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République centrafricaine : la population sous pression

02-05-2014 Point sur les activités N° 05/2014

Meurtres, pillages et déplacements continuent de rythmer la vie des habitants de la République centrafricaine.

Bangui. Des personnes déplacées, sur le site de Mpoko. CC BY-NC-ND / CICR / Rabih Mazboudi

La situation est complexe et varie selon les régions et les localités. Néanmoins, des milliers de personnes vivent encore retranchées dans des lieux de culte ou dans certains quartiers totalement enclavés, notamment à Bangui et à Boda. Des milliers d’autres sont déplacées à l’intérieur du pays ou cherchent refuge dans des pays voisins.

« Le niveau de peur et de violence est tel que les populations n’ont parfois d’autre choix que de partir ailleurs dans le pays ou par-delà les frontières afin d’échapper aux atrocités et aux menaces de mort qu’ils subissent au quotidien. Qu’ils décident de rester ou de partir, il est fondamental que les civils et leurs biens soient respectés », déclare Juerg Eglin, chef de la délégation du CICR en République centrafricaine.

À Bangui, le chef d’un de ces quartiers témoigne : « Nous ne pouvons plus nous déplacer librement depuis des mois. Nous sommes bloqués ici, privés de tout, avec la peur constante d’être tués. » Des familles entières doivent faire face à des problèmes récurrents d’insécurité et d’accès à la nourriture ou aux soins de santé et sont parfois sans nouvelles de leurs proches.

Hôpital communautaire de Bangui. Une personne, qui a été évacuée du site de Boy Rabe par le CICR, arrive à l'hôpital. 

Hôpital communautaire de Bangui. Une personne, qui a été évacuée du site de Boy Rabe par le CICR, arrive à l'hôpital.
/ CC BY-NC-ND / ICRC / Rabih Mazboudi / cf-e-00841

Les violences rendent l’accès aux structures de santé difficile, si bien que les malades et leurs accompagnants ont peur de s’y rendre pour y recevoir des soins. « Il est primordial que tous les blessés et les malades puissent avoir accès aux soins dont ils ont besoin, sans discrimination : c’est une question de vie ou de mort. Nous appelons toutes les parties au conflit à garantir l’accès des patients aux soins médicaux et à respecter et protéger tant les patients que le personnel médical, en toutes circonstances », déclare M. Eglin. Des dizaines de personnes ont pu bénéficier d’un accompagnement du CICR pour se rendre dans des structures médicales situées dans d’autres quartiers de Bangui. Le besoin de sécurité est criant pour l’ensemble de la population centrafricaine. Des milliers de personnes vivent toujours sur des sites pour personnes déplacées, tandis que la saison des pluies s’est installée pour les six prochains mois, ne faisant qu’empirer une situation déjà très précaire. En coopération avec la Croix-Rouge centrafricaine, le CICR s’emploie à améliorer les conditions de vie des déplacés, notamment sur le site de Mpoko, à Bangui, en livrant chaque jour de l’eau, en organisant le ramassage des ordures et en construisant des latrines. Il distribue également de la nourriture à des familles déplacées.
Gbadolite, province d'Équateur, RDC. Cette femme et ses six enfants ont fui le conflit en République centrafricaine. Par l'intermédiaire du CICR, elle envoie un message à son beau frère pour lui donner de ses nouvelles. 

Gbadolite, province d'Équateur, RDC. Cette femme et ses six enfants ont fui le conflit en République centrafricaine. Par l'intermédiaire du CICR, elle envoie un message à son beau frère pour lui donner de ses nouvelles.
© ICRC / Colin Delfosse

À cause de la violence engendrée par le conflit armé, un grand nombre de personnes ont perdu le contact avec leurs proches, souvent déplacés à l’intérieur du pays ou partis chercher refuge dans des pays voisins. Des familles se retrouvent ainsi disloquées, sans nouvelles de certains de leurs membres durant des mois. L’incertitude sur le sort de leurs proches rend leur quotidien encore plus difficile.

Le CICR et la Croix-Rouge centrafricaine, ainsi que les Croix-Rouge du Tchad, du Cameroun, de la République démocratique du Congo et du Congo, poursuivent leurs efforts afin d’aider les membres des familles dispersées à rétablir le contact. En République centrafricaine, depuis fin mars, près de 80 personnes ont ainsi pu reprendre contact avec leurs proches dont elles avaient été séparées par le conflit ou la violence armée. Trois enfants ont par ailleurs pu retrouver leurs familles.

Le CICR maintient le contact avec les parties au conflit mais également avec les forces internationales présentes sur place. Il rappelle que tous ceux qui ne participent pas ou plus aux hostilités, notamment les civils, les blessés et les malades, doivent être protégés, ainsi que leurs biens, et qu’ils doivent être traités avec humanité en toutes circonstances.

Du 25 mars au 27 avril 2014, en collaboration avec la Croix-Rouge centrafricaine, le CICR a notamment :

À Bangui et Kaga-Bandoro (centre)

  • effectué plus de 380 opérations chirurgicales à l’hôpital communautaire de Bangui pour soigner des blessures liées aux violences (blessures par balles, à l’arme blanche, causées par des grenades, etc.) et distribué de la nourriture pour 15 jours à 250 patients de l'hôpital ;
  • évacué plus de 100 personnes blessées ou malades à Bangui et à l’intérieur du pays et effectué près de 4 200 consultations curatives à Bangui et, grâce à des cliniques mobiles, dans la région de Kaga-Bandoro ;
  • livré quotidiennement 300 000 litres d’eau pour répondre aux besoins de plus de 50 000 personnes déplacées sur le site de l’aéroport de Bangui ;
  • distribué plus de 315 000 rations individuelles journalières sur les sites de personnes déplacées à Bangui ;
  • réhabilité et entretenu plus de 140 latrines sur le site de personnes déplacées de l’aéroport de Bangui et de Boy Rabe ;

à Ndélé (nord)

  • approvisionné en eau la ville et l’hôpital de Ndélé à travers le réseau de la Société de distribution de l’eau en Centrafrique (SODECA). La production d'eau est de 240 000 litres par jour pour la ville et de 26 000 litres par semaine en moyenne pour l’hôpital ;
  • distribué des vivres et des biens de première nécessité à plus de 4 300 personnes déplacées et résidentes à Ndélé.

A Bangui, le CICR visité plus de 300 détenus à Bangui afin de s’assurer que leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé sont conformes aux normes internationales, et distribué quotidiennement pendant un certain temps de la nourriture aux détenus afin de faire face à une situation nutritionnelle très difficile.
 

Informations complémentaires :
Germain Mwehu, CICR Bangui, tél. : +236 75 64 30 07
Marie-Servane Desjonquères, CICR Genève, tél. : +41 22 730 31 60 ou +41 79 574 06 36