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Personnes déplacées à l’intérieur de leur pays : déclaration du CICR aux Nations Unies, 2010

03-11-2010 Déclaration

Assemblée générale des Nations Unies, 64e session, Troisième Commission, Point 41 de l’ordre du jour, déclaration du CICR, New York, le 3 novembre 2010

Monsieur le Président,

Comme l'a récemment déclaré le Président du Comité international de la Croix-Rouge : « Le déplacement interne constitue [… ] l’un des défis les plus redoutables à relever aujourd’hui dans le domaine humanitaire. L'impact subi par les millions d’hommes, de femmes et d’enfants déplacés, ainsi que par les innombrables familles et communautés d’accueil, est difficile – voire impossible – à mesurer. »

Les conflits armés et les autres situations de violence comptent sans aucun doute parmi les principaux facteurs à l'origine des déplacements de populations. Les personnes touchées par la guerre considèrent le déplacement comme l'expérience la plus traumatisante qu'elles aient vécue ou comme l'une de leurs pires angoisses. D'autres causes de déplacement telles que les catastrophes naturelles peuvent également être traumatisantes. Les récents événements en Haïti et au Pakistan en sont la preuve. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) intervient essentiellement dans les situations de conflit armé et autres situations de violence. Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (Fédération internationale) jouent, quant à elles, un rôle primordial lors des catastrophes naturelles ou d'origine humaine.

En novembre 2009, le Conseil des Délégués du Mouvement international de la Cro ix-Rouge et du Croissant-Rouge (le Mouvement) a adopté une politique commune visant à renforcer la protection des personnes touchées par le déplacement interne et à améliorer l'assistance qui leur est fournie.

Dans les situations de conflit armé, les déplacés internes sont d’abord et avant tout des civils. En tant que tels, ils sont au cœur du mandat du CICR. Si les civils doivent fuir de chez eux et supporter des conditions extrêmement dures, c'est principalement à cause du climat d'insécurité que créent les violations du droit international humanitaire. Prendre des mesures efficaces pour limiter les attaques délibérées contre la population civile est un moyen de prévenir les déplacements consécutifs et d'augmenter les chances d'un retour sûr et digne. Le CICR rappelle constamment aux parties au conflit l'obligation qui leur incombe de protéger la population civile, conformément aux règles fondamentales du droit international humanitaire.

En abordant la question du déplacement interne sous l'angle des besoins et des droits, les composantes du Mouvement sont en mesure de fournir, en toute impartialité, une assistance et des services humanitaires aux communautés touchées par ce phénomène, aux personnes qui risquent d'être déplacées et à celles qui ont trouvé refuge en dehors des camps de déplacés internes. Du point de vue opérationnel, il est risqué d'adopter une approche exclusivement axée sur certaines catégories de personnes. Si notre action vise principalement les déplacés internes qui vivent dans des camps, nous risquons de négliger les besoins des familles et des communautés d'accueil, qui subissent les conséquences des déplacements massifs de populations. Une telle approche est injuste et contraire au principe d'impartialité.

Grâce à ses partenariats opérationnels avec les Sociétés nationales, le CICR est solidement implanté au sein des commu nautés vulnérables. Il a de ce fait un rôle spécifique à jouer auprès de toutes les parties qui sont en mesure d'influencer la situation.

Mettre fin au déplacement s'avère bien souvent difficile. Pour des raisons qui sont plus de nature politique que juridique ou humanitaire, des personnes déplacées vont se retrouver comme abandonnées à leur sort. Et quand enfin, elles peuvent rentrer chez elles, intégrer la communauté locale ou se réinstaller ailleurs, il est probable qu'elles doivent faire face à d'autres obstacles majeurs. Il arrive que d'autres personnes ou communautés se soient installées sur leurs terres ou que les infrastructures locales soient endommagées. Le manque de logements, l'absence de services publics ou la pénurie de personnel qualifié (dans les domaines de la santé et de l'éducation) peuvent poser des difficultés supplémentaires. Les gouvernements et les organisations humanitaires doivent être conscients qu'ils devront bien souvent déployer des efforts et des ressources considérables dans le domaine du développement pour apporter des solutions efficaces et durables au problème du déplacement. Les États devraient se pencher sur ces questions importantes.

La Convention de Kampala, qui a été adoptée récemment, est un exemple intéressant au niveau régional. Elle offre en effet un cadre solide pour apporter protection et assistance aux déplacés internes en Afrique. Le CICR se félicite de l'adoption de cet instrument, qui en est encore au stade de la ratification. Il étudie actuellement avec le HCR le meilleur moyen de promouvoir la ratification de cette Convention et sa mise en œuvre au niveau national, notamment par l'incorporation de ses obligations humanitaires dans les systèmes juridiques nationaux. 

Permettez-moi de conclure, Monsieur le Président, en faisant référence au dialogue opérationnel que le CICR et la Fédération internationale ont engagé a vec les institutions spécialisées des Nations Unies, en particulier le HCR et le PAM. Ces discussions portent sur les accords de coopération entre ces institutions et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. L'objectif est de veiller à ce que les Sociétés nationales, qui mènent une action importante en faveur des personnes déplacées à la fois en temps de paix et dans les situations de conflit armé, puissent agir conformément aux Principes fondamentaux du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge lorsqu'elles travaillent en coopération avec les institutions des Nations Unies.

Je vous remercie de votre attention.