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Déclaration du CICR sur les menaces grandissantes contre les soins de santé - Conseil économique et social

20-07-2012 Déclaration

Conseil économique et social, Débat consacré aux affaires humanitaires, New York, 20 juillet 2012, déclaration du CICR par M. Pierre Dorbes.

Comme le débat du Conseil économique et social est consacré cette année à la prise de décisions fondées sur des données factuelles et aux partenariats pour une aide humanitaire efficace, le CICR entend soulever un problème humanitaire, qui bien qu'il soit probablement l’un des plus graves en termes de personnes touchées, reste pourtant parmi les plus ignorés. Je veux parler des menaces qui compromettent la fourniture des soins de santé et mettent en péril la sécurité des personnels de santé.

Aujourd’hui, l'accès aux soins de santé et leur fourniture font l'objet de menaces diverses dans de nombreux pays. Pour citer quelques exemples récents, des hôpitaux ont été bombardés en Somalie ; des ambulances ont été les cibles de tirs en Libye et en Syrie ; des blessés peuvent attendre des heures durant dans des véhicules retenus à des points de contrôle en Afghanistan. Bref, un mépris flagrant pour la neutralité des structures de santé, du personnel médical et des transports sanitaires est aujourd’hui monnaie courante.

Conscient de cette réalité, le CICR a décidé de compiler des informations sur la violence contre les soins de santé dans différents pays et a publié en 2011 une étude fondée sur les informations recueillies sur le terrain dans 16 pays sur une période de deux ans et demi. Cette étude a mis à jour toute une série de menaces systématiques contre les soins de santé et la sécurité du personnel médical. Ces menaces vont d’un contexte de sécurité généralement instable à l’impossibilité d’avoir accès aux soins de santé, en passant par l’arrestation et l’enlèvement de personnel médical, le pillage de structures sanitaires et même les attaques directes contre ces structures, les patients et le personnel médical. Si les actes de violence portés à la connaissance du CICR ne sont que la pointe de l’iceberg, ils attestent clairement de l’extrême vulnérabilité tant des blessés et des malades ainsi que des personnels de santé dans les conflits armés et les autres situations complexes d’urgence dans le monde.

Le CICR recense et analyse ces faits afin de mener une action humanitaire mieux ciblée sur le terrain.

L’analyse réalisée durant les quatre premiers mois de cette année a permis au CICR de faire trois constats majeurs. Tout d’abord, ce sont les personnes qui fournissent les soins de santé à l’échelon local qui encourent le plus de risques et sont le plus touchées. Ensuite, les attaques contre les soins de santé sont perpétrées tant par les forces de sécurité de l’État que par des groupes armés non étatiques. Enfin, plus d’un quart (27 %) des personnes victimes de ces violences ont été tuées (20 %) ou blessées (7 %).

Face à cette situation, le CICR a décidé de lancer une initiative sur quatre ans intitulée « Les soins de santé en danger », qui a pour but de définir et de mettre en œuvre des mesures concrètes pour renforcer la sécurité des soins de santé tant sur le plan de leur fourniture que de leur accès dans les conflits armés et les autres situations d’urgences. Le CICR s’est toutefois rapidement rendu compte qu’il ne pouvait pas aborder seul ce problème humanitaire extrêmement préoccupant et l’a donc porté à l’attention de la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, tenue à Genève à la fin 2011, afin de demander aux États leur soutien.

La Conférence a exprimé son soutien à cette initiative du CICR en adoptant une résolution qui reconnaît l’ampleur du problème et souligne qu’il incombe à tous les pays de tenter de remédier à la situation.

À ce stade, il devient indispensable de nouer des partenariats avec d’autres entités influentes. En collaboration avec des partenaires tels que les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR a entamé des consultations auprès des États afin de faire participer des experts des gouvernements et indépendants du monde entier à dix ateliers organisés en 2012 et 2013. Entre 300 et 400 experts de ministères, de forces armées, d’universités, de Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, d’ONG nationales et internationales, de même que la communauté des soins de santé, seront consultés à cette occasion.

Ces ateliers permettront de recommander des mesures pratiques pouvant être prises au niveau national pour s’attaquer à différents problèmes. Cette démarche n’a pas pour objectif de créer de nouveaux instruments internationaux ou d’élargir les cardes juridiques existants, mais plutôt de favoriser la prise de décisions spécifiques et de mesures pratiques. Un rapport sur les progrès accomplis durant les quatre années à venir sera présenté en 2015 à la XXXIIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Par ailleurs, il importe que le CICR maintienne le dialogue avec toutes les parties concernées par ce problème afin de promouvoir la mise en oeuvre de ces recommandations. L’institution restera dynamique dans ses contacts avec toute personne pouvant avoir une influence positive sur la fourniture des soins de santé et l’accès à ceux-ci, en toute sécurité.

Au nom des nombreux patients et personnels de santé qui sont aujourd’hui les victimes des effets de la violence dans le monde, le CICR vous demande d'apporter votre soutien à cette initiative humanitaire durant les quatre prochaines années. C’est une question de vie ou de mort.