nombreux réfugiés… Il s'agit en l'espèce d'un cas typique de perfidie, l'emblème étant utilisé pour protéger des combattants ou du matériel militaire dans le but de commettre un acte hostile. Même fictif, ce genre de mise en scène remet en cause la neutralité et les modalités opérationnelles du CICR. Dans la réalité, l’usage perfide d’un emblème, lorsqu’il entraîne la mort ou des blessures graves, constitue un crime de guerre.

  • Des utilisations abusives de l'emblème sont monnaie courante, notamment à des fins commerciales.
    • Des utilisations abusives de l'emblème sont monnaie courante, notamment à des fins commerciales.
      © CICR

    Les commanditaires de cette pleine page de publicité parue dans un journal mauricien, en y insérant le logo du CICR sans l'accord de ce dernier, ont voulu faire vibrer la corde humanitaire de clients potentiels… S'ils n'ont pas nécessairement de conséquences graves et immédiates dans la plupart des cas, des abus répétés conduisent à la confusion quant à la signification de l'emblème et amoindrissent sa force de protection en temps de guerre.

  • Des ambulanciers de la Société nationale d'Israël, le Magen David Adom (MDA), évacuent des personnes blessées pendant un attentat à Jérusalem.
    • Des ambulanciers de la Société nationale d'Israël, le Magen David Adom (MDA), évacuent des personnes blessées pendant un attentat à Jérusalem.
      © Magen David Adom / Flash 90

    Le MDA est la seule Société nationale à utiliser un emblème qui n'est pas prévu par les Conventions de Genève, l'étoile rouge de David, ce qui, dans le passé, l'a empêché de rejoindre officiellement le Mouvement Croix-Rouge / Croissant-Rouge. L'adoption en décembre 2005 du Troisième Protocole additionnel aux Conventions, prévoyant un emblème supplémentaire, a débloqué la situation. Le protocole prévoit en effet la possibilité d'insérer au centre de l'emblème additionnel, lorsque utilisé à titre indicatif, un signe qui est en usage et qui a été communiqué à l'État dépositaire des Conventions (la Suisse) ainsi qu'au CICR.

    En juin 2006, suite à l'adoption par la XXIXe Conférence internationale des amendements aux Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR a pu reconnaître le Magen David Adom. Grâce à cette résolution la Société du Croissant- Rouge palestinien a pu également être reconnue.

  • Un délégué du CICR vérifie que le passage de la population civile entre zones rebelle et gouvernementale dans le Nord du Sri Lanka se déroule sans incidents, juillet 2004.
    • Un délégué du CICR vérifie que le passage de la population civile entre zones rebelle et gouvernementale dans le Nord du Sri Lanka se déroule sans incidents, juillet 2004.
      © CICR / Jon Björgvinsson / lk-e-00006

    Considéré comme un intermédiaire neutre et impartial, le CICR intervient souvent à la demande des belligérants pour assumer des tâches humanitaires complexes : rapatriement de prisonniers de guerre ou d'internés civils, interventions auprès de preneurs d'otages ou bien encore neutralisation de passages sur des lignes de front. L'existence de l'emblème, symbole de neutralité et d'impartialité, facilite ces activités en faveur des personnes protégées par les Conventions de Genève.


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Dernière mise à jour: 16-05-11