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Tchad : insécurité chronique et violences localisées dans l'est

09-06-2009 Point sur les activités

Plus de deux ans après les flambées de violence ayant provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes dans l'est du Tchad, les problèmes humanitaires des populations relèvent aujourd'hui d'une insécurité chronique et de violences localisées, en particulier dans les zones frontalières. Le CICR continue d'assister en particulier les déplacés, les blessés de guerre et les détenus, mais aussi les plus vulnérables parmi les populations locales. Résumé des activités de janvier à avril 2009.

 

Situation générale 
 

Le CICR estime actuellement à environ 160 000 le nombre de personnes déplacées dans l'est du Tchad. Cette estimation prend en compte les retours saisonniers et de courte durée, ainsi qu'un certain nombre de familles toujours en mouvement entre l'endroit où elles ont trouvé refuge et leur village.

Plusieurs facteurs empêchent le retour définitif de dizaines de milliers de déplacés. Tout d'abord, les actes de banditisme constituent un phénomène de plus en plus important dans des régions où la présence des autorités et leurs capacités de maintien de l'ordre demeurent faibles. La prolifération d'armes et la difficulté à remettre en place des mécanismes de cohabitation entre communautés et de résolution des conflits (portant notamment sur la terre et l'eau) contribuent aussi à la détérioration de la sécurité et portent atteinte à la protection des civils.

À cela s'ajoute la présence dans cette région d'environ 250 000 réfugiés soudanais, qui contribue à la précarité de la situation sécuritaire et humanitaire.

 
La réponse du CICR 
 

Dans cet environnement instable, le CICR cherche à prendre en compte les besoins de groupes de populations différents : les Tchadiens affectés par la violence interne – les déplacés et ceux qui sont récemment ou partiellement rentrés chez eux – ainsi que les personnes les plus vulnérables au sein des communautés qui accueillent les déplacés.

Comme en 200 8, le CICR concentre ses activités dans les districts du Sila, de l'Assoungha et du Dar Tama frontaliers avec le Soudan, où les acteurs humanitaires sont plus rares et en raison du niveau de violence ou du potentiel conflictuel de ces régions.

     

  Respect de la population civile affectée par le conflit armé et la violence  

     

Le CICR assure une présence régulière dans l'Est tchadien mais aussi au sud, centre et nord du pays. Sur base des témoignages de victimes et/ou témoins oculaires de violences, le CICR documente les incidents et abus commis à l'encontre de la population civile.

Dans le cadre de son dialogue confidentiel et régulier avec les autorités et tous les porteurs d'armes (forces et groupes armés), le CICR rappelle l'obligation qui s'impose à tous de respecter la vie et dignité des personnes qui ne participent pas ou plus aux hostilités, et de prendre les mesures nécessaires afin de faire cesser tout abus. Ceci inclut aussi l'interdiction de recruter des enfants dans les forces ou groupes armés.

Le CICR souligne également la nécessité et le devoir des autorités d'améliorer la sécurité dans l'est du Tchad afin que les populations puissent y vivre en toute tranquillité, d'éviter tout nouveau déplacement de population, et de permettre le retour des personnes déplacées. Le CICR a également accru ses activités dans le domaine de la protection des populations contre le risque des restes explosifs de guerre, qui contaminent des portions croissantes du territoire tchadien après chaque épisode de conflit armé.

     

  Visites aux personnes privées de liberté  

     

L'objectif des visites aux personnes privées de liberté est de vérifier qu'elles sont détenues dans des conditions décentes et dans le respect de leur intégrité physique, psychique et de leurs droits. Le CICR s'entretient de manière régulière avec les différentes autorités détentrices.

Entre janvier et fin avril 2009, le CICR a effectué 24 visites dans différents lieux de détention et ainsi rencontré 1 290   personnes privées de liberté.

  Rétablissement des liens familiaux  

     

Le CICR identifie et enregistre les enfants réfugiés séparés de leur famille et les autres personnes vulnérables résidant dans les camps de réfugiés de l'Est tchadien. Le CICR au Soudan procède ensuite à la localisation des familles de ces personnes, afin de permettre le rétablissement des contacts familiaux grâce à l'échange de messages Croix-Rouge. Depuis début 2009, plus de 1 600   messages ont ainsi été collectés et distribués entre personnes séparées par les violences.

Le CICR travaille également au rétablissement du lien familial pour les anciens enfants soldats. Durant la même période, huit messages Croix-Rouge ont été collectés auprès de ces derniers afin d'être remis à leurs parents, localisés par le CICR ; inversement, six messages ont été distribués à ces enfants. 

  Assistance aux déplacés internes, aux retournés et aux populations résidentes  

     

Entre janvier et avril 2009, le CICR a distribué dans l'est du Tchad de l'assistance d'urgence à des civils ayant perdu leurs moyens de subsistance à la suite de violences intercommunautaires, ainsi qu'à des déplacés retournés dans leurs villages d'origine. Plus de 350 familles, soit 1 800 personnes environ, ont reçu des biens de première nécessité dans la région du Dar Sila et de l'Assoungha. Ces distributions ont en partie été effectuées avec le soutien de la Croix-Rouge du Tchad.

Pour encourager les populations déplacées à subvenir à leurs propres besoins alimentaires et sortir ainsi peu à peu de la dépendance vis-à-vis l'assistance humanitaire, le CICR a distribué 28 pompes à eau et des semences maraîchères à un total de 180 ménages dans différents villages de l'Assoungha.

Le CICR a fourni au poste vétérinaire de Goz Beida (Sila) plus de 81 000 doses de vaccins pour le bétail de la région. Cette assistance couvre les besoins d'environ 1 600 ménages d'éleveurs.

     

  Soins aux blessés de guerre  

     

Le CICR veut permettre à l'hôpital d'Abéché de jouer pleinement son rôle d'hôpital régional de référence pour la prise en charge, dans tout l'est du pays, des blessés par armes et des autres personnes ayant besoin d'une chirurgie d'urgence.

Pendant les quatre premiers mois de l'année, l'équipe chirurgicale du CICR :

  • s'est déplacée deux fois, en urgence, près de la frontière avec le Soudan pour soigner 62 blessés de guerre   qui   ne pouvaient pas être transférés vers Abéché ;

  • a soigné 15 blessés de guerre à l'hôpital d'Abéché ;

  • a pris en charge 75 autres cas chirurgicaux urgents à l'hôpital d'Abéché.

Le CICR poursuit par ailleurs son appui à l'hôpital de la Liberté à N'Djamena, grâce à l'octroi de médicaments et de stock d'urgence de matériel chirurgical.

  Soutien aux centres de réhabilitation physique  

     

Complément logique du programme chirurgical d'urgence, l'appui du CICR au Centre d'appareillage et de rééducation (CARK) de N'Djamena et à la Maison Notre Dame de Paix à Moundou (dans le sud du pays) a pour but de permettre aux amputés et aux handicapés de reprendre, autant que possible, une vie active et indépendante.

Depuis début 2009 :

  • les centres de N'Djamena et de Moundou ont produit et livré 38 prothèses (dont 28 pour des victimes de guerre) et 19 orthèses ;

  • le CICR a référé 20 patients   amputés de l'est et du nord vers N'Djamena, et a pris en charge leur logement durant la durée de leur traitement ;

  • au CARK de N'Djamena, un nouveau bâtiment de physiothérapie a été construit ;

  • quatre techniciens tchadiens ont suivi une formation de perfectionnement à Addis Abeba (Éthiopie).

  Amélioration de l'accès à l'eau  

     

Dans les districts du Sila et de l'Assoungha, frontaliers avec le Soudan, le CICR a déjà creusé et/ou réhabilité huit puits sur les 30 prévus en 2009, dans le but d'assurer à 36 000 personnes au total (populations résidentes, déplacées ou hôtes, ainsi que retournées), ainsi qu'à leur bétail, l'accès à l'eau en meilleure quantité et qualité.

     

Dans la ville frontalière d'Adré, les travaux d'amélioration des systèmes de production d'eau sont terminés et ont été remis aux autorités en janvier. Le CICR a notamment construit une station de pompage, une citerne de stockage et une borne fontaine.

  Prévention des violations du droit international humanitaire (DIH)  

     

Les délégués du CICR ont poursuivi leurs efforts visant à faire connaître les règles du DIH qui protègent les civils en temps de conflit armé ainsi que le mandat et les activités du CICR. Des séances d'information destinées à des soldats, gendarmes, policiers, chefs traditionnels, étudiants, autorités politiques et autres groupes de la société civile ont été régulièrement organisées à travers le pays.

D'autre part, le CICR a continué à soutenir les efforts des autorités tchadiennes visant à intégrer le DIH dans la législation nationale ainsi que dans la formation, la doctrine et les procédures opérationnelles des forces armées et de sécurité.

  Coopération avec la Croix-Rouge du Tchad (CRT)  

     

Le CICR soutien la CRT pour la diffusion des principes humanitaires, le rétablissement des liens familiaux et la préparation à la prise en charge des urgences médicales.

Depuis le début de 2009, le CICR a soutenu :

  • la formation continue des secouristes aux « gestes qui sauvent » ;

  • la formation des volontaires agissant, au sein de la société civile tchadienne, comme relais des principes humanitaires et pour la sensibilisation aux risques représentés par les mines et les restes explosifs de guerre, notamment dans les régions susceptibles d'être le théâtre d'affrontements armés ;

  • la finalisation de la construction des bureaux régionaux de la CRT à Doba et Goré dans le sud du pays, ainsi qu'à Faya (région de Borkou) dans le nord.