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Couvrir les guerres et les catastrophes

18-12-2007 Rapport

Rapport de la réunion spéciale sur la sécurité des médias et le DIH dans le reportage de guerre, Genève, 26 novembre 2007

Le 26 novembre 2007, plus de 100 représentants des États, des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, des médias et d'organisations qui leur sont liées se sont réunis à Genève pour étudier la pertinence du droit de la guerre lors de la couverture médiatique des conflits armés et pour discuter des façons d’améliorer la sécurité du personnel des médias. Le CICR a accueilli la réunion, qui précédait l'ouverture de la XXXe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge.
 

Les raisons de cette réunion 

« La récente détérioration des conditions de sécurité pour les journalistes lors de conflits armés et d’autres situations de violence est extrêmement alarmante» a déclaré Yves Daccord, directeur de la Communication du CICR, qui a présidé la réunion. « Nous nous sommes sentis obligés d'aborder ce thème dans le cadre de la Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. En effet, la Conférence offre la possibilité d'informer de la situation les membres du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que les États parties aux Conventions de Genève et de leur demander de prendre des mesures concrètes, chacun selon son rôle et sa capacité. Nous avons invité à cette réunion des journalistes et des représentants d'organisations qui travaillent avec les médias afin qu'ils nous fassent part de leurs expériences et de leurs idées.» Il a expliqué que le but général de la réunion était de donner plus de poids au droit international humanitaire, ce qui doit permettre de conférer à la fois plus de pertinence et de force au reportage de guerre et d’offrir une pr otection aux professionnels des médias.
 

Le droit international humanitaire présente-t-il un intérêt médiatique ? 

« Pourquoi les journalistes devraient-ils connaître les principes essentiels du droit de la guerre ? » C’est la première question qu’a abordée la réunion. Elaine Cobbe, journaliste de télévision et de radio expérimentée et formatrice dans les médias a répondu : « Je pense que c’est important [que les journalistes connaissent les principes essentiels du droit international humanitaire ] afin que nous, médias, puissions expliquer en quoi consiste le droit de la guerre, même lorsque les gouvernements « l’interprètent » d’une manière différente ». D'autres se sont accordés à dire que le fait de savoir lire les événements et les situations du point de vue du droit international humanitaire rend la couverture des guerres plus précise et plus convaincante. Lorsque les journalistes savent quels sont les enjeux et les questions à soulever, leurs récits peuvent rendre les participants à un conflit armé plus responsables. En outre, comme Christopher Whomersley, conseiller juridique adjoint au ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth au Royaume-Uni et d'autres l'ont expliqué, certaines dispositions légales, comme celle qui interdit d’exposer des prisonniers de guerre ou des internés civils à la curiosité du public en publiant des images inappropriées, ont un impact direct sur les décisions rédactionnelles.

Agir 

Les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont été priées de partager leurs compétences avec des professionnels des médias en organisant des séances de formation et des discussions et en apportant des informations sur des problématiques liées au droit international humanitaire. À la fin de la Conférence, sept Sociétés nat ionales (le Croissant-Rouge Arabe syrien et les Sociétés de la Croix-Rouge australienne, belge, bulgare, polonaise, tanzanienne et britannique) s’étaient engagées dans ce sens.


Quant au CICR, il a annoncé qu’il développait, dans le cadre de son projet sur les crimes de guerre, un outil numérique attendu pour 2008 et conçu pour enseigner aux médias les bases du droit international humanitaire.

 

Comment le droit international humanitaire protège les médias 

Knut Dörmann, chef adjoint de la Division juridique du CICR, a parlé des protections spécifiques dont les journalistes et leurs collaborateurs bénéficient en vertu du droit international humanitaire. Il a expliqué qu’en tant que civils, ils ne doivent pas être l’objet d’une attaque directe. Toute violation intentionnelle de cette interdiction constitue un crime de guerre. De plus, les journalistes jouissent de garanties fondamentales lorsqu'ils sont au pouvoir d'une partie au conflit. C'est pourquoi les actes suivants sont prohibés en tout temps et en tout lieu : les atteintes à la vie, à la santé, au bien-être physique ou mental, notamment le meurtre, la torture et les traitements cruels ou inhumains ; les outrages à la dignité humaine, en particulier les actes humiliants et dégradants; la prise d’otages et la privation arbitraire de liberté. En donnant un statut de civils aux journalistes, les États s’engagent à les laisser faire leur travail, c'est-à-dire prendre des photos, filmer, enregistrer des informations ou prendre des notes, sans que cela constitue une raison de les attaquer ou de les priver de leurs droits en tant que civils. Ainsi, les règles du droit international humanitaire offrent un important filet de sécurité qui protège les journalistes et leurs équipes. Toutefois, dans la pratique, ces règles ne so nt pas suffisamment respectées. Le premier objectif doit donc être d’œuvrer à un plus grand respect de ces règles.
 

Trop souvent, la situation sur le terrain porte atteinte au droit qu’ont les journalistes de faire leur travail sans peur d’être attaqués. « L’état du monde a empiré. Certains groupes utilisent la brutalité et la violence sans limite. Cela a été rude pour nous de nous apercevoir qu’en tant que journalistes, nous sommes maintenant menacés, que chercher à établir un dialogue n'est plus toujours possible », a annoncé Lyse Doucet, journaliste chevronnée à la BBC. « Nous nous devons d'être concernés, a-t-elle insisté, en particulier lorsqu'il s'agit de nos collègues non occidentaux qui sont souvent beaucoup plus exposés que nous et dont on se désintéresse trop souvent.» Plusieurs participants ont vivement insisté sur la nécessité de traiter tous les journalistes de la même manière, non seulement face à la loi, mais aussi en termes pratiques, par exemple lorsqu'il s'agit de formation et d’équipement.
 

Les rapports d’organisations liées aux médias qui travaillent à promouvoir la sécurité des journalistes ont révélé que le principal problème en matière de sécurité n’est pas le manque de dispositions légales protégeant les journalistes, mais le fait que les règles existantes ne sont pas suffisamment respectées ou appliquées. Il incombe avant tout aux États de faire en sorte que les règles soient connues, respectées et appliquées et que les infractions donnent lieu à une enquête et à une sanction, quels que soient le moment et le lieu où elles sont commises. Toutes les personnes impliquées dans un conflit armé, qu’elles appartiennent à une force gouvernementale ou non, sont liées par le droit international humanitaire et peuvent être tenues responsables de leurs décisions et de leurs actes.
 

Agir 

Le CICR a proposé que les États parties aux Conventions de Genève s’engagent à mieux appliquer les lois protégeant les journalistes qui travaillent dans des zones de conflit et, en particulier de lutter contre l’impunité et d‘informer les forces armées et de sécurité sur les droits des journalistes couvrant les conflits armés. La Suisse, le Danemark, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis s'y sont engagés.
 

Que peuvent faire la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge pour améliorer la sécurité des journalistes?
Sarah De Jong, directrice adjointe de l’International News Safety Institute, a parlé de l'impérieuse nécessité pour les journalistes de se préparer à faire face à un large éventail de risques. Elle a notamment préconisé une formation aux premiers secours, proposition soutenue par d’autres participants. Les professionnels des médias ne devraient pas être autorisés à quitter leurs bureaux sans savoir au moins comment faire face à un accident ou à une urgence sanitaire, qu’ils en soient eux-mêmes victimes ou qu’il s’agisse d’une personne rencontrée en mission.
 

Quelques Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont commencé à organiser des cours de premiers secours spécialement conçus pour les professionnels des médias. Corazon Alma De Leon, secrétaire général de la Croix-Rouge philippine, a fait valoir de manière convaincante que de tels programmes offrent des avantages aux deux parties. Dev Dhakhwa, secrétaire général de la Société de la Croix-Rouge du Népal a, quant à lui, maintenu que de nombreuses Sociétés nationales auront besoin d’un soutien pour mener à bien de tels programmes, qui peuvent littéralement être une question de vie ou de mort pour les journalistes en mission périlleuse.
 

Agir 

Les Soc iétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ayant un savoir-faire dans ce domaine ont été priées d’envisager l’organisation d’une formation en premiers secours pour les professionnels des médias dans leurs pays. Pour s’assurer que la formation soit offerte sans discrimination, c'est-à-dire aux journalistes sous contrat comme aux journalistes free-lance, les Sociétés nationales ont été encouragées à collaborer avec les associations professionnelles ou les syndicats des médias. Les Sociétés de la Croix-Rouge danoise et britannique se sont engagées à mettre en oeuvre cette proposition. Des Sociétés nationales d’autres pays (Iran, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, France, Indonésie, Kenya, Népal, Philippines Afrique du Sud et Israël)) ont déjà des plans plus ou moins élaborés pour offrir des cours de premiers secours au personnel des médias.
 

La HOTLINE du CICR, un service destiné aux professionnels des médias qui se trouvent en difficulté lors de conflits armés, doit être promue auprès des rédacteurs en chef et dans la communauté des médias en général. Ce service offre un point de contact permanant (CICR HOTLINE téléphone : +41 79 217 32 85) par lequel les employeurs et les organisations liées aux médias peuvent alerter le CICR lorsque des journalistes sont en danger. Ce type d’information peut aussi être transmis à n’importe quel bureau du CICR. Si le CICR est présent dans la zone où le journaliste se trouve en difficulté, il pourra peut-être lui venir en aide, comme il le fait pour d’autres se trouvant dans des situations similaires. Les services que le CICR peut offrir sont uniquement d’ordre humanitaire.

 

    Liens utiles :

    Committee to Protect Journalists

    Crimes of War Project

    Dart Center for Journalism & Trauma

    Fondation Hirondelle

    Tribune des droits humains

    International Federation of Journalists

    Échange international de la liberté d'expression

    International News Safety Institute

    International PEN

    Media 21

    Infosud

    Reporters sans frontières

    Rory Peck Trust

    Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture

    Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme