Étude d’ensemble de toute la question des opérations de maintien de la paix sous tous leurs aspects
24-10-2008 Déclaration
Assemblée générale des Nations Unies, 63e session, Quatrième Commission, Point 31 de l’ordre du jour. Déclaration du Comité international de la Croix-Rouge, New York, le 24 octobre 2008
Seul le texte prononcé fait foi
Monsieur le Président,
Les personnes touchées par un conflit armé ou par d’autres situations de violence ont besoin d’être protégées. C’est le défi ambitieux qui est au cœur du mandat de Comité international de la Croix-Rouge (CICR).
En temps de conflit armé, ce sont les civils qui sont les principales victimes de la violence. Les prendre pour cible directe participe souvent d’une stratégie manifeste – et les mesures de protection sont gravement insuffisantes. Or, cela n’est pas dû au fait que les règles juridiques existantes sont inadéquates, mais à l’inobservance du droit international humanitaire et d’autres textes normatifs. Les obligations de toutes les parties à un conflit sont en effet clairement définies. Travail acharné et persévérance s’imposent donc si l’on veut veiller plus efficacement à ce que cette branche du droit soit connue et respectée, afin de garantir aux civils la protection à laquelle ils ont droit dans les conflits armés et les autres situations de violence.
De nos jours, les besoins en matière de protection excèdent de beaucoup les capacités de n’importe quel acteur agissant seul. Le CICR se félicite donc des efforts accrus entrepris récemment pour remédier aux lacunes observées dans ce domaine. Cependant, la multiplication des acteurs exige une coordination efficace – qui doit prendre en compte la diversité des mandats et des approches.
Une interaction constructive a été mise en place entre le CICR et les Nations Unies – en particulier son Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) –, notamment pour ce qui a trait à la promotion du droit international humanitaire. Cela est d’autant plus important que le CICR et les forces de maintien de la paix des Nations Unies se retrouvent parfois côte à côte dans les nombreuses régions du monde où les deux organisations mènent des opérations. En effet, de plus en plus d’opérations de soutien à la paix sont déployées dans des pays en proie à des conflits armés – principal environnement opérationnel du CICR. Le CICR a un mandat de protection clairement défini, qui lui a été confié par la communauté des États, et qui figure dans les instruments de droit international humanitaire et dans les Statuts de l'institution. La résolution 1674 adoptée en 2006 par le Conseil de sécurité prévoit que des missions de maintien de la paix, des missions politiques et des missions de consolidation de la paix puissent être mandatées, au cas par cas, pour protéger les civils. Dans certaines situations, les forces des Nations Unies et le CICR travailleront ainsi côte à côte pour assurer la protection des civils. Nos mandats et nos rôles n'en restent pas moins distincts.
Nous tenons en effet à insister sur le fait que, si l’objectif que nous poursuivons est le même, nos modes opératoires demeurent différents. Le CICR a une mission strictement humanitaire qu’aucune considération ou qu’aucun enjeu de type militaire, politique ou économique ne saurait venir voiler. Sur le plan opérationnel, le CICR table sur la proximité avec les populations en danger et maintient un dialogue avec toutes les parties engagées dans un conflit. Établir des relations de ce genre, en particulier avec des acteurs non étatiques, est souvent une entreprise ardue et délicate. Une entreprise qui peut facilement être compromise – au risque de conséquences potentiellement graves – si des doutes surgissent q uant à l'indépendance et la neutralité du CICR, ou quant à ses intentions purement impartiales et humanitaires.
Pour pouvoir s’acquitter efficacement de la mission humanitaire qui est la sienne, le CICR doit continuer à être neutre et indépendant de tous les acteurs et de tout intérêt ; et il doit continuer à être perçu comme tel.
Cependant, il est évident que l'action humanitaire seule ne suffit pas à garantir une protection totale. Un engagement politique est aussi absolument indispensable si l’on veut s’attaquer aux causes. L’action juridique permet quant à elle de lutter contre l’impunité et de venir à bout des violations. En outre, garantir la protection physique des civils exige souvent la présence de personnel militaire ou de sécurité entraîné, ce qui est le cas des membres des forces de maintien de la paix des Nations Unies. En effet, garantir la protection physique est souvent un aspect essentiel des activités de protection.
Il est dès lors évident que l’action humanitaire, l’action politique, les mesures légales et la protection physique sont autant d’aspects différents, mais complémentaires, de l’action de protection. Chacun de ces aspects fait appel à des compétences et des approches diverses, mais elles ne doivent ni se fondre ni se confondre.
Poursuivre le but commun qu'est la protection des populations civiles ne doit pas se traduire par des efforts entrepris à double par des acteurs multiples faisant la même chose de la même manière. Protéger les civils demande au contraire une somme d’efforts distincts, mais complémentaires.
Pour le CICR, il est fondamental que ces différentes approches n’interfèrent pas les unes avec les autres. L’action humanitaire doit continuer à être perçue comme neutre et indépendante par tous les acteurs, dénuée de tout intérêt associé, politique ou autre. Le moindre flou à cet égard risquerait de compromettr e gravement l'action humanitaire, ce qui équivaudrait à faire peser un risque encore accru sur nombre d’individus, civils et travailleurs humanitaires confondus.
Monsieur le Président,
En conclusion, nous avons ensemble un défi de taille à relever, à savoir garantir la protection des civils. Nos mandats spécifiques, que ce soit en tant que travailleurs humanitaires ou que membres de forces de maintien de la paix, exigent de nous que nous agissions. Il est dans notre intérêt à tous de définir une interface efficace entre nos approches distinctes, mais complémentaires, visant à protéger les civils. Tout en nous attachant à gérer les risques, nous devons tirer le meilleur parti de nos atouts respectifs. Ensemble, nous pouvons tirer profit de notre complémentarité pour mieux protéger les populations à risque. Le CICR continuera d’apporter son concours, ici à New York et sur le terrain, pour définir cette interface qui doit permettre de mieux protéger les personnes que les conflits armés et les autres situations de violence armée mettent en danger.
Merci de votre attention
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