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Irak : donner aux personnes handicapées une chance de reprendre une vie normale

20-10-2011 Point sur les activités

Les souffrances physiques et psychologiques ne sont pas le seul traumatisme que doivent endurer les personnes handicapées ; elles rencontrent en outre souvent des difficultés d’ordre financier. Le CICR leur offre des services d’appareillage et de réadaptation physique et soutient ceux qui veulent créer de petites entreprises.

Nafith se mariera bientôt. Rien d’inhabituel pour un homme de 32 ans vivant à Erbil, dans le nord de l’Irak, mais tout récemment encore, il ne pensait pas que cela lui arriverait. Gravement handicapé après avoir été blessé par une bombe à sous-munitions en 2003, Nafith dépendait principalement de l’aide du gouvernement pour survivre. Ce qu’il recevait ne suffisait pas pour qu’il puisse envisager de fonder une famille. Cependant, en 2010, il a commencé à travailler comme ouvrier dans le centre de réadaptation physique du CICR à Erbil. « Ma vie a complètement changé, dit-il. Aujourd’hui j’ai un salaire, ce qui me permet de vivre comme tout le monde. »

Après des années de conflit et d’autres situations de violence, l’Irak compte quelque 150 000 personnes handicapées. Certaines ont été blessées au combat, mais la plupart sont des civils qui ont été blessés par des mines terrestres, des engins non explosés et d’autres restes explosifs de guerre. Nafith a perdu ses membres inférieurs alors qu’il pique-niquait avec des amis.

Nasrin, une femme de 30 ans, avait 10 ans quand elle a été blessée. « Je me demandais sans cesse : qu’ai-je fait, quel crime ai-je commis ? Je n’étais qu’une enfant innocente », dit-elle. Comme Nafith, elle a dû abandonner l’école et ne sait donc ni lire, ni écrire. Elle passe la majeure partie de son temps chez elle, aidant sa mère dans les tâches ménagères. Bien qu’elle ait encore très envie de se marier et d’avoir une vie « normale », Nasrin se sent mieux maintenant que le CICR l’a équipée d’un membre artificiel. « Avant je boitais. Maintenant, personne ne remarque que je suis handicapée », explique-t-elle. Souvent les membres artificiels apportent aux personnes la satisfaction de ne pas être différent.

Le CICR fournit des services de réadaptation physique en Irak depuis 1993. Il gère son propre centre de réadaptation physique à Erbil. De plus, en dispensant des formations et en faisant don d’équipements, il soutient la seule école orthopédique d’Irak, un atelier qui fabrique des béquilles, neuf centres de réadaptation physique administrés par le ministère irakien de la Santé, et un centre géré par le ministère de la Défense.

Le CICR soutient en outre financièrement les personnes handicapées qui sont à la tête d’un ménage pour leur permettre de créer de petites entreprises dans les domaines de l’agriculture, de l’artisanat et du commerce. Le but n’est pas seulement de les aider à nourrir leur famille, mais aussi de contribuer à leur rendre leur dignité en faisant en sorte qu’elles se sentent à nouveau utiles.

Assistance aux personnes en détresse

De nombreuses personnes en Irak ont encore du mal à gagner leur vie et à nourrir leur famille. Entre juin et août, le CICR a :

  • organisé un programme « argent contre travail » comprenant la remise en état de 18 kilomètres de canaux d’irrigation et de 21 hectares de terres agricoles, pour le bénéfice de 4 100 personnes déplacées et membres des communautés locales dans les gouvernorats de Diyala et Dohouk ;
  • vacciné 37 600 animaux appartenant à 680 fermiers dans le district de Makhmour, gouvernorat de Ninive ;
  • distribué 152 tonnes d’engrais à 352 fermiers qui en avaient besoin dans les gouvernorats de Bagdad, Anbar et Salaheddine ;
  • accordé 258 subventions à des personnes handicapées et des femmes chefs de famille dans les gouvernorats de Ninive, Kirkouk, Soulaymaniya, Erbil, Bagdad et Basra, leur permettant de créer de petites entreprises et de retrouver leur autonomie économique ;
  • distribué des colis de vivres et d’articles d’hygiène à plus de 1 800 personnes déplacées par les derniers bombardements dans les zones frontalières du nord ;
  • distribué des vivres et des articles d’hygiène à 6 500 orphelins, femmes chefs de famille et personnes déplacées dans les gouvernorats de Diyala, Anbar, Salaheddine, Kirkouk et Ninive à l’occasion du Ramadan et de l’Aïd el-Fitr.

Soutien aux structures médicales

Dans certaines zones rurales et exposées au conflit, les services de santé ont du mal à répondre aux besoins de la population civile. Le CICR fournit un soutien sur place à certains centres de soins de santé primaires, aidant à rénover les locaux et à former le personnel.

Entre juin et août, le CICR a :

  • dispensé deux cours sur le renforcement des services d’urgence à Soulaymaniya, suivis par 17 médecins et 53 membres du personnel infirmier (en tout, 801 membres du personnel soignant ont été formés à ce jour) ;
  • fourni un soutien sur place à huit centres de soins de santé primaires dans les gouvernorats de Ninive, Kirkouk, Diyala, Babel et Shanifiya, desservant environ 260 000 personnes.

Depuis 12 ans, le CICR offre en outre aux patients de l’hôpital psychiatrique Al-Rashad, dans le gouvernorat de Bagdad, un soutien et des fournitures en matière d’ergothérapie.

Approvisionnement en eau potable et assainissement

Dans une grande partie du pays, l’accès à l’eau potable est toujours un problème. Les ingénieurs du CICR réparent et réhabilitent les installations électriques, sanitaires et d’approvisionnement en eau, en particulier dans les endroits où la violence reste préoccupante et dans les zones rurales, afin d’améliorer la qualité des services fournis dans les communautés et dans les structures de soins de santé.

Entre juin et août, le CICR a régulièrement livré de l’eau par camion à Sadr City, dans le gouvernorat de Bagdad, pour près de 5 000 personnes déplacées. En coopération et avec le soutien des autorités compétentes, il a en outre mené à bien six projets majeurs bénéficiant à plus de trois millions de personnes à travers le pays. Le CICR a :

  • rénové 10 installations d’approvisionnement en eau dans le gouvernorat de Bagdad pour près de 2,5 millions de personnes ;
  • réhabilité la station de pompage Mohammed al-Sakran, dans le sous-district d’Al-Husseiniya, gouvernorat de Bagdad, pour environ un demi-million de personnes ;
  • fourni et installé une unité de traitement de l’eau salée dans le sous-district d’Adhaim, gouvernorat de Diyala, desservant environ 20 000 personnes ;
  • installé une unité compacte de purification de l’eau à Oum Snaim, district de Zubaidiyah, gouvernorat de Wasit, pour quelque 15 000 personnes ;
  • remis en état des systèmes d’approvisionnement en eau à Bazawaya et Snuni, gouvernorat de Ninive, desservant environ 15 000 personnes chacun ;
  • accru la capacité et amélioré la qualité de l’eau de l’unité d’approvisionnement de Hay al-Askery, sous-district d’Al-Alam, gouvernorat de Salaheddine, qui dessert environ 13 000 personnes ;
  • remplacé et étendu les réseaux d’approvisionnement en eau à Al-Ni'aasa et Al-Fahham, district de Shat al-Arab, gouvernorat de Basra, pour le bénéfice de près de 4 000 personnes ;
  • accru l’approvisionnement en eau dans le camp pour personnes déplacées de Rabeea, gouvernorat de Ninive, desservant 2 500 personnes ;
  • effectué des travaux de rénovation et d’entretien dans six centres de soins de santé primaires, qui desservent ensemble plus de 900 patients par jour ;
  • rénové la salle d’autopsie de l’Institut médico-légal à Bagdad ;
  • rénové le dispensaire de la prison de Rusafa, à Bagdad ;
  • remis en état les installations sanitaires et le système d’évacuation des eaux usées dans la prison de Hilla, gouvernorat de Babel.

Visites aux détenus

Entre juin et août, les délégués du CICR ont visité les personnes détenues par les autorités irakiennes et diverses branches du gouvernement régional kurde dans 48 lieux de détention, dans 13 gouvernorats. Ils ont observé leurs conditions de détention et le traitement qui leur était réservé et ont confidentiellement fait part de leurs observations et de leurs recommandations aux autorités carcérales. Dans certains endroits, le CICR a fourni aux détenus des articles d’hygiène et de loisirs, tels que livres et jeux. À Bagdad, Najaf, Hilla et Diwaniya, les détenus ont reçu des dattes et des baklavas à l’occasion du Ramadan et de l’Aïd el-Fitr.

Le CICR aide les personnes détenues à rétablir et à entretenir des liens avec leur famille. Entre juin et août, ces personnes ont échangé quelque 400 messages Croix-Rouge, en Irak et à l’étranger. Le CICR a répondu à environ 1 000 demandes de familles en quête d’informations sur des proches détenus ou portés disparus. Cinq détenus libérés ont pu être rapatriés de leur plein gré sous les auspices du CICR.

Faire la lumière sur le sort des personnes portées disparues

En juin, deux missions exploratoires ont été conduites, sous les auspices du CICR, sur des sites où des personnes portées disparues seraient enterrées, une sur sol irakien et l’autre au Koweït. Cette dernière mission a abouti à la découverte et à l’exhumation des corps de 32 soldats irakiens présumés tués durant la guerre de 1990-1991, qui ont été remis aux autorités irakiennes en juillet.

En juillet, une première mission exploratoire conjointe de l’Irak et de l’Iran a été conduite sous les auspices du CICR, dans la péninsule d’Al-Faw, dans le but de localiser les corps de soldats tués durant la guerre Iran-Irak. Les parties ont accepté d’entreprendre l’excavation conjointe de cette zone dans le courant de cette année.

Le CICR a continué de soutenir le renforcement des capacités des institutions nationales, permettant à des spécialistes irakiens de Bagdad et Erbil de suivre un cours de 10 jours sur la génétique médico-légale au Royaume-Uni, et fournissant des publications spécialisées au département de médecine légale et au laboratoire ADN de l’Institut médico-légal de Bagdad.

Élimination des munitions non explosées

L’Irak compte plus de 25 millions de mines, d’engins non explosés et autres restes explosifs de guerre – en particulier le long des frontières avec l’Iran et la Turquie –, qui menacent la sécurité et les moyens de subsistance de plus de 1,6 million d’Irakiens. Ces 12 derniers mois, le CICR a éliminé plus de 1 800 engins non explosés dans 27 communautés comptant en tout plus de 10 000 personnes.

Entre juin et août, les spécialistes du déminage du CICR ont effectué trois évaluations dans le camp d’Al-Wafeeden, à Kout, dans le gouvernorat de Wasit, où vivent 1 000 personnes déplacées. Ils y ont découvert plus de 2 500 engins non explosés.

Promotion du droit international humanitaire

Un aspect fondamental du travail du CICR consiste à rappeler aux parties à un conflit leur obligation de protéger les civils. L’institution s’efforce en outre de promouvoir et de renforcer la connaissance du droit international humanitaire en organisant des exposés et des formations pour les forces militaires et de police, le personnel des prisons, les étudiants et les enseignants.

Entre juin et août, le CICR a organisé cinq séances d’information pour 245 membres de l’armée irakienne, des forces de sécurité (Asayesh) et de la police kurde. En collaboration avec le Center for Military Values, Principles and Leadership Development (Centre pour les valeurs et les principes militaires et le renforcement de la hiérarchie), il a organisé un atelier et une séance de formation pour formateurs sur le droit international humanitaire


Photos

Lui-même handicapé, Nafith travaille au centre de réadaptation physique du CICR à Erbil. 

Lui-même handicapé, Nafith travaille au centre de réadaptation physique du CICR à Erbil.
© CICR / A. Yassin

Basra – Avec l’aide du CICR, Intithar a créé une petite entreprise pour nourrir sa famille après que son mari a été tué. 

Basra – Avec l’aide du CICR, Intithar a créé une petite entreprise pour nourrir sa famille après que son mari a été tué.
© CICR / Ed Ou

Kirkuk – Réhabilitation d’un canal d’irrigation à Daquq, avec le soutien du CICR. 

Kirkuk – Réhabilitation d’un canal d’irrigation à Daquq, avec le soutien du CICR.
© CICR / Ed Ou

Amara – Un spécialiste de la pollution par les armes inspecte un engin non explosé. 

Amara – Un spécialiste de la pollution par les armes inspecte un engin non explosé.
© CICR / Ed Ou