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Journée humanitaire mondiale

19-08-2009 Déclaration

Allocution de Madame Christine Beerli, Vice-Présidente, Comité International de la Croix-Rouge, Genève, le 19 août 2009.

      Seul le texte prononcé fait foi  

Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de prendre la parole au nom du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), à l’occasion de cette première Journée mondiale de l’aide humanitaire. 

Chaque jour, en lisant les rapports qui arrivent sur mon bureau, je me demande ce que cela signifie, pour les habitants de pays comme l’Afghanistan, la Colombie, l’Irak, la République démocratique du Congo et … la liste est longue, que d’avoir traversé vingt, trente, parfois quarante années de guerre. Difficile d’imaginer à quel point cela peut détruire les liens humains, les croyances et les espoirs d’individus, de familles, de communautés et de nations entières. Trop souvent, les reportages sur les guerres et leur impact se concentrent sur les statistiques, le nombre de victimes et de bénéficiaires de l’aide. Nous ne sommes pas en mesure de vraiment donner une image réelle de la situation et de décrire la souffrance des personnes touchées et les traumatismes qu’elles subissent ?

Bien que fortement touchées ce son, dans la plupart des cas, les communautés elles-mêmes, les voisins, les familles, les institutions locales qui répondent les premiers aux besoins des victimes. S’il existe des héros dans le monde humanitaire, ce sont les chirurgiens, les infirmières, le personnel de santé et les équipes de sauveteurs des pays ou des communautés ravagés par la guerre, eux qui prennent le risque d’exercer leur métier ou offrent volontairement leur aide chaque jour dans l’espoir de changer le quotidien de leurs concitoyens. C’est pour nous un privilège que de travailler à leurs côtés.

Cherchant à comprendre les personnes qui endurent de telles souffrances, le CICR a lancé une enquête d’opinion indépendante afin de célébrer en 2009 deux anniversaires importants pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Cette année marque le 150ème anniversaire de la bataille de Solférino, qui a donné à Henry Dunant l’idée de fonder le CICR et de créer ce qui est devenu le droit international humanitaire. L’année 2009, c’est aussi le 60ème anniversaire des Conventions de Genève, le fondement du droit international humanitaire qui protège ceux qui ne participent pas ou plus aux hostilités et dont l’objectif est de fixer des limites à la conduite de la guerre. 

La force de l’idée de Dunant consistait à apporter une réponse directe aux besoins tout en exerçant une pression et en assurant une mobilisation indispensables à la mise en place de règles imposant des limites à ce que l’on pouvait faire dans le cadre d’une guerre. Cette idée reste au centre de ce que le CICR considère comme nécessaire pour véritablement changer la vie des personnes touchées par un conflit armé, aujourd’hui et demain.

Pour revenir à l’enquête d’opinion que je viens de mentionner, le CICR a entrepris cette démarche afin de mieux comprendre ce que ressentent et ce que vivent les habitants des pays qui sont les Solférino d’aujourd’hui. Cette enquête, intitulée Notre monde. Perspectives du terrain , a été menée en Afghanistan, en Colombie, en Géorgie, en Haïti, au Liban, au Libéria, aux Philippines et en République démocratique du Congo. Les personnes ont été interrogées sur leur expérience, leurs besoins, leurs craintes et leurs sentiments, ainsi que sur leurs attentes vis-à-vis de la communauté internationale et leur connaissance des Conventions de Genève.

Le sondage a révélé la diversité alarmante des formes de souffrance que subissent les habitants de ces pays : déplacements, violence sexuelle, séparation des familles, mort d’un proche, blessures physiques et perte de biens. En somme, autant d’atteintes à leur vie, à leurs moyens de subsistance, à leur liberté, à leur dignité et à leur moral. Il n’est pas étonnant que la nourriture, la sécurité et la protection, la santé et les soins médicaux aient été cités parmi les besoins les plus importants.

Les habitants de ces pays ont également une idée très claire de ce qu’ils considèrent comme un comportement acceptable en temps de guerre. Sur environ 4 000 personnes interrogées, la plupart ont affirmé qu’il faudrait des limites à quoi les soldats ont droit pendant les combats. Les résultats font état d’un large soutien en faveur des idées clés des Conventions de Genève, et du droit international humanitaire en général, de la part des personnes qui ont véritablement vécu un conflit armé. Je trouve très encourageant de noter que des personnes qui ont côtoyé les horreurs de la guerre considèrent certains actes comme inacceptables, tels que le fait de tuer des civils, ou encore la violence sexuelle, les enlèvements, la torture et les pillages.

Même la guerre a des limites et si les règles en vigueur étaient respectées de manière plus stricte, les souffrance pourraient, en grande partie, être évitées. Mais ce dont nous avons absolument besoin, et ce à quoi j’appelle aujourd’hui au nom de l’humanité, c’est d’un respect plus scrupuleux du droit international humanitaire, qui permet d’apporter protection et assistance à ceux qui sont hors de combat.    

Aujourd’hui, nombre de défis nous empêchent d’apporter assistance et protection à ceux qui en ont besoin. J’entends de plus en plus parler de la nécessité de garantir le respect des principes d’humanit é, d’impartialité, de neutralité et d’indépendance. Le CICR sait, par expérience, que ce qui compte réellement, ce n’est pas la fréquence avec laquelle ces principes sont cités, mais bien la manière dont ils sont mis en pratique au quotidien dans les différents contextes où nous agissons. Ce qui compte, c’est que nous soyons activement et véritablement perçus par les différents acteurs présents sur une zone de conflit comme étant neutres, impartiaux et indépendants. C’est cela qui peut faire la différence en termes d’accès et de sécurité.

L’année 2009 marque aussi le 90ème anniversaire de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. La Fédération internationale, le CICR et les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge constituent le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Dans le monde, des dizaines de millions de salariés et de volontaires des Sociétés nationales accomplissent leur mission humanitaire essentielle et propagent les valeurs humanitaires du Mouvement, parfois au péril de leur vie, à travers l’aide qu’ils apportent aux malades, aux blessés, aux plus démunis et aux plus vulnérables, quels que soient leur race, leur sexe, leur religion, leurs opinions politiques et leur statut social.

Ces volontaires vivent au sein des communautés qu’ils servent. Ils connaissent leur culture, parlent leur langue et comprennent leurs valeurs. Il est extrêmement important d’être proches des communautés touchées et de vivre parmi elles. En faisant partie intégrante de ces sociétés, les volontaires comprennent les besoins des plus vulnérables mieux que n’importe quel étranger. Chaque jour, ils aident les populations à atténuer l’impact humanitaire du changement climatique, à surmonter les conséquences d’un conflit armé et de la violence, à faire face à une crise socio-économique, à prévenir une épidémie, à combattre les discriminations et à construire des communautés plus fortes et p lus résistantes.

J'ai commencé mon allocution en mentionnant notre incapacité de trouver les mots adéquats pour parler de la détresse de ceux qui ont besoin d'aide et de protection humanitaire, j'aimerais conclure en témoignant mon respect profond à tous ceux qui ont perdu leur vie en s'investissant dans le travail humanitaire. Nous nous souvenons d'eux comme nous pensons aux personnes écrasées par le poids de la souffrance, pas seulement le 19 août, mais tout au long de l'année.